Un grand merci d'aborder ce sujet de la construction européenne. J'attends souvent de pouvoir dire ce que j'en pense.
Toute la construction européenne est basée sur un discours biaisé, mensonger, et recourt souvent au terrorisme intellectuel. Si par provocation, je m'amusais à dire que j'étais contre l'Union Européenne en soi, on me répondrait par ces propos effrayés:
"Quoi, vous êtes contre l'Europe (confondue avec l'UE)? Donc vous êtes pour la guerre! L'Europe garantit la paix et la démocratie! Vous voulez le retour au fascisme! Vous allez rétablir les frontières douanières et ruiner l'économie européenne! Mettre fin aux coopérations européennes en terme de justice, police, etc.! Vous êtes contre la solidarité entre les régions d'Europe!" etc. etc. etc. Tout ce discours est biaisé.
La paix en Europe depuis 1945? Oui, mais la construction européenne n'y est pour rien. Qui aurait imaginé que la France et la RFA, ruinées en 1945, sans armées, occupées par l'armée US (jusqu'en 1966 en France), et surtout avec la menace stalinienne à l'Est, se seraient fait la guerre? Et pour quoi d'ailleurs? Pour se prendre le charbon et l'acier? Des pays comme la Corée du Sud ou Hong Kong se sont développés sans grandes matières premières. Et puis comment déclencher des guerres entre démocraties? Ce n'est pas impossible (exemple: la Guerre de Sécession, aux USA), mais c'est rare. Et surtout, la guerre coûte très cher.
La démocratie? Elle fut rétablie en France par la Résistance, en RFA par les alliés, en Italie par les antifascistes, en Espagne, Grèce, Portugal par les démocrates locaux... la CEE puis l'UE n'y sont pour rien. Si un état européen devenait une dictature, les européistes nous disent qu'il serait isolé; mais pourquoi serait-il impossible de faire la même chose sans UE? Les états ne peuvent-ils pas se rencontrer et prendre des décisions communes sans un Parlement commun, un Traité, des abandons de souveraineté etc.? D'ailleurs, si nous étions encore sous la guerre froide, et qu'un pays de l'UE devenait une dictature anticommuniste, combien on aurait pû parier que les USA auraient fait pression pour qu'aucune mesure de rétorsion ne soit prise contre ce pays? Et aujourd'hui, si un "important partenaire économique" devenait dictatorial, serait-il vraiment réprimé?
Les échanges intereuropéens? Le libre-échange? Il y a bien des zones de libre-échange dans le monde qui n'ont nullement besoin d'envisager un gouvernement commun pour organiser cela.
La coopération sur des thèmes comme la Justice, l'Education, la Santé, etc...? Fort bien, mais pourquoi vouloir tout lier au sein d'une organisation unique? Pourquoi ne pas séparer les différentes coopérations? Et surtout, pourquoi ne pas les rendre libres et réversibles, sans toucher à la souveraineté des états? En clair, la coopération entre états qui me conviendrait, ce serait une coopération où un état peut dire: "votre coopération en ce qui concerne la santé et la Justice, ça me plaît, mais votre politique économique, c'est n'importe quoi, mes parlementaires et mes citoyens sont contre, vous la ferez sans moi".
Les fonds structurels aux régions périphériques? Fort bien là encore, mais cela existait bien avant Maastricht, avant que l'on se mette en tête de faire un Parlement européen et de parler de fédéralisme.
Quant à la "démocratie européenne" qu'on nous prépare, c'est un leurre: toute construction européenne sera forcément une altération de la démocratie. Il suffit de songer à la manière dont sera constitué le Parlement, soi-disant institution démocratique:
:arrow: soit il est constitué sur le principe "un habitant, une voix". Et dans ce cas-là, tchao le Luxembourg, la Lithuanie, Malte, l'Estonie, la Slovénie, et j'en passe. Une alliance France-Allemagne-Italie-Pologne, et le tour est joué.
:arrow: soit on essaye de donner des voix à chaque pays, en s'éloignant du principe "un habitant, une voix". Donc, on rompt avec le principe démocratique. A l'extrême, si chaque pays a une voix, égale quelque soit la population, au conseil des ministres par exemple, et on si on vote à la majorité, on aura des minorités (en termes de population) majoritaires en voix...Toute position intermédiaire entre le "un habitant, une voix" (inacceptable pour les petits pays) et le "un pays, une voix" sera forcément une altération de la démocratie, car seul le principe du "un habitant, une voix", est démocratique, mais inacceptable pour les petits pays.
Il s'agit aussi de se rendre compte du type de "démocratie" que l'on va avoir: une démocratie à l'américaine, avec 2 partis (sauf que chez nous ça sera la Parti "Socialiste" Européen, et le Parti Populaire Européen, de droite), et leurs croupions (les "Verts" européens, les "libéraux") et les "extrêmes" (les xénophobes, et des débris prétendant au titre "d'extrême-gauche européenne" alors que l'extrême-gauche n'existe vraiment qu'en France et en Italie - et encore...). Et c'est bien ça qui est recherché: une "démocratie" entre "gens sérieux", sans s'embêter avec des gauchistes, sans les "extrêmes", entre gens d'accord sur 80% des sujets, avec un verbiage "social" pour le PSE, deux ou trois mesurettes présentées comme de grandes avancées, voire des "conquêtes sociales". Et tant pis si les taux de participation aux élections européennes ne dépassent pas les 50%. C'est déjà le cas aux USA, où un président représente au mieux 25 ou 30% des citoyens américains. Je dis ça, mais en France c'est déjà le cas: l'UMP a tous les pouvoirs avec 33% des suffrages exprimés (au 9 juin 2002) et 23% des inscrits si on prend en compte toute la population. Le gouvernement Raffarin ne représente qu'un français sur 4 (et moins d'un sur 5 après les régionales). Donc, pourquoi pas l'Europe, nous diront certains, ce ne sera pas pire! Sauf qu'au niveau de la France la situation peut changer, alors qu'au niveau européen, construire des partis alternatifs prendra nettement plus d'argent et de moyens.
Et encore, dans tout ce que je viens de dire, je prends l'hypothèse optimiste selon laquelle la "démocratie européenne" fonctionnerait sur le mode "partis contre partis", et non l'hypothèse aussi probable d'un jeu "pays contre pays".
Il n'y aura pas de "gauche radicale européenne" sauf à vouloir se fondre dans la mouvance "alter" qui n'est pas du tout socialiste. "L'Europe sociale" n'arrivera pas, et certains dirigeants sociaux-démocrates, jamais avares de promesses, balancent des propos d'une démagogie telle qu'à côté de cela Laguiller passe pour une mère-la-rigueur: par exemple, le SMIC européen à 1000 euros! Sauf que cela détruirait la compétitivité dont disposent les états de l'Est, qui hors de la faiblesse des coûts n'ont qu'une faible productivité, et cela ferait exploser l'inflation dans ces pays. Il est nettement plus réaliste de promettre l'avènement de la France communiste (je reposterai mon message à ce sujet, zappé par l'incident technique de ce weekend) que "l'Europe sociale et démocratique".
Je ne suis pas en soi contre l'existence d'une organisation européenne, mais je me définis comme eurosceptique et partisan du maintien de la souveraineté de la France autant que possible. Car, en regardant l'état de "l'extrême-gauche européenne", il saute aux yeux que l'intérêt de tout communiste français est de miser sur une France communiste, donc révolutionnaire, donc souveraine.