Cest en réponse à linvite qui nous a été faite sur un forum par des membres de la Riposte que je viens exposer quelques faits et arguments développés par lanalyse « décroissante » des perspectives sociales, politiques et environnementales. Je tiens, tout dabord, à rassurer ceux qui se lanceraient dans la lecture du fil de discussion en question au sujet du ton employé dans les premiers échanges. Au delà dun mouvement dhumeur initial, tout cela ne doit pas empêcher les débats fructueux tels que le reste des contributions lesquisse. Ce message doit être compris en quelque sorte comme une poursuite de cet état desprit.
Les contributions de ce fil de discussion me semblent un bon point de départ pour dissiper certaines interprétations conduisant à des contre-sens.
la décroissance soutenable, si on l'applique tel quelle, n'est en somme qu'un retour en arrière: les defenseurs de cette logique pensent que l'on vivait mieux il y a 500 ans, qu'on devrait retourner à un système féodale.
Les propositions liées aux analyses « décroissantes » ne peuvent marquer un « retour en arrière » puisquelles sappuient justement sur un principe fort qui est lirréversibilité de la flèche du temps. Cette irréversibilité ontologique trouve sa traduction dans deux domaines : les sciences physiques (avec particulièrement les enseignements de la thermodynamique) et les sciences humaines (avec dans ce cas, une conception de lHistoire proche des analyses situationnistes). Les « décroissants » ne pensent pas que lon vivait mieux il y a 500 ans ou que la féodalité représente un modèle politique souhaitable, ni même viable. Toute notre réflexion étant portée par ce principe naturel dirréversibilité, aucun modèle du passé ne saurait être, à nos yeux, reconstitué (et par corollaire, même tout simplement maintenu indéfiniment). En clair, lHistoire ne se répète pas et nous ne sommes pas en mesure de larrêter. Toute vision du monde qui tendrait à nier ce phénomène est à classer dans la catégorie des idéologies aliénantes requises pour asseoir une domination.
ils disent aussi que c'est le progrets qui est a l'origine de tout les maux actuelles, [
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« Ils » disent pas du tout ça ! Pour les « décroissants », les nuisances actuelles ne sont pas à imputer au progrès, mais au développement de la techno-science déshumanisante. Un de nos principaux combats est justement de dessiller les gens à qui la domination spectaculaire à réussi à faire croire que progrès et développement était deux façons de désigner le même processus, processus dont les capitalistes se gardent bien de dévoiler quil représente le mécanisme principal de la conservation de leurs intérêts.
C'est bien possible, mais je dirait que c'est le progrets qui a permis à l'Homme de "se révéler".
Toute voie de « révélation » (je préfère le terme de réalisation) de lHomme est un progrès, tout enfermement dans lidéologie développementiste est le plus sûr moyen de ne pas lui laisser loccasion de mettre en place les conditions de sa réalisation.
j'ajouterais aussi que en matière d'envirronement, seul le progrets et les avancés technologique peuvent nous aider à limiter les dégats.
En terme denvironnement, est-ce un progrès que de déployer des centrales nucléaires pour alimenter une demande énergétique sans débat sur sa justification et son éventuelle contraction ? Est-ce un progrès que de promouvoir les OGM qui permettent aux fabricants de semence dexercer un contrôle social et policier sur des ressources vitales ? Non, ce ne sont pas des progrès, mais bien des manifestations de lidéologie développementiste.
Au delà des exemples triviaux cités ci-dessus, il existe des arguments scientifiques basés sur les principes de la thermodynamique (que lon pourrait surnommer « lois du réel », à contrario des modèles pseudo-scientifiques partiels et idéalisés bâtis par le positivisme le plus réducteur), qui permettent de démontrer que la réponse techniciste aux problèmes des nuisances engendrées par la techno-science est une fuite en avant qui donne peu de chances à lhumanité de se « réaliser ».
Or, comme le disait Christophe 31, une croissance zero ne permettrait pas de réparer ces dégats, ou alors sur le très long terme.
Une croissance positive (ou même nulle) ne ferait que multiplier les nuisances en voulant traiter celles dont nous héritons. Et ce sont bien des lois scientifiques qui le démontrent. Elles nont malheureusement pas pour elles la puissance médiatique et spectaculaire déployée par le capitalisme pour construire son mythe du développement éternel nécessaire à la prolongation de son emprise.
dans mon optique, le but n'est pas d'arrèter de consommer: mais de consommer mieux.
