Auteur Sujet: Conflit à Durée Indéterminée  (Lu 1378 fois)

poy

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Conflit à Durée Indéterminée
« le: 21 mars 2006 à 19:49:43 »
Si nous devions qualifier l'évolution politique et sociale de ces dernières années, nous ne pouvons, sans nous tromper, qu'affirmer qu'elle est caractérisée par un véritable " coup d'état " social permanent. Les attaques de la classe dirigeante contre nos droits, acquis et nos conditions de vie, comme actuellement les attaques incessantes et implacables contre le code du travail – premier acquis et arme de défense du salariat – sont très bien menées car elles ont très bien pris en compte dans une large mesure ce qui se passe dans nos organisations syndicales, c’est à dire de la réaction du salariat face à la régression sociale permanente mais surtout de l’attitude de nos directions syndicales. La classe dirigeante accordera toujours une grande attention à toute l’évolution de la classe ouvrière organisée par rapport à son offensive. En fait leur analyse de l’évolution et des changements en cours dans les rapports de force est proche de l’analyse marxiste, pour des raisons parallèles, bien qu’opposée.

Pour avoir l’espoir de stopper leurs attaques, voir seulement de les ralentir, il faut des signes d’une résistance forte et unie au sein du salariat, tout signe d’un tournant massif et d’une élévation dans les luttes, tout signe de militantisme et de volonté déterminée de s’opposer à tout prix aux attaques incessantes, accroîtra les hésitations de la classe dirigeante à aller pour un temps plus loin.
Inversement, tout développement de la division, de la passivité, de nos organisations syndicales, tout succès de la classe dirigeante qui ne soit pas suivi par une forte et énergique résistance  ou contre attaque, toute indication montrant que malgré leurs discours, les directions de nos organisations capituleront à la fin devant les exigences de la classe dirigeante, tout symptôme de ce type convaincra la classe dirigeante que le prix à payer est moins élevé qu’elle ne le craignait et ne pourra que l’encourager à renforcer son arrogance et l’inciter à frapper plus fort, à aller plus loin. La classe dirigeante est très bien consciente que le salariat ne peut pas seul, lancer une contre-offonsive spontanée capable d’arrêter la régression  sans ses organisations syndicales. Car même si une grève qui démarrerait après un appel bureaucratique, après une journée nationale d’action à l’appel des confédérations  syndicales, et que les salariés s’en emparent, la prennent en main et la transforme en grève de masse, on atteindra vite les limites de la spontanéité. Une lutte se dirige quotidiennement et localement, mais il est indispensable d’établir une direction nationale et d’élaborer une stratégie. Mais surtout la classe dirigeante c’est très bien qu’il n’y a pas de grève étendue dans un desert syndical, de plus les organisations syndicales sorte épuisé des confrontations avec la classe dirigeante depuis l’épisode des retraites et qu’ont ils fait contre le CNE ?

Malheureusement pour la période actuelle c’est bien ce dernier constat que nous ne pouvons que faire, c’est bien cette dernière évolution des rapports de force qui l’emporte et la classe dirigeante elle, en est entièrement consciente !. Les organisations syndicales étant incapables de donner des suites sérieuses à leurs journées de mobilisation et de se rassembler pour stopper cette régression. Cette situation les place plus que jamais devant leurs responsabilités. Car si nos confédérations   syndicales ne sont pas capables de présenter un front unique avec une stratégie et une perspective lisible, le crédit du syndicalisme risque bien d’en pâtir, de même si nos organisations syndicales restent empêtré dans des considérations de boutique, elle devront s’attendre à un jugement sévère du salariat.

Pendant que nous assistons à l’augmentation des phénomènes du chômage et de la pauvreté massive, de personnes sans logis, du développement de la précarité du travail, des Working poor (travailleur pauvre) comme les définissent les Américains, la répartition et l’augmentation des richesses continuent à être concentrer et accaparer par une minorité de nantis et de parasitaires de la société.

La précarisation du salariat se traduit par une généralisation de l’insécurité du marché du travail, de l’emploi et  sur les postes de travail. Aujourd’hui, entrer dans le monde du travail, par un Contrat à Durée Indéterminée, c’est entrer dans le monde des « privilégiés », et conserver un emploi, même après un  Contrat à Durée Déterminée, par Intérim, ou tout autre contrat tient du miracle.

Nous sommes actuellement dans une période, ou, pour rendre la définition de « précaire » conforme à la réalité et pertinente, il faudrait  rajouter à  la définition du dictionnaire :  «Vagabond d’un marché du travail de plus en plus paupérisé. »

En France, le MEDEF peut se réjouir il ne cesse de remporter de belles victoires, Tous nos acquis sociaux tombent comme les feuille en automne, ils sont en train d'être éradiqués les uns après les autres. Ils nous dérobent tous ! nos retraites, notre sécurité sociale, nos allocations chômage, nos 35 heures. Ils bradent tous ce qui constitue à leurs yeux un " fardeau " et une entrave à la sauvegarde