Auteur Sujet: La seule alternative: Alter-Europe ou pas d'Europe  (Lu 1744 fois)

Aurélien

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La seule alternative: Alter-Europe ou pas d'Europe
« le: 03 juin 2004 à 15:24:12 »
Bonjour.
Dans le sujet « Europe libérale ou Europe sociale ? » J’avais déjà exprimé un point de vue eurosceptique. Je préfère poster un nouveau sujet pour être sûr d’être lu, et surtout parce que La Riposte a mis sur son site, depuis quelques semaines, le texte « Pour une alternative socialiste à l’Union Européenne ».
Globalement, sur le constat, je m’accorde avec La Riposte : l’Union Européenne qui se construit est de droite, privatise, défend le principe de l’exploitation capitaliste. La Riposte emploie aussi le terme très galvaudé de « saccage des services publics » que je trouve un peu facile. Il faudra bien admettre un jour que les services publics français ne sont pas parfaits, et que les solutions à ses défauts ne sont pas forcément le « plus de moyens » que réclament les syndicats, et que des rénovations sont à apporter pour montrer qu’un service public responsabilisé peut faire mieux que n’importe quelle entreprise privée. Car, en tant que communiste, je ne peux pas penser que la privatisation soit la solution.
Ensuite : oui, l’Europe-état n’existe pas, et seuls les poujadistes peuvent passer leur temps à cracher sur les « bureaucrates » ou « eurocrates » de Bruxelles, qui souvent ne font qu’appliquer les traités, ou faire des propositions qui restent à dispositions des gouvernements. Mais ça ne veut pas dire que l’état-Europe n’existera pas, du moins sur certains domaines. Mais La Riposte pense le contraire, car selon les rédacteurs de la revue, les politiques des états se réduisent aux intérêts de leurs capitalistes, et les capitalistes des différents pays sont rivaux et refusent l’unification. A cela, on peut répondre deux choses :

:arrow: D’abord, les capitalistes, pas plus que les travailleurs, n’ont de patrie. Un capitaliste français a toutes les raisons de préférer s’associer avec un capitaliste allemand pour battre un concurrent français. Mais il est vrai que dans des cas comme la guerre d’Irak, on avait affaire à la rivalité entre les entreprises françaises et celles d’un autre continent (les entreprises fédérées américaines*) protégées par leurs états respectifs. A l’échelle du continent européen, il existe de nombreuses entreprises résultant de la fusion d’entreprises de diverses nationalités. Et de toutes façons, les états européens ne sont plus près à entrer en guerre pour conquérir des marchés. Le dernier cas était celui de la guerre du Biafra, opposant indirectement la France et le Royaume-Uni, puissances coloniales aujourd’hui en déroute. Il n’est donc pas du tout impossible qu’apparaisse un capitalisme européen, qui sera toujours officiellement domicilié en France ou en Allemagne ou en Italie parce que les états existent toujours, mais qui n’ont pas forcément de raisons de s’entretuer, d’autant qu’ils n’ont plus autant besoin de la protection de leurs états nationaux car ceux-ci ne peuvent plus mener de grandes opérations militaires pour leur procurer des marchés.

