Bonjour,
ce sujet m'interpelle parceque cette semaine, dans le numéro de Charlie Hebdo que j'ai reçu, le journal "critique", de "gauche", a encore sévi.
D'abord sur le Vénézuela:
Il y a quelques mois déjà, C.Hebdo avait balancé des énormités sur le Vénézuela (n° 602, 31 décembre 2003), en faisant allusion au projet de pétition pour obtenir un référendum pour la révocation de Chavez, lancé par l'opposition. Bien sûr, CH parle de "l'opposition" comme s'il s'agissait de gens de la trempe d'Aung San Suu Kyi en Birmanie, défenseurs de la liberté, etc. Pourtant ils ne sont pas sans savoir que cette "opposition" est à la droite du Medef qu'ils conchient en France. Dans ce n°, ils avaient écrit que Chavez comptait "rester au pouvoir" malgré les 65% (sic! :shock: ) de vénézuéliens qui souhaiteraient son départ ! Déjà que l'opposition n'a pas réussi à recueillir (honnêtement?) plus de 2 millions de signatures, CH parle de 65% sur un pays de 25 millions d'âmes et 12 millions d'électeurs!
Re-belote dans le n° du mercredi 19 mai 2004. Cette fois-ci, CH parle directement des paramilitaires colombiens arrêtés. Et là, c'est le grand jeu de CH. D'abord, on cite "la chaîne de l'Etat" qui lance des accusations contre les paras arrêtés, en oubliant bien de préciser qu'aux Vénézuela, c'est pas comme en URSS, y a pas qu'une chaîne d'Etat, et les médias privés soutienent largement l'opposition. Etrange dictature! D'autant que selon le même raisonnement, en France, France 2 et France 3 devraient aussi être qualifiées de "chaînes d'Etat" (bouuhh!!! France2=staliniens!!!).
Ensuite, CH persévère: on se gausse des accusations de Chavez car les terroristes n'étaient pas armés!! Ah, quel mytho ce Chavez (le titre de la brève en question est justement: "mythomane?")! On se demande cependant comment réagirait CH si, en France, on arrêtait un comando non-armé s'entraînant au service d'Al-Qaeda. Là, l'absence d'arme ne changerait rien: "on ne va pas attendre qu'ils soient armés pour les arrêter!" dirait le bon sens auquel même CH souscrirait. Mais ce n'est pas Al-Qaeda, et ce n'est pas en France: c'est au Vénézuela, chez ce Mr. Chavez qui nous déplaît fortement.
Ensuite, on reparle de la pétition lancée par l'opposition, qui a déjà fait valider 1.9 million de signatures, et qui doit en faire accepter 500.000. Les commentaires montrent que CH a choisi son camp: le Conseil National électoral est accusé de "jouer la montre", et on rappelle que dans de "grands débats d'ordre graphologiques" un million de signatures avaient été invalidées. Pas un mot sur les allégations selon lesquelles l'opposition, et ses amis patrons, obtiennent par pression les signatures de leurs salariés, et pourquoi pas des signatures illégales (enfants, personnes décédées). Même si ce ne sont que des rumeurs, que je n'ai pas vérifié, CH ne se penche pas dessus, pour les vérifier ou les infirmer. En revanche, le lecteur de CH entend parler des "débats d'ordre graphologiques" (entendez: le CNE fait la fine bouche) où il est exclu que le CNE puisse avoir de bonnes raisons d'invalider des signatures.
Alors certes, Chavez n'est certainement pas un parfait démocrate, et c'est évidememnt un gros démago qui aurait sauvé son pays de tous les maux s'il avait réalisé le dixième de ce qu'il dit. Ca n'excuse en rien le "traitement de l'information" rendu par CH.
Ensuite, c'est au tour de Cuba. Dans le même numéro, à la même double-page, on a droit à un article sur la marche de 1.2 millions de cubains, organisée par Castro, et forcé. Alors, je précise ma position sur Cuba: je ne soutiens pas le système politique cubain, même si j'apprécie ses réalisations en terme d'espérance de vie et de scolarisation. Je ne considère pas Cuba comme un pays socialiste, justement parce qu'il n'y a pas de démocratie. Messieurs de CH, vous recopierez cent fois:
"Le socialisme, ce n'est pas quand tout appartient à l'Etat, mais quand les travailleurs sont collectivement propriétaires de l'essentiel du capital économique, ce qui suppose la souveraineté populaire. Le socialisme est incompatible avec la dictature. La démocratie du prolétariat (qui est une dictature du prolétariat pour les non-prolétaires) n'a jamais existé en URSS, en Chine, et chez leurs alliés, justement parce que ces pays étaient autocratiques". Les voyelles en vert et les consonnes en rouge.
Alors oui, Cuba est une dictature, oui, de smilliers de gens y sont maltraités, mais ça n'oblige pas à écrire n'importe quoi. Dans ce même n° de CH, on apprend que, en plus de la marche forcée, 100.000 cubains sont en taule (1% de la population! horreur!), selon la Commission cubaine des droits de l'Homme. En oubliant que le chiffre est exactement le même... aux USA! D'autant que selon les mêmes sources, il y a sur 100.000 prisonniers, 400 prisonniers d'opinion. CH dit "sûrement davantage"; probablement, mais on ne sait pas. Et surtout, cela amène à penser que l'immense majorité des prisonniers sont de droit commun. Il est également mentionné le cas de centaines de femmes innocentes, soupçonnées de prostitution, de traitements violents contre les prisonniers. C'est certain; mais ça n'a pas grand-chose à voir avec une répression politique (puisque les USA n'ont pas grand-chose ày envier, sans être une dictature). Aussi, une réflexion lumineuse: il y a plus de 200 prisons à Cuba, contre 14 avant 1959! Vive Battista! Le même raisonnement aurait pu être fait sur la France de la 1ère République, qui emprisonna plus que l'Ancien Régime (vite! Louis XIX au pouvoir!); le tout permettrait légitimement d'en déduire que si le régime de Castro est certes criminel, comme celui de la 1ère République Française, il n'en laisse pas moins des avancées incontestables (et pourquoi l'OMS continue-t-elle de classer Cuba en tête des pays latinoaméricains pour l'espérance de vie? L'OMS est sûrement un sous-marin castriste).
"Ce n'est pas une raison pour critiquer la Révolution" conclut ironiquement l'article. Je rajouterai: ce n'est pas une raison pour considérer que tout prisonnier cubain est prisonnier politique, ni que si Castro est un criminel, il n'en faut pas moins défendre les acquis de ce qui fut effectivement une Révolution, même s'il ne s'agit pas encore d'une Révolution socialiste.