Navré de constater que le sujet sur la décroissance a une fois de plus débouché sur une discussion sur "qui a lu Marx?" ou "c'est quoi le socialisme réel?", je voudrais relancer une discussion sur un message que j'avais adressé à Ktche il y a deux mois.
Javais écrit :
j'aimerais poser des questions à Ktche: que penses-tu, toi ou d'autres "décroissants", de sources d'énergie comme l'énergie solaire?
Et Ktche avait répondu :
Le principal problème de l'énergie solaire, dans le cadre d'une société de développement, c'est que c'est une source "diffuse". Elle fournit effectivement une quantité d'énergie dépassant largement nos besoins actuels et futurs d'une part et elle est "servie" à l'humanité sans augmentation d'entropie d'autre part (elle contribue même à une diminution au travers de son utilisation par la photosynthèse). Le souci est que pour fournir la concentration d'énergie requise pour nos objets exosomatiques courants et pour l'industrie qui les produit, il faut la collecter et la concentrer à une large échelle. Pour construire et maintenir les collecteurs/concentrateurs nécessaires à cette tâche, il faudra dépenser en entropie d'autres types d'énergie (ainsi que des matières premières dont la disponibilité va en diminuant fortement) puisque, physiquement, le solaire n'est pas en mesure d'assurer ce rôle (c'est une limite physique, pas technologique).
Les utilisations sans nuisance (c'est à dire sans augmentation notable d'entropie) sont la photosynthèse et les phénomènes naturels induits directement par le rayonnement solaire (éolien et hydraulique). On peut donc appuyer notre civilisation notamment sur une biomasse produite organiquement (sans engrais, ni pesticide dont la production et l'épandage sont de très gros producteur d'entropie). Les ordres de grandeur potentiels de cette voie énergétique nous amène tout naturellement à la nécessaire décroissance. (Ce n'est pas la seule raison, mais elle est déjà suffisante)
Et javais eu ce lien :
http://www.delestage.org/kerichen-140403-01.htmlExposé didactique en effet. Je vais résumer ce qui ma le plus intéressé. La Terre doit être considérée comme un système dans lequel il y a de lénergie (dont la matière est un vecteur, mais personne ne peut produire de lénergie) en quantité limitée. Chaque utilisation (de lhomme ou pas, volontaire ou non) dénergie, va, à des degrés divers selon le processus, faire se disperser de lénergie (je nose pas employer le terme dentropie, car, nayant pas de formation de physique, je crains de ne pas pouvoir cerner cette notion merci le bac « économique et social » qui a fait de moi un quasi-analphabète !). Cest pourquoi il ny a pas de mouvement perpétuel (lénergie se perd dune manière ou dune autre). Si elle ne recevait pas dapport du soleil, la planète Terre serait un glaçon tellurique depuis longtemps, une grosse Lune en sorte. Lexposé de Délestage.org rejoint donc les mêmes conclusions que moi sur lidée que :
L'espèce humaine n'a d'avenir à la surface de la croûte terrestre qu'à l'expresse condition de réformer radicalement son économie. D'abandonner le mode de production capitaliste qui, de toutes façons s'empoisonne de ses propres toxines.
Et de créer une nouvelle économie sur le principe de l'Économie Énergétique Isentropique, que je définis comme une économie qui puise son énergie exclusivement dans la ressource d'origine solaire:
♥ biomasse,
♥ climatique,
♥gravité hydraulique;
et abandonne à terme le recours à toute énergie fossile et/ou finie. C'est à dire, dans l'ordre d'abandon:
♠uranium,
♠pétrole,
♠charbon,
♠gaz,
♠ géothermie.
Mais là où je nai pas compris concrètement ce que Ktche a voulu dire a propos de lénergie solaire, cest :
Pour construire et maintenir les collecteurs/concentrateurs nécessaires à cette tâche, il faudra dépenser en entropie d'autres types d'énergie (ainsi que des matières premières dont la disponibilité va en diminuant fortement) puisque, physiquement, le solaire n'est pas en mesure d'assurer ce rôle (c'est une limite physique, pas technologique).
Les collecteurs/concentrateurs (c-à-dire les panneaux photovoltaïques ? La distribution de lélectricité ?) nécessitent évidemment, pour être construits, de lénergie. Mais quelles sont ces « autres types dénergie » que nous serions obligés de continuer à utiliser pour maintenir notre parc photovoltaïque ? Mais pourquoi ne pourrait-on pas utiliser une fraction de lénergie collectée et concentrée pour alimenter le processus de production/ transformation des matières premières en produit fini ? A la limite, depuis plusieurs mois je me suis déjà constitué ce raisonnement:
:arrow: Imaginons que lhumanité décide de se fournir en énergie solaire principalement. Les tropiques, les zones à forte radiations, sont équipées de panneaux photovoltaïques sur des milliers de kilomètres carrés (cest le minimum). Pour cela, nous avons dû réutiliser le maximum de matériaux en produisant moins dans dautres secteurs et en récupérant des déchets de lancienne société capitaliste (automobiles par exemple). Mais ça ne suffit pas, une partie de nos déchets métalliques nest pas récupérable, il faut continuer à piocher dans les réserves naturelles ;
:arrow: notre impressionnant parc photovoltaïques, qui saccompagne dun puissant réseau de distribution, doit lui aussi être renouvelé car aucun équipement nest inusable. Il nous faut encore des ressources minérales. Or, comme toujours, nos déchets ne sont pas tous récupérables, il faut continuer à piocher dans Gaïa. Posons comme hypothèse que lénergie dorigine solaire reçue par notre système de « collecteurs/concentrateurs » est celle qui servira à lextraction-traitement des matières premières.