:arrow: ensuite, c’est le non-marxiste qui va s’exprimer. Je n’accepte pas l’analyse qui réduit l’action des états européens aux intérêts de leurs capitalistes. N’oublions pas que pour lamentable que soit notre démocratie française, Chirac et feu Jospin furent élus, et que les principaux intérêts de l’UMP et du PS, comme de l’UDF et des Verts, c’est d’être élus. Si Raffarin applique la politique du Medef, cela ne veut pas dire que c’est Seillières qui a le pouvoir, comme aime à le répéter Besancenot, mais tout simplement que Raffarin a les mêmes idées que le Medef ! D’ailleurs, si le Medef dirigeait réellement, Matignon n’aurait jamais cherché à se donner une caution sociale en augmentant un peu le Smic, celui-ci aurait  été simplement supprimé, et la retraite aurait été repoussée à 45 années de cotisations au moins ! Raffarin n’est pas « ultralibéral » (s’il vous plaît, cessez d’employer le terme « libéral » qui est un vrai pain-béni pour nos adversaires ; dîtes « capitaliste »), pas plus que Blair ou Schröder, il n’est pas le valet du Medef : il est de droite, c’est tout, et c’est déjà assez grave comme ça. Si une politique de droite est appliquée en France et en Europe, c’est parce que plus de 12 millions de gens ont voté pour en 2002, et que des millions d’abstentionnistes, qui auraient pu faire gagner la gauche, ne sont pas venu par déception. Il n’y a pas eu de coup d’état de l’ombre du Medef.

D’où le fait qu’il n’est pas impossible qu’une ébauche de supranationalité ait lieu en Europe. Et ce qui m’inquiète n’est pas la commission européenne, dont j’ai dit qu’elle est souvent traitée en bouc-émissaire, mais le Parlement européen. Un Parlement, par définition, est fait pour voter à la majorité. A l’heure actuelle, il a très peu de pouvoir. Tant mieux. Ne lui en donnons pas plus. Pourquoi ? Parce que ce Parlement :
:arrow: ne représente que 50% environs des habitants de l’Union Européenne, car la moitié n’auront pas voté, parce qu’ils ne se sentent pas représentés par les candidats, ce qui n’est pas un délit.
:arrow: parce qu’il sera dirigé par deux formations politiques, le PSE et le PPE, qui sont toutes deux pro-capitalistes, et dans le cas du PSE nettement plus que le PS français, puisqu’il s’y retrouvera avec les travaillistes anglais et les « sociaux-démocrates » allemands, qui appliquent des politiques de droite.

De deux choses l’une : soit ce Parlement a du pouvoir (ou en aura) , il peut imposer des lois aux nations qui devraient s’y soumettre, et dans ce cas-là nous perdons notre souveraineté ; soit il n’a aucun pouvoir, et ce n’est pas la peine de se déplacer pour l’élire. Mais les gouvernements européens pourraient faire en sorte que des pouvoirs soient délégués à ce parlement, sur quelques sujets évidemment. En réalité, de toutes les merveilles que l’on nous promet au sujet de l’Europe (coopération pour l’éducation, la santé, l’environnement, la police et la justice), tout pourrait s’obtenir par le biais de traités multilatéraux entre états souverains, sans Parlement ni rien dans le genre. Alors pourquoi les partis au pouvoir seraient-ils intéressés, dans certains pays comme la France, par l’octroi de pouvoirs au Parlement ?

:arrow: parce qu’une démocratie ou la moitié seulement des gens vont voter, évitant le risque que ces gêneurs d’électeurs aillent mal voter, voilà ce qui intéresse les partis de gouvernement en France et certainement ailleurs. Enfin une démocratie sans extrêmes (de gauche comme de droite, et donc sans communistes) !
:arrow: parce que pour le PS, c’est un moyen de se fondre dans une « eurogauche » avec les blairistes et le SPD, donc un moyen d’assumer enfin clairement, pour le parti de F. Hollande, sa nature de parti de centre, voire de centre-droit. Pour le PCF de Buffet, ça sera la même chose : au niveau européen, les partenaires du PCF n’accepteront jamais de se désigner sous le nom de « communiste ». Ainsi, le reste de communisme dans le PCF sera enfin dilué dans la soupe réformiste des autres partis de gauche européens, réalisant le grand rêve de Hue et Buffet.
:arrow: pour l’UMP, c’est là aussi l’occasion de trouver des partenaires qui lui permettront de faire la politique de droite, plus dure encore qu’aujourd’hui, dont il rêve ;
:arrow: pour l’UDF et les Verts, c’est un moyen d’intégrer une famille européenne ( les chrétiens-démocrates pour les uns, les Grünen pour les autres) qui accroissent leur poids.
:arrow: même pour des gens comme Besancenot, « l’eurodémocratie » est une occasion de rejoindre la mouvance « altermondialiste » qui le fait tant rêver, et de se débarrasser de cette encombrante étiquette « communiste » dont il a avoué à plusieurs reprise qu’il était prêt à s’en séparer.

