Auteur Sujet: Décroissance, durabilité, croissance, etc.  (Lu 1464 fois)

Aurélien

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Décroissance, durabilité, croissance, etc.
« le: 31 mai 2004 à 21:58:30 »
Bonjour, le sujet que je voudrais poster concerne principalement la question de la décroissance, du "développement durable", et de ce qui les entoure. Cela fait des mois que je connais l'existence des partisans de la décroissance. Je ne connaissais pas les pensées théocratiques de certains d'entre eux, et je me suis bien vite détaché de toute sympathie lorsque j'ai acheté le n° de l'une de leurs publication (justement appelée "Décroissance")...
Ainsi donc nous devrions rouler en charrette à cheval, jeter nos portables, réduire nos déplacements, nous condamner à vivre entre Bledpaumé et Trouperdu (d'ailleurs, la dimension xénophobe du projet des décroissants devrait être étudiée...)...A priori, beurk. Mais bon...
Il est vrai qu'ils ont des arguments très percutants:
 :arrow: De toute façon, le pétrole et les énergies fossiles vont disparaître, et l'uranium disparaîtra aussi, n'en déplaise aux partisans de l'atome. Il n'y aura, selon eux, pas de substitution possible au pétrole.
 :arrow: Quand bien même il y aurait une énergie de substitution, cela maintiendrait le réchauffement climatique et l'aggraverait.

Peu de gens oseraient contester que les ressources en carburants fossiles vont s'éteindre. Mais on ne connaît pas la date, dans la mesure où l'on en découvre de nouvelles sources régulièrement. Mais, n'étant pas un fan du pétrole, je ne me plaindrais pas de sa disparition.
Quant au nucléaire, je m'y oppose pour une raison qui n'a rien à voir avec l'écologisme: quand bien même des Prix Nobel me démontreraient par a+b que les radiations issues des centrales n'existent pas, que les déchets ne sont pas un gros problème, que tout cela n'est qu'invention de gauchistes écolos, etc... et bien malgré tout je suis contre le nucléaire. Pourquoi? Parce que chacun sait ce qui arriverait en cas d'attentat sur une centrale nucléaire, ou pire, en cas de guerre: un voisin qui nous attaquerait, balancerait une flopée de missiles (même pas nucléaires) sur une de nos centrales (ou centre de retraitement, comme La Hague), nous ferait un Tchernobyl. En mieux. "On mettra des batteries de missiles antiaériens!". Donc cela augmentera le coût de production de l'électricité nucléaire, puisque aucune centrale ne pourra s'en passer, et ces batteries ne pourront pas être déplacées, même en cas de guerre. Il faudra donc créer de nouvelles batteries, et c pas gratuit...
En revanche, dans le n° de « Décroissance » que j’avais acheté, ils oublient une source d’énergie intéressante : l’énergie solaire. La pile (le Soleil) en a encore pour quatre milliards d’années à tirer. Alors, certes, comme le dit François Soult (pronucléaire) dans « EDF : chronique d’un désastre inéluctable » (livre contre la privatisation d’EDF), pour remplacer une centrale nucléaire, il faut cent kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques, soit un espace de 10 km sur 10. Mais en comptant le fait que des panneaux peuvent parfois être adaptés sur des bâtiments civils, qu’on pourrait songer à des sites flottants (comme il y a des éoliennes hors côtes). Et puis, même s’il fallait 5000 km2 de terre pour remplacer notre vingtaine de centrales nucléaires, le prix me semble justifié. Et si cela coûte très cher (des dizaines de milliards d’euros, comme le dit F. Soult), on peut prendre le raisonnement à l’envers et dire que cela est une source de croissance économique important qui pourrait nous occuper durant des décennies (n’en déplaise aux décroissants).
Quant au discours sur le réchauffement climatique, je reste assez sceptique : certains scientifiques n’y croient pas (comme feu Haroun Tazieff) ou doutent de ce que l’Homme en soit responsable. Rappelons aussi qu’à raisonner sur l’espace d’un siècle, on peut aussi dire que sur les siècles suivants, on peut imaginer aussi bien un refroidissement climatique mondial qu’une poursuite du réchauffement.

