Bonjour.
Dans le sujet « Europe libérale ou Europe sociale ? » Javais déjà exprimé un point de vue eurosceptique. Je préfère poster un nouveau sujet pour être sûr dêtre lu, et surtout parce que La Riposte a mis sur son site, depuis quelques semaines, le texte « Pour une alternative socialiste à lUnion Européenne ».
Globalement, sur le constat, je maccorde avec La Riposte : lUnion Européenne qui se construit est de droite, privatise, défend le principe de lexploitation capitaliste. La Riposte emploie aussi le terme très galvaudé de « saccage des services publics » que je trouve un peu facile. Il faudra bien admettre un jour que les services publics français ne sont pas parfaits, et que les solutions à ses défauts ne sont pas forcément le « plus de moyens » que réclament les syndicats, et que des rénovations sont à apporter pour montrer quun service public responsabilisé peut faire mieux que nimporte quelle entreprise privée. Car, en tant que communiste, je ne peux pas penser que la privatisation soit la solution.
Ensuite : oui, lEurope-état nexiste pas, et seuls les poujadistes peuvent passer leur temps à cracher sur les « bureaucrates » ou « eurocrates » de Bruxelles, qui souvent ne font quappliquer les traités, ou faire des propositions qui restent à dispositions des gouvernements. Mais ça ne veut pas dire que létat-Europe nexistera pas, du moins sur certains domaines. Mais La Riposte pense le contraire, car selon les rédacteurs de la revue, les politiques des états se réduisent aux intérêts de leurs capitalistes, et les capitalistes des différents pays sont rivaux et refusent lunification. A cela, on peut répondre deux choses :
:arrow: Dabord, les capitalistes, pas plus que les travailleurs, nont de patrie. Un capitaliste français a toutes les raisons de préférer sassocier avec un capitaliste allemand pour battre un concurrent français. Mais il est vrai que dans des cas comme la guerre dIrak, on avait affaire à la rivalité entre les entreprises françaises et celles dun autre continent (les entreprises fédérées américaines*) protégées par leurs états respectifs. A léchelle du continent européen, il existe de nombreuses entreprises résultant de la fusion dentreprises de diverses nationalités. Et de toutes façons, les états européens ne sont plus près à entrer en guerre pour conquérir des marchés. Le dernier cas était celui de la guerre du Biafra, opposant indirectement la France et le Royaume-Uni, puissances coloniales aujourdhui en déroute. Il nest donc pas du tout impossible quapparaisse un capitalisme européen, qui sera toujours officiellement domicilié en France ou en Allemagne ou en Italie parce que les états existent toujours, mais qui nont pas forcément de raisons de sentretuer, dautant quils nont plus autant besoin de la protection de leurs états nationaux car ceux-ci ne peuvent plus mener de grandes opérations militaires pour leur procurer des marchés.
:arrow: ensuite, cest le non-marxiste qui va sexprimer. Je naccepte pas lanalyse qui réduit laction des états européens aux intérêts de leurs capitalistes. Noublions pas que pour lamentable que soit notre démocratie française, Chirac et feu Jospin furent élus, et que les principaux intérêts de lUMP et du PS, comme de lUDF et des Verts, cest dêtre élus. Si Raffarin applique la politique du Medef, cela ne veut pas dire que cest Seillières qui a le pouvoir, comme aime à le répéter Besancenot, mais tout simplement que Raffarin a les mêmes idées que le Medef ! Dailleurs, si le Medef dirigeait réellement, Matignon naurait jamais cherché à se donner une caution sociale en augmentant un peu le Smic, celui-ci aurait été simplement supprimé, et la retraite aurait été repoussée à 45 années de cotisations au moins ! Raffarin nest pas « ultralibéral » (sil vous plaît, cessez demployer le terme « libéral » qui est un vrai pain-béni pour nos adversaires ; dîtes « capitaliste »), pas plus que Blair ou Schröder, il nest pas le valet du Medef : il est de droite, cest tout, et cest déjà assez grave comme ça. Si une politique de droite est appliquée en France et en Europe, cest parce que plus de 12 millions de gens ont voté pour en 2002, et que des millions dabstentionnistes, qui auraient pu faire gagner la gauche, ne sont pas venu par déception. Il ny a pas eu de coup détat de lombre du Medef.
Doù le fait quil nest pas impossible quune ébauche de supranationalité ait lieu en Europe. Et ce qui minquiète nest pas la commission européenne, dont jai dit quelle est souvent traitée en bouc-émissaire, mais le Parlement européen. Un Parlement, par définition, est fait pour voter à la majorité. A lheure actuelle, il a très peu de pouvoir. Tant mieux. Ne lui en donnons pas plus. Pourquoi ? Parce que ce Parlement :
:arrow: ne représente que 50% environs des habitants de lUnion Européenne, car la moitié nauront pas voté, parce quils ne se sentent pas représentés par les candidats, ce qui nest pas un délit.
:arrow: parce quil sera dirigé par deux formations politiques, le PSE et le PPE, qui sont toutes deux pro-capitalistes, et dans le cas du PSE nettement plus que le PS français, puisquil sy retrouvera avec les travaillistes anglais et les « sociaux-démocrates » allemands, qui appliquent des politiques de droite.