Alors bien sûr, les projets de « diplomatie commune » ne verront jamais le jour (tant mieux, sinon nous serions en Irak), « l’armée européenne » n’existera jamais (car il y a déjà l’OTAN, et la domination américaine n’est pas du tout mal vécue par beaucoup de nos voisins). Mais sur des sujets économiques ou sociaux, pourquoi pas un pouvoir européen conféré au Parlement ? La Riposte reconnaît que sur les sujets de l’Europe capitaliste et droitière, il y a un consensus des nations. Et chacun devrait savoir que sur des sujets comme les privatisations, les gouvernements –français notamment- font croire que Bruxelles les oblige à privatiser alors qu’il le font d’eux même. Si l’on dévoile clairement ces sornettes, et que l’on vote contre l’approfondissement de la construction européenne, ces viles excuses disparaissent. En effet, quel plus beau rêve pour des partis qui, à Paris, depuis 25 ans échouent à endiguer le chômage, améliorer le niveau de vie du salariat, à améliorer les services publics pour empêcher leur privatisation, que de pouvoir renvoyer la faute sur « l’Europe », et si possible envoyer les mécontents manifester à Bruxelles ou à Luxembourg ! Mais le pire serait que « l’Europe » ait réellement du pouvoir, et qu’elle soit réellement responsable de ces politiques, politiques que nous saurions difficilement contester, quant on sait à quoi ressemblerait une « eurodémocratie ». Empêchons cela.

Alors oui, je refuse « l’eurodémocratie » et je veux défendre la souveraineté française. Et j’ai été franchement déçu de voir La Riposte caricaturer la position des souverainistes en l’assimilant à une conception préférant le « bon » capitalisme français au « mauvais » capitalisme européen. Cela n’a rien de vrai dans mon cas : il s’agit de préserver la démocratie française et sa souveraineté, car si la France est capitaliste et sa démocratie déliquescente (nous sommes dirigés par un parti qui regroupe un français sur 5), cela peut se retourner si les communistes français s’allient. Alors que les communistes européens ne pèsent rien.

Je ne suis pas de ceux qui font le salut au drapeau le matin en se levant. Lorsque retentit la Marseillaise, je chante tant que je peu l’Internationale. Mais pour que le socialisme existe il lui faut une vraie démocratie, donc pas une « eurodémocratie ». Quant à la « Fédération Socialiste Européenne », j’ai l’impression que les gens qui se l’imaginent raisonnent comme si les vrais communistes allaient avoir 20, 30 ou 40% des suffrages aux prochaines élections. D’un point de vue réaliste, la France est le seul pays où nous pouvons commencer la révolution. Le socialisme européen sera beaucoup plus fort avec un seul pays, la France, qu’avec 50 ou 100 députés à Strasbourg.

Cordialement, Aurélien.  

*J’emploie le terme « fédéré américain » pour désigner les habitants des Etats-Unis d’Amérique, plutôt que « américain » ou « états-unien » car ce dernier terme est grammaticalement horrible : personne ne disait « union-soviéticien » et personne ne dit « confédération-helvète » pour les habitants de la Suisse. De plus, le nom officiel du Mexique est « Etats-Unis du Mexique » donc les mexicains pourraient aussi être appelés « états-uniens ». Les USA sont une fédération d’états qui se trouve aux Amériques : ses habitants sont donc des fédérés américains, ou des américains fédérés.

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Quelques remarques
« Réponse #1 le: 04 juin 2004 à 16:41:02 »
Je laisserai à chacun le soin de se faire sa propre opinion sur la question, mon but ici est de revenir sur des affirmations qui me semblent erroné.

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La Riposte emploie aussi le terme très galvaudé de « saccage des services publics » que je trouve un peu facile. Il faudra bien admettre un jour que les services publics français ne sont pas parfaits, et que les solutions à ses défauts ne sont pas forcément le « plus de moyens » que réclament les syndicats, et que des rénovations sont à apporter pour montrer qu’un service public responsabilisé peut faire mieux que n’importe quelle entreprise privée.

Qui affirme que nos services publics sont parfaits??? Personne ici, pourtant le terme de "saccage" me parait très approprié : diminuer les droits à la retraite, à la sécurité sociale, revendre nos structures publiques (certes imparfaites) aux intérêts privés, je ne vois pas ce qui te déranges dans cette expression, peut-être préfererais-tu "offensive organisé à l'encontre du domaine du service publique", cela est ridicule, il faut appelé les choses par leur nom, et ne pas rallonger inutilement ton intervention déjà "imposante".

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Je n’accepte pas l’analyse qui réduit l’action des états européens aux intérêts de leurs capitalistes. N’oublions pas que pour lamentable que soit notre démocratie française, Chirac et feu Jospin furent élus, et que les principaux intérêts de l’UMP et du PS, comme de l’UDF et des Verts, c’est d’être élus. Si Raffarin applique la politique du Medef, cela ne veut pas dire que c’est Seillières qui a le pouvoir, comme aime à le répéter Besancenot, mais tout simplement que Raffarin a les mêmes idées que le Medef ! D’ailleurs, si le Medef dirigeait réellement, Matignon n’aurait jamais cherché à se donner une caution sociale en augmentant un peu le Smic, celui-ci aurait été simplement supprimé, et la retraite aurait été repoussée à 45 années de cotisations au moins ! Raffarin n’est pas « ultralibéral » (s’il vous plaît, cessez d’employer le terme « libéral » qui est un vrai pain-béni pour nos adversaires ; dîtes « capitaliste »), pas plus que Blair ou Schröder, il n’est pas le valet du Medef : il est de droite, c’est tout, et c’est déjà assez grave comme ça.

Raffarin n'est pas seulement de droite, il tient compte à la fois de ses intérêts électoraux et de ceux qui financent son partis sa "famille" politique et sociale. N'est-il pas évident que la droite actuelle au pouvoir n'agit pas que dans l'intérêts de ses élections futures (on dirait même qu'elle agit contre son intérêt électoral), c'est parcequ'elle agit dans les intérêts du capitalisme français qu'elle perdra les élections prochaines (mais cela est calculé, un inconvénient pour d'autres profits). Raffarin est donc bien, en quelque sorte, le valet du medef, du moins je le pense. Quand à penser que s'il avait été réellement le valet du medef il aurait purement et simplement supprimé le SMIC, on nage dans le surréalisme le plus complet, même un réactionnaire borné comme Raffarin sait qu'une mesure de cet ordre précipiterai à court terme le pays dans une agitation bien plus nuisible aux affaires qu'une augmentation légère du SMIC, les gens de son espèce politique ont fait cette découverte au 19ème siècle : il n'est pas possible de supprimer purement et simplement les avantages sociaux sans remettre en cause l'équilibre du système que l'on appelle "sociale démocratie", il leur faut gratter petit à petit les acquis sociaux et parfois faire des concessions.
Il s'en suit que le capitalisme français, s'il est effectivement lié aux autres capitalismes européens et même mondial comme tu l'affirmes, n'en garde pas moins un lien intrinsèque avec la droite française, qu'il ya donc réellement un état nation "France" qui sert les intérêts du capitalisme français, et que cet état-nation peut se heurter aux intérêts des capitalistes étrangers, y compris au sein de l'europe.
Fraternellement,

PASCAL C.

Aurélien

  • Invité
La seule alternative: Alter-Europe ou pas d'Europe
« Réponse #2 le: 05 juin 2004 à 02:41:11 »
Bon, pour ce qui est de la taille de mon premier message, je répondrai d’abord que sur ce sujet comme dans d’autres, faire des messages trop courts reviendrait à ne rien écrire, ou des banalités. Ensuite, je rappelle que ce sujet fut écrit en réaction à un article de La Riposte, « Pour une alternative socialiste à l’Union Européenne », qui était bien plus long. Dois-je rappeler qu’avant les incidents techniques qui ont obligé à reformater le forum, LR postait des sujets qui étaient des articles entiers ou partiels écrits par les rédacteurs, dont certains incomparablement plus longs que mes messages !

Ensuite, sur les services publics : quand je parle des services publics « saccagés », je ne prends pas en compte la Sécurité Sociale, qui est un système de redistribution, mais les systèmes publics qui produisent des services comme l’Education Nationale, l’hôpital. Pour l’hôpital, dont l’état est trop souvent calamiteux, cela ne date pas d’hier, et (dois-je le rappeler ?) il était question de l’Union Européenne dans ce sujet, et ce n’est pas vraiment elle mais plutôt les états qui sont responsables de l’état de leurs hôpitaux. Quant à l’Education, quand je dis que je trouve facile le terme de « saccage », c’est qu’avant tout il faudrait rappeler que malgré les faibles augmentations du budget de l’Ed’Nat’, celle-ci garde un budget très important, parmi les premiers d’Europe, si ce n’est le premier, et qu’il avait pas mal augmenté (nettement plus que le nombre d’élèves !) ces vingt dernières années. Et pourtant nos résultats scolaires ne sont pas les meilleurs d’Europe. Des pays qui dépensent moins font mieux. Je ne suis certainement pas partisan d’une baisse du budget, mais d’une rupture avec la logique du « plus de moyens ! » qui évite de se poser la question du fonctionnement qualitatif de ce système (pas une rentrée littéraire où ne sort un bouquin de prof disant que l’on gâche des gamins avec de mauvaises méthodes d’enseignement!). Donc, oui, le discours « plus de postes, sinon c’est la ruine du service public ! » me barbe assez. Et ce n’est pas être de droite que de dire cela.  Le rôle d’un communiste est au contraire d’assurer le contrôle démocratique du peuple sur l’appareil économique comme sur l’appareil politique et étatique. Un système qui gaspille ou manque d’efficacité (je parle d'efficacité pour les populations, pas au sens comptable du terme) n’est généralement pas un système où règne la démocratie.

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Raffarin n'est pas seulement de droite, il tient compte à la fois de ses intérêts électoraux et de ceux qui financent son partis sa "famille" politique et sociale. N'est-il pas évident que la droite actuelle au pouvoir n'agit pas que dans l'intérêts de ses élections futures (on dirait même qu'elle agit contre son intérêt électoral), c'est parcequ'elle agit dans les intérêts du capitalisme français qu'elle perdra les élections prochaines (mais cela est calculé, un inconvénient pour d'autres profits).


Mais certainement que Raffarin et l’UMP sont financés par les pontes du capitalisme français, membres du Medef. Mais votre raisonnement peut alors être pris à rebours : si la droite a bien besoin du patronat pour se financer, en revanche le patronat a besoin de la droite pour gouverner. Donc, si les intérêts de la droite et du patronat divergent, la droite peut faire peser ses intérêts car si les patrons l’abandonnaient, et que la droite perdait les élections, alors le PS est au pouvoir. Le PS est aussi un parti capitaliste, et Seillières avait dit en 2002 que Chirac comme Jospin lui convenaient ; mais le PS peut toujours s’amuser à faire des 35 heures ou une autre tentative de loi sociale. Et le PS, lui, même s’il pourrait être financé par des capitalistes ( et l’est peut-être), il n’en a pas moins la nécessité de tenir compte de son électorat de classes moyennes, dont beaucoup de fonctionnaires. Alors, pour le Medef, il y a bien des contraintes : on soutient la droite, mais si la droite nous déplaît et qu’on la lâche, c’est le PS, parti entre autre des fonctionnaires (bon d’accord, ça simplifie les choses, mais qui constitue le cœur de l’électorat PS sinon ?). Donc le Medef n’est pas tout puissant sur la scène politique française, et il peut être déçu par la droite, il n’a pas toute la marge qu’il souhaiterait pour la punir, car sans la droite il est en difficulté…