Cependant, s’il est facile de voir dans les projets des décroissants une volonté de retourner en arrière et de réformer le monde comme il le souhaiteraient, on ne peut pas nier qu’il faut se poser la question de ce que nous produisons. Et là-dessus, on peut interpeller La Riposte, qui ne tient pas compte de cette dimension dans ses critiques du capitalisme.
Ainsi, si l’on veut faire la peau (intellectuellement) au capitalisme, il suffit de noter :
 :arrow: que les capitalistes, en vertu des pures lois du marché, ont mis en vente des milliards de cigarettes. Cette dernière est certainement le plus grand crime capitaliste de tous les temps, puisqu’elle a permis a près de 100 millions de personnes à travers le monde de mourir. Alors oui, « les fumeurs sont responsables » ; mais la bêtise, le masochisme ou la schizophrénie des gens sont une chose, en profiter pour leur vendre de quoi se tuer en est une autre. Proposez à un fumeur de se suicider sur le champ plutôt que de fumer ; presque tous refuseront. Et cela fait entre 30.000 et 60.000 morts par an en France, dont des fumeurs passifs (qui n’ont rien demandé, eux).
 :arrow: que d’autres capitalistes, dont des « artisans de nos terroirs » font un commerce similaire avec l’alcool. Avec le traditionnel discours sur « l’alcool n’est pas l’alcoolisme » en oubliant que si l’alcoolisme n’existait pas, des centaines d’exploitations disparaîtraient. Entre 20.000 et 40.000 victimes en France et ailleurs. Et le fait que l’alcoolisme faisait des ravages en URSS ne doit pas nous faire oublier qu’en France ce sont des capitalistes qui en tirent les rênes.
 :arrow: l’un des plus gros monuments à la bêtise, l’hypocrisie et les ravages du capitalisme est l’automobile. Outre ses 6000 morts en 2003 (les « bons chiffres » du gouvernement, qui parle de 5700 morts, en oubliant de compter ceux qui meurent 6 jours après leur accident) et ses 100.000 blessés annuels, les milliers de morts par pollution atmosphérique, son million de morts annuels dans le monde et ses 50 millions de blessés par an, l’automobile a une caractéristique que n’ont pas le tabac et l’alcool. C’est celle d’être quasiment obligatoire. De très nombreuses personnes n’ont pas la possibilité de vivre sans automobiles, parce qu’elles habitent trop loin de leur lieu de travail, parce que le réseau de transports en commun est rachitique, parce qu’on leur a précisé que sans le permis leur embauche est parfois impossible. La « liberté du consommateur » devient une farce sinistre. Alors là, oui encore, les automobilistes sont responsables de leurs accidents, mais ceux qui ont distribué 20 millions d’automobiles en France aussi, sachant qu’il suffit qu’un conducteur soit dangereux 1% du temps ou que 1% des conducteurs soient dangereux pour faire un carnage. En développant les transports en communs, augmentant le nombre de trains, faisant des économies d’échelle pour rendre leur utilisation moins chère, en faisant en sorte que l’on puisse se rendre partout dans sa ville en bus, en généralisant les bus et navettes rurales, les bus d’entreprise, en ne laissant des automobiles qu’aux professions qui en ont absolument besoin (médecins, ambulanciers…), des  milliers de vies peuvent être sauvées, et on peut mettre fin à la civilisation de l’automobile. Mais ce sera encore trop pour les décroissants…
 :arrow: on peut ajouter la suralimentation, qui commence à devenir une cause de mortalité importante, et pas seulement aux USA.

C’est l’une de mes motivations principales pour être un électeur de ce qu’on appelle « l’extrême-gauche » (même si je sais que LCR-LO défendent peu ce programme) ; les principaux crimes du capitalisme sont dans ce qu’il vent. J'aurais pu aussi parler d'un point essentiel: l'exemple de Cuba. Cuba n'est pas selon moi un pays socialiste, car non-démocratique, mais a réaliser des progrès énormes par rapport aux pays similaires (76 ans d'espérance de vie, contre 70 ou moins au Brésil, et 72 au Mexique). Et pourtant le pays n'est pas très riche (le moins qu'on puisse dire). Les états d'Amérique latine et d'Asie ont quasiment tous les moyens de faire ce qu'a fait Cuba (je ne compte pas l'Afrique, en raison de l'instabilité politique plus forte qui y existe). Plusieurs millions de vies (surtout infantiles),peut-être 3 millions, peuvent être sauvées chaque année. C'est le premier point du très long Livre Noir du Capitalisme qui reste à écrire.

En revanche, il est une chose sur laquelle les décroissants ont raison, c’est que le « développement durable » qu’on nous vend aujourd’hui est une imposture, car jamais il ne sera question de remettre en cause l’automobile et les autres monstruosité. Ainsi, un développement peut être « durable » avec l’automobile et le nucléaire (d’autant qu’avec le nucléaire, il suffit d’un attentat de quelques minutes, et le développement ne sera plus durable, mais fini).
 Mais qu’en pensent La Riposte et les lecteurs de ce sujet ?

Hors ligne Christophe-31

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Ecologie..
« Réponse #1 le: 01 juin 2004 à 22:16:57 »
Cher Aurélien,
Je ne pense pas que La Riposte doive avoir un avis fixe sur les solutions à avoir pour résoudre le problème de l'écologie.
Le principe même du socialisme est de permettre une vraie démocratie, loin des conflits d'intéret. A partir de là, une commission de conseil scientifique pourrait être constitué, avec un vrai budjet, et les entreprises ayant été nationalisée auront pour devoir naturel de respecter ces principes, puisque n'éyant plus d'obligation de bénéfices absolus.
Toutefois, une chose évidente, selon moi, les transports en commun seront de suite développés et rendus gratuits pour tous, et un plan de réurbanisation (qui a dit planification?) sera créé afin de faciliter l'accès à tous aux centre des villes, sans pénaliser les professionnels et les gens extérieurs à la ville (grand parking en périphérie, location de véhicules propres, etc...). Enfin, les panneaux solaires ont pour principal défaut leur cout élevé. Le socialisme ayant dépassé ces contraintes, chacun pourra installer sur son toit (par exemple) un panneau solaire. Et enfin, les pétroliers privés ne détenant plus un pouvoir absolus sur l'économie ne pourront plus faire de lobiing.
Je ne vois même pas quoi rajouter, étant donné que tu en as déjà dis beaucoup, et que les vraies solutions sont plus du ressort des scientifiques libres, que de politiques, aussi socialistes soient t'ils :)

Salutations