De deux choses lune : soit ce Parlement a du pouvoir (ou en aura) , il peut imposer des lois aux nations qui devraient sy soumettre, et dans ce cas-là nous perdons notre souveraineté ; soit il na aucun pouvoir, et ce nest pas la peine de se déplacer pour lélire. Mais les gouvernements européens pourraient faire en sorte que des pouvoirs soient délégués à ce parlement, sur quelques sujets évidemment. En réalité, de toutes les merveilles que lon nous promet au sujet de lEurope (coopération pour léducation, la santé, lenvironnement, la police et la justice), tout pourrait sobtenir par le biais de traités multilatéraux entre états souverains, sans Parlement ni rien dans le genre. Alors pourquoi les partis au pouvoir seraient-ils intéressés, dans certains pays comme la France, par loctroi de pouvoirs au Parlement ?
:arrow: parce quune démocratie ou la moitié seulement des gens vont voter, évitant le risque que ces gêneurs délecteurs aillent mal voter, voilà ce qui intéresse les partis de gouvernement en France et certainement ailleurs. Enfin une démocratie sans extrêmes (de gauche comme de droite, et donc sans communistes) !
:arrow: parce que pour le PS, cest un moyen de se fondre dans une « eurogauche » avec les blairistes et le SPD, donc un moyen dassumer enfin clairement, pour le parti de F. Hollande, sa nature de parti de centre, voire de centre-droit. Pour le PCF de Buffet, ça sera la même chose : au niveau européen, les partenaires du PCF naccepteront jamais de se désigner sous le nom de « communiste ». Ainsi, le reste de communisme dans le PCF sera enfin dilué dans la soupe réformiste des autres partis de gauche européens, réalisant le grand rêve de Hue et Buffet.
:arrow: pour lUMP, cest là aussi loccasion de trouver des partenaires qui lui permettront de faire la politique de droite, plus dure encore quaujourdhui, dont il rêve ;
:arrow: pour lUDF et les Verts, cest un moyen dintégrer une famille européenne ( les chrétiens-démocrates pour les uns, les Grünen pour les autres) qui accroissent leur poids.
:arrow: même pour des gens comme Besancenot, « leurodémocratie » est une occasion de rejoindre la mouvance « altermondialiste » qui le fait tant rêver, et de se débarrasser de cette encombrante étiquette « communiste » dont il a avoué à plusieurs reprise quil était prêt à sen séparer.
Alors bien sûr, les projets de « diplomatie commune » ne verront jamais le jour (tant mieux, sinon nous serions en Irak), « larmée européenne » nexistera jamais (car il y a déjà lOTAN, et la domination américaine nest pas du tout mal vécue par beaucoup de nos voisins). Mais sur des sujets économiques ou sociaux, pourquoi pas un pouvoir européen conféré au Parlement ? La Riposte reconnaît que sur les sujets de lEurope capitaliste et droitière, il y a un consensus des nations. Et chacun devrait savoir que sur des sujets comme les privatisations, les gouvernements français notamment- font croire que Bruxelles les oblige à privatiser alors quil le font deux même. Si lon dévoile clairement ces sornettes, et que lon vote contre lapprofondissement de la construction européenne, ces viles excuses disparaissent. En effet, quel plus beau rêve pour des partis qui, à Paris, depuis 25 ans échouent à endiguer le chômage, améliorer le niveau de vie du salariat, à améliorer les services publics pour empêcher leur privatisation, que de pouvoir renvoyer la faute sur « lEurope », et si possible envoyer les mécontents manifester à Bruxelles ou à Luxembourg ! Mais le pire serait que « lEurope » ait réellement du pouvoir, et quelle soit réellement responsable de ces politiques, politiques que nous saurions difficilement contester, quant on sait à quoi ressemblerait une « eurodémocratie ». Empêchons cela.
Alors oui, je refuse « leurodémocratie » et je veux défendre la souveraineté française. Et jai été franchement déçu de voir La Riposte caricaturer la position des souverainistes en lassimilant à une conception préférant le « bon » capitalisme français au « mauvais » capitalisme européen. Cela na rien de vrai dans mon cas : il sagit de préserver la démocratie française et sa souveraineté, car si la France est capitaliste et sa démocratie déliquescente (nous sommes dirigés par un parti qui regroupe un français sur 5), cela peut se retourner si les communistes français sallient. Alors que les communistes européens ne pèsent rien.
Je ne suis pas de ceux qui font le salut au drapeau le matin en se levant. Lorsque retentit la Marseillaise, je chante tant que je peu lInternationale. Mais pour que le socialisme existe il lui faut une vraie démocratie, donc pas une « eurodémocratie ». Quant à la « Fédération Socialiste Européenne », jai limpression que les gens qui se limaginent raisonnent comme si les vrais communistes allaient avoir 20, 30 ou 40% des suffrages aux prochaines élections. Dun point de vue réaliste, la France est le seul pays où nous pouvons commencer la révolution. Le socialisme européen sera beaucoup plus fort avec un seul pays, la France, quavec 50 ou 100 députés à Strasbourg.
Cordialement, Aurélien.
*Jemploie le terme « fédéré américain » pour désigner les habitants des Etats-Unis dAmérique, plutôt que « américain » ou « états-unien » car ce dernier terme est grammaticalement horrible : personne ne disait « union-soviéticien » et personne ne dit « confédération-helvète » pour les habitants de la Suisse. De plus, le nom officiel du Mexique est « Etats-Unis du Mexique » donc les mexicains pourraient aussi être appelés « états-uniens ». Les USA sont une fédération détats qui se trouve aux Amériques : ses habitants sont donc des fédérés américains, ou des américains fédérés.