Bonjour.
Jécris ce sujet dans la nuit du 13 au 14 juin. Nous avons tous vu les résultats des Européennes. Abstention record dans la plupart des états. Résultats contradictoires : poussée des antieuropéens au Royaume-Uni, alors quen France on annonce la victoire (« définitive », cela va de soi) des pro-européens.
Quelle victoire ? Par un taux de participation (en décomptant les blancs et nuls) dà peine plus de 40%, le PS, premier parti de France avec ses 29% des suffrages exprimés, na réuni en fait que 12.2% des électeurs. Nous sommes tombés particulièrement bas. LUDF et les Verts célèbrent des « victoires » alors que les Verts sont en recul et que lUDF a gagné
1.4% de lélectorat. Leuroscepticisme est vaincu, nous dit-on ; il est vrai que leuroscepticisme de droite fait des scores médiocres avec Le Pen, Villiers, et plus encore Pasqua et Mégret qui disparaissent quasiment (enfin !). Mais leuroscepticisme de gauche navait aucun candidat. On ne peut donc lui prêter ni victoire ni défaite.
Mais le plus important, cest de sinterroger sur les scores de LO-LCR et du PCF. (2.6% pour LCR-LO, qui fait 3.3% si on prend lensemble de lextrême gauche le PT aurait fait 0.8 ?- et 5.2% pour le PCF).
Alors si lon veut continuer dans les débats entre LO et PCF, comme ceux qui sévissaient il y a quelques semaines sur ce forum, alors cest La Riposte qui devrait se réjouir, car cest la preuve que lExtrême gauche nest quillusion, le PCF cest du sérieux.
Non. 2.6, comme 5.2, et un score total de 8.5% pour lensemble des listes dobédience communiste, cest un score de m
Alors on peut invoquer les magouilles dans le mode de scrutin, pénalisant les petites listes. Dire : « cest dû à ce que les gens craignent de ne pas voter utile, donc ils vont voter PS même si leurs convictions sont plus à gauche ». Mais ça nexplique pas grand-chose : pourquoi 10% des suffrages exprimés au 21 avril 2002 (3 millions de voix) se sont portées sur Besancenot et Laguiller, alors quaucun ne serait président ? Il semble que les présidentielles soient des élections où les français se défoulent plus quaux législatives ou régionales, où le vote utile fut écrasant.
Je donne mon analyse de cet échec :
:arrow: dabord, et je mes opinions eurosceptiques de côté, il fallait une bonne ouïe pour distinguer le discours du PCF, de LO-LCR, et du PS. Ceux qui ont vu le spot archi-démago du PS, appelant à « lEurope sociale », où le PS dénonce la casse des retraites (mais quont-ils fait contre en 2003?), les délocalisations (mais est-ce vraiment une des principales causes du chômage en France ?), ceux-là (dont je fais partie) ont même pu se dire que le PS était plus virulent, plus « gauchiste » dans ses propos que LO-LCR, où Laguiller & Olivier passaient lessentiel de leur temps à jurer aux grands dieux quils nétaient pas eurosceptiques (eurosceptiques ? brrr !!). Pourquoi voter PCF ou LCR-LO quand on peut voter pour un parti apparemment plus virulent et beaucoup plus puissant, le PS ?
:arrow: mais surtout, cest cette affligeante division entre le PCF et LO-LCR qui casse le vote communiste (oui, chez moi on dit « communiste », pas « anticapitaliste » car ça ne veut rien dire, cher Olivier). Je ne sais pas sil faut accuser lune des deux formations (je me rappelle de Hue en 2002 qui avait osé balancer à Besancenot : « pas dalliance tant que vous ne faîtes pas un score ! » ; on a vu la suite
) et ça naurait pas grand intérêt. Mais surtout, il faut mettre à bas largument qui fonde cette division : lattitude vis-à-vis du PS. Cet argument ne justifie aucune division, du moins dans la plupart des scrutins. Aux présidentielles, une candidature unique LCR-LO-PCF aurait peu de chances darriver au second tour, mais pourrait faire un score intéressant. Au second tour, chaque parti donne la consigne ou labsence de consigne quil veut. Pour les européennes, la division était encore plus idiote car de toute façon, les députés LCR-LO et PCF de 1999 (11 au total en 1999 ; en 2004 le PCF devrait sauver 2 à 4 députés) siégeaient dans le même groupe au « Parlement européen ». Dautant quune union aurait permis au PCF de sauver des voies. Il ny a vraiment quaux législatives quil faut, dans ce scrutin uninominal injuste, le soutien du PS pour avoir les sièges à lAssemblée.
Je ne demande même pas la fusion des 3 partis, ça ne servirait à rien, et accroîtrait le risque quen cas de mécontentement de certains dans ce nouveau grand parti communiste (en espérant quil se réfère toujours au communisme !) il y ait de nouvelles scissions. Mais il faut bien comprendre ce qui sest passé en 2002 et ensuite : daprès moi, Besancenot na fait que prendre une bonne partie de lélectorat PCF, désireux de sanctionner Hue, alors que cet électorat naurait sans doute pas voté LO si comme en 1995 il ny avait eu quArlette et Robert. Le vote LCR était une contestation « propre » de la direction du PCF. Et ensuite LCR et LO, commettent lerreur de refaire une alliance à 2 alors quil faudrait impérativement la faire avec le PCF ; les électeurs qui avaient chahuté Hue en votant Besancenot, soit ne votent plus, faisant baisser ainsi le score global de LO-LCR-PCF, soit retournent voter PCF, car ils ne veulent pas voter LO, même dans une alliance LO-LCR. Pour la gauche plus ou moins communiste, cest désormais lalliance à trois ou la mort.