:arrow: Pas de problème, diront certains, il suffit de forer plus loin, de chercher de nouveaux gisements, dont lexploitation aurait monétairement- semblé trop cher auparavant, mais devient nécessaire maintenant. Mais voilà : forer et extraire plus loin, plus profond, dans des gisements quon avait laissé de côté car trop exigeants en énergie, va faire augmenter notre consommation énergétique rien que pour maintenir notre réseau de panneaux et de distribution délectricité dorigine solaire. A linverse, nous ne pouvons pas accroître la quantité dénergie qui vient de notre Soleil (voudrions-nous jouer aux apprentis-sorciers, nous pourrions tenter de modifier notre atmosphère pour accroître labsorption des rayons solaires, mais là on est dans la science-fiction assez osée et surtout bonjour les dégâts climatiques). Donc, pour recevoir la même énergie, nous dépensons toujours plus en « frais de production », nous laissant moins pour les besoins de la « société civile ». Le système nest pas viable à terme.
:arrow: à ce raisonnement il faut rajouter que parmi les composants devant servir à construire et réparer notre parc photovoltaïque, nombreux doivent être ceux qui sont aujourdhui produit avec des dérivés du pétrole. Peut-on les remplacer par des produits de synthèse ?
Mais à ce raisonnement (qui nest que le mien, et dont je souhaite la critique et la complexification) jopposerai moi-même ces critiques :
:?: avons-nous une quelconque idée des réserves minérales dont nous disposons ? Pour le pétrole, on a une certaine estimation, mais pour ce qui est dautres matières premières ?
:?: le progrès technique ne peut-il nous permettre de diminuer la consommation dénergie pour un même processus productif ? Le problème, comme lon constaté certains décroissants mais aussi dautres comme René Passet, cest que le progrès technique a permis une diminution de la consommation de matières premières pour chaque unité que nous produisons
mais nous produisons de plus en plus dunités, ce qui fait que notre ponction énergétique et matérielle croît quand même ! La question de la limitation de la croissance est à terme incontournable. Et prétendre remplacer la croissance « matérielle » (plus de voitures) par une autre « immatérielle » (plus de services, dinformations) néglige que le transfert des informations nécessite de lénergie (par exemple pour produire et utiliser des ordinateurs et autres moyens de communications).
Mais à cela, on peut quand même répondre :
:arrow: si décroissance il doit y avoir, force est de constater quà lheure actuelle personne nen veut. Déjà, si jexplique aux gens que lautomobile, en plus dêtre dangereuse, gaspilleuse despace, est condamnée par la fin des réserves de pétrole, je suis catalogué « khmer vert». On me rétorquera « mais y aura dautres sources dénergie ». Eh ben elles ont intérêt à rappliquer vite parce que la pénurie de pétrole, cest pas dans 30 ans cest dans 15-20 ans, sauf découverte miraculeuse. Et réadapter les automobiles prendra plus dannées que de diffuser des téléphones portables
Mais personne ne veut le voir.
:arrow: Donc les populations ne se poseront les questions de la soutenabilité énergétique de leurs économies que lorsque la catastrophe sera là. Le problème, cest que la cata risque dêtre vraiment cata : vous imaginez ce que donnerait une pénurie de carburant pour notre agriculture machinisée et pour les transports de vivres? Pour éviter une crise à côté de laquelle la fin de lURSS semblerait une pichenette, nous pouvons tenter dinstaurer un parc électrique solaire et même saider temporairement de lénergie nucléaire mais pour des raisons de sécurité évidentes je préfère éviter- qui couvrira nos besoins essentiels, en précisant quil nest pas non plus viable à long terme et quil doit servir à réorganiser notre économie, à faire un « soft landing » en quelque sorte, réorganisation qui ne peux pas se faire en quelques années sauf à engendrer une catastrophe humaine dampleur inédite (les derniers à avoir voulu complètement reformer une société en très peu de temps furent
les khmers rouges).
:arrow: il vaudrait donc mieux commencer les travaux le plus tôt possible. En létat actuel daveuglement des populations sur lépuisement des ressources, il peut sembler nécessaire de renforcer lintérêt de ces « grands travaux » en les présentant comme un moyen de relancer « la croissance et donc lemploi ».
Et là, contrairement à Ktche, je pense que la transformation politique nécessaire pour aborder ces grands travaux puis passer à une économie peut-être « relocalisée », il faut dabord un socialisme avec gouvernement central, collectivisation des actions des entreprise cotées par des organismes représentatifs du salariat dans sa collectivité, et donc un système « collectiviste » avant de pouvoir de venir local et « autogestionnaire ».
Par contre, je voudrais confirmer les décroissants sur deux points :
:arrow: étant étudiant en géographie, le concept de « développement durable » est effectivement une baudruche mise à toutes les sauces, les enseignants le reconnaissent eux-mêmes ;
:arrow: étant aussi étudiant en économie, nous faisons des maths de bas niveau dans un univers abstrait où la composante physique des ressources nest même pas évoquée.
Cordialement,
Aurélien