 Quant à l’intérêt électoral de l’UMP, on pouvait dire que la stratégie était simple : gagner des voies sur l’insécurité grâce aux démonstrations (et au mensonges) de Sarkozy, faire passer des « réformes » -mais il n’est pas du tout impossible que l’UMP fasse ces « réformes » avant tout par conviction réactionnaire- en prétendant qu’on sauve la France (ce qu’on dû croire pas mal de troufions UMP) et que ceux qui s’y opposent sont des ennemis de la démocratie (« c’est pas la rue qui gouverne »). C’était sans compter sur l’opposition Chirac-Sarkozy (le bilan « miraculeux » de Sarko à l’Intérieur est aujourd’hui remis en cause par son successeur chiraquien, Villepin), et les piètres talents de propagandiste de l’ex-publicitaire Raffarin. En effet, au Printemps 2003, la droite avait tout pour faire de la « réforme des retraites » une grande victoire idéologique : toute la grande presse est de droite, les médias n’ont accordé aucune couverture à ceux qui proposaient des plans alternatifs, le PS n’a quasiment rien proposé d’alternatif, et l’UMP aurait pu déchaîner une campagne enragée contre les grévistes « qui veulent contredire dans la rue, par l’action d’une minorité, l’action d’un gouvernement élu ». Ils auraient même pu utiliser les images de piquets de grève bloquant les examens du bac pour faire pleurer dans les chaumières sur les « horribles grévistes ». Une Thatcher, un Reagan et ses think tanks l’auraient fait à cœur joie. D’autant que sous Thatcher justement, les démolition sociales se sont succédées (démolition du secteur minier notamment). Malgré cela, les conservateurs restèrent 18 ans au pouvoir. Si ce n’est pas le cas de l’UMP, c’est grâce à sa stratégie foireuse, et de ses dissensions internes. Je ne crois pas en un « plan » où l’UMP accepterait de perdre les prochaines élections dans le but de faire le bien du capitalisme français à long terme.

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Quand à penser que s'il avait été réellement le valet du medef il aurait purement et simplement supprimé le SMIC, on nage dans le surréalisme le plus complet, même un réactionnaire borné comme Raffarin sait qu'une mesure de cet ordre précipiterai à court terme le pays dans une agitation bien plus nuisible aux affaires qu'une augmentation légère du SMIC

Ben le RMA c’est quoi alors, sinon du travail où l’employeur débourse 2 euros de l’heure (soit à peu près… ce que touchent les prisonniers des USA quant ils bossent) ? Un gouvernement qui serait totalement aux ordres du Medef aurait certainement mis en place de nombreuses voies de contournement du SMIC par les entreprises, en multipliant par exemple les contrats où le travailleur touche l’équivalent du SMIC, mais l’employeur paie nettement moins, et le reste est financé par les contribuables, c’est-à-dire, dans l’essentiel, les autres salariés de France.

Au final, pour essayer de revenir quand même sur le sujet de départ (« l’Europe »), rien de tout ce qui a été dit ne m’empêche de penser que les capitalistes français, s’ils ont besoin de la force politique, ne pourraient pas préférer à l’avenir une entité politique supranationale, et surtout à l’époque où les fusions font que les rivalités peuvent ne plus être simplement d’ordre pays contre pays mais groupe financier contre un autre.

Cordialement, Aurélien