Cependant je tiens à préciser que je ne donne pas à mes analyses un caractère « scientifique » : ce sont des intuitions avant tout.
Mais cela ne suffit pas : il y a aussi beaucoup délecteurs qui pensent que leur parti (notamment au PCF) doit sallier au PS pour empêcher la droite de gagner, et ceux qui, comme moi, pensent que limportant nest pas en soi dempêcher la droite de gagner, mais que même réunis, LO-LCR-PCF ne peuvent arriver au pouvoir seuls. La seule voie, cest dêtre à nouveau dans un gouvernement, et de forcer le PS à appliquer une partie du programme communiste. Mais comment, nous dirons ceux qui se souviennent du lamentable spectacle du PCF au sein du gouvernement Jospin ? Comment, même avec 15% des suffrages exprimés pour LO-LCR-PCF (si on sen tient au 21 avril 2002, cest possible), faire pression sur des sociaux-démocrates qui avec les Verts feront au moins le double ? Cest très simple, il suffit de menacer demployer larme que tout le monde connaît mais dont personne ne veut parler : menacer de faire perdre la « gauche ».
Quoi ? Cela voudrait dire quau cas où le PS refuserait dappliquer une part quelconque du programme communiste, ou quil trahirait sa parole une fois au gouvernement, il faut menacer de quitter le gouvernement et dappeler à ne pas voter à gauche aux prochaines élections, quitte à faire gagner la droite ? Je réponds : il faut non seulement menacer de le faire, mais être prêt à le faire.
Il sagit de concilier les deux tendances opposées du mouvement communiste français : dun côté, la certitude quon ne pourra rien faire si on nest pas au gouvernement ; de lautre, refuser dêtre les croupions fantoches du PS. Et bien le seul moyen de concilier cela est de dire : participons au gouvernement rose-rouge, mais si les sociaux-démocrates ne nous respectent pas, alors nous prendrons notre courage à deux mains et nous ferons en sorte dinfliger de nouveaux 21 avril au PS, parce quil ny a que cela quil peut comprendre (vous aurez compris à quel point je porte le PS dans mon cur).
« Mais cest irresponsable ! Si la droite est au pouvoir grâce à vous, elle fera de nouvelles attaques contre les travailleurs, et par votre faute ! » Oui, peut-être, mais si nous nous faisons cela, probablement le PS réfléchira-t-il et acceptera des accords honnêtes qui permettront de faire abolir les « réformes » de la droite.
Quant à savoir quelles fractions authentiquement communistes dun éventuel programme de LO-LCR-PCF devraient être imposées pour un gouvernement rose-rouge, on peut en discuter par là suite.
La Riposte essaie de maintenir lidée révolutionnaire au sein du PCF et des Jeunesses Communistes. Je ne peux que vous encourager. Mais ce qui me sembleraient nécessaire, cest que cela soit fait dans les trois partis de ladite « extrême gauche » et ce si possible de façon transversale : une même tendance, qui aurait sa déclinaison au sein des trois mouvements, et défendrait ce programme on ne peut plus concret :
:arrow: candidature unique de LO-LCR-PCF aux européennes, présidentielles, et pourquoi pas au premier tour des régionales.
:arrow: pour ce qui est des législatives, où il faut le soutien du PS pour avoir des sièges, et où la pression du vote utile est très forte, il faudrait peut-être que LO et LCR boycottent ces élections, et que le PCF y participe avec le soutien du PS sil le veut. Boycotter les législatives évitera à LO-LCR de faire des scores insignifiants (2% en juin 2002 contre 10% au 21 avril) entièrement dus au « vote utile » et qui alimentent des commentaires vaseux sur la « bérézina de lextrême gauche » comme on en a entendu au soir du 9 juin 2002.
:arrow: imposer aux candidatures uniques LO-LCR-PCF aux présidentielles un programme clairement communiste, cest-à-dire passer par les fenêtres les propositions réformistes et condamnées davance comme « linterdiction des licenciements » et faire que le programme mentionne clairement la remise en cause de la propriété privée du capital français dans les grandes entreprises du pays, et ce dès léventuelle accession au pouvoir et pas sur un long terme
:arrow: envisager clairement la participation à un gouvernement avec le PS, à condition quelle se traduise par lapplication de mesures communistes, mais aussi et surtout la possibilité de faire perdre les élections au PS si celui-ci trahit ces accords.
Pour cela il faut un programme clairement communiste pour bien nous maintenir à lesprit que dans le cas dune trahison du PS, donner un mandat à la droite est acceptable, si cela nous permet ensuite de revenir à un gouvernement abrogeant ses méfaits par laction de vrais ministres communistes.