Cela est peut-être fortuit, mais il se trouve que cest un argument publicitaire dune grande chaîne de distribution. C.Q.F.D
L'industrie nous est utile pour vivre, mais c'est la Nature qui nous permet de vivre: il faut savoir combiner les 2, or actuellement, les gouvernement favorise l'industrie, qui rapporte plus que l'environnement: si on veut litter efficacement contre la pollution, il nous faut d'abord sortir du systeme capitaliste: c'est quasi obligé
Ce que lindustrie a organisé, cest un mode de
survie de lHomme, et non pas un mode vie. Lindustrie nest pas utile pour vivre, elle est utile pour produire les moyens exosomatiques du confort moderne. On peut faire le choix dy rester attaché, et je ne vois pas darguments éthiques pour en empêcher quiconque. Par contre, cest le fait que ce choix soit fait quotidiennement dans nos sociétés sans conscience réelle de ses tenants et aboutissants que je tiens à dénoncer.
Il est clair que la sortie du système capitaliste nous conduira à la disparition de lindustrie. Au delà des aspects de propriété privée ou publique, le capitalisme, cest avant tout le régime de laccumulation du capital. Si toute accumulation est rendue impossible, alors cest lindustrie elle-même qui est impossible.
Les conditions qui rendront impossibles cette accumulation sont inéluctables du fait des lois naturelles. Saurons-nous les maîtriser pour offrir des conditions de vie décentes à un nombre de générations suffisantes pour que lhumanité se « réalise » ?
Entre "décroissance" et énergie alternative, il y a une grosse différence. En effet, l'essence a depuis longtemps trouvé son remplaçant, tel l'eau, le colza, l'hydrogène... et d'autres. Toutes ces énergies sont aussi rentable que le pétrole.
Lanalyse de la rentabilité dune source dénergie basée uniquement sur un bilan énergétique est peu pertinente, a la fois pour déterminer lintérêt économique et le bilan environnemental. Il convient en effet de prendre en compte avant tout le bilan entropique qui seul permet de définir le niveau de nuisance et la durabilité de lexploitation dune source dénergie. Cette notion dentropie, qui est une notion fondamentale des phénomènes naturels auxquels nous sommes confrontés est malheureusement très mal diffusée dans le cadre des débats sur les modèles économiques puisque la très grande majorité font tout simplement limpasse sur son intégration. Cela résulte à la fois de certaines conditions historiques (prédominance des visions mécanistes dans les milieux universitaires) et dune nécessité impérieuse de la domination capitaliste de masquer les éléments qui pourraient remettre
réellement en cause les structures conceptuelles quil échafaude pour perdurer.
Ainsi, seul un plan, qui prévoyerait, par exemple, la mise en place de station service, et le remplacement des véhicules ou leur adaptation au nouveau système, des primes etc... permettrait d'en finir avec la pétrole, du moins pour les véhicules.
Il faut prendre conscience que notre société massivement industrialisée sappuie sur le pétrole pour répondre bien au delà des besoins de transports individuels ou collectifs. Ce plan serait bien dérisoire au regard de lusage généralisé qui est fait du pétrole et de ses dérivés (même pour extraire de luranium et alimenter les centrales électriques, il faut bien du pétrole pour les machines, les camions, les bateaux qui vont assurer sa mise à disposition).
Un autre problème est de savoir si nous aurons assez de ressources en combustibles fossiles pour tenir le rythme (actuel ou futur) jusquà ce que le plan en question soit pleinement opérationnel (si tant est que la technologie de substitution soit accessible). Car dans lintervalle, dans le cadre dun développement continu, il faudrait maintenir la croissance de la consommation sur la base dune ressource en voie de pénurie (qui a dit Pic de Hubbert ?). Sans compter que le basculement dune ressource à une autre demande lui même des investissements en ressource pour atteindre un niveau dexploitation significatif. On risque tout bêtement de ne pas avoir assez de pétrole pour construire les infrastructures nécessaires pour
sen passer ! Je ne parle même pas des problèmes que cela induit sur les ressources en matières premières autre que le pétrole (métaux
) que tout le monde séchine à penser comme inépuisable grâce au recyclage alors que les mêmes règles physiques liées à lentropie sappliquent.
parmi les "théoriciens" les plus cités de la "décroissance" se trouve un certain nombre de ce que l'on peut appeler des "intégristes chrétiens"
Ceux que jai lhabitude de citer (Geogescu-Roegen, Prigogine, Castoriadis, Vanegeim
) nen font pas partie
loin sen faut !
Le socialisme, c'est précisément la possibilité de planifier et de gérer rationnellement, tenant compte des besoins humains présents et futurs
Un des socialismes propose la planification comme outil pour répondre aux besoins. Ce nest pas pour autant une composante consubstantielle
du socialisme.
Oui, nous sommes pour une augmentation de la productivité du travail humain. C'est à dire l'utilisation de la technologie pour satisfaire les besoins de l'humanité en moins de temps de travail. C'est en ce sens que le capitalisme a joué, dans le passé, un rôle historiquement progressiste, parce qu'il a créé les bases matérielles d'une véritable émancipation de l'humanité. Une fois que le contrôle de cette productivité sera entre les mains de la société dans son ensemble, et non plus entre celles d'une classe minoritaire qui ne s'intéresse qu'au profit, la véritable histoire de l'humanité celle ou elle maîtisera consciemment ses propres destinées pourra commencer.
Notre vision des choses, cest que le capitalisme a créé les bases matérielles dune nouvelle aliénation et notamment en enrôlant la techno-science à ses cotés. Nous pensons que mettre en dautres mains le contrôle de cette productivité, cest recréer une classe dominante constituée par les « cadres de lorganisation » qui, certes nauront plus la propriété du capital, mais détiendront les leviers de son accumulation et des buts auxquels il sera alloué. Cest exactement lopposé du projet dautonomie que nous défendons.
La productivité du travail humain, sous le socialisme, augmentera encore plus, et atteindra un dégré qui permettra à la masse de la population de s'intéresser à autre chose que le travail et le prochain repas. C'est ce que Marx voulait dire quand il a dit que les travailleurs devaient s'emparer du pouvoir économique pour pouvoir se libérer du travail. Ce n'est qu'à partir de là qu'ils pourront s'intéresser en masse à l'art, à la science, à la nature et aussi oui, à l'écologie. Si par "productivisme", les idéologues réactionnaires de la décroissance veulent dire cela, alors oui, en effet, nous plaidons "coupable".
Il nest pas question pour nous de faire le jeu de la domination en proposant une société de la séparation où la vie serait découpée en tranche entre travail productif et consommation de loisirs. Il est pour nous indispensable de proposer un projet de civilisation dans lequel lindividu et la collectivité retrouve les moyens conscients dune vie pleine et entière. Cest un projet mortifère que de vouloir faire de la masse un simple outil de production et de consommation où la répartition des rôles alternent en fonction des éléments déterminés par la seule planification de besoins arbitrairement définies par la classe des « organisateurs ».
Les partisans de la "décroissance" sont-ils en faveur d'une baisse de la productivité du travail ? Si oui, ils faudrait qu'ils le disent clairement. Ou sont-ils en faveur, tout simplement, d'une destruction de l'outil productif existant ? Ou d'un abandon de la recherche scientifique, puisque, selon eux, la "technologie" nous mène à notre perte ? Ne veulent-ils plus d'ordinateurs, d'internet, d'électricité, ou de téléphones ? Ne veulent-ils plus d'avions ? Préfèreraient-ils peut-être traverser l'Atlantique au gré des courants, accrochés à un bout de bois ? Qu'ils sortent du flou artistique et qu'ils expliquent clairement ce qu'ils veulent et quelles en seraient les conséquences !
Oui, la productivité du travail doit baisser. Pas pour augmenter le temps de travail dune production sans queue ni tête, mais pour redéfinir ce qui vaut réellement le coup dêtre produit, pour alimenter une vie humanisée et non pour assurer une survie déshumanisée.
Loutil productif existant sera détruit. Cela ne sera pas le fait dune volonté luddiste déchainée, mais tout simplement la conséquence des lois du réel (second principe de la thermodynamique)
La science est une chose. La technologie en est une autre. Si la science est le processus qui permet à lHomme dacquérir les connaissances et les techniques qui souvrent à son entendement, la technologie est loutil de la domination pour construire son projet de survie industrialisée assurant sa mainmise sur la société. Cest cette course au gadget et linvention de besoins artificiels que la technologie permet et que la science condamne en mettant à jour les nuisances irréversibles quelle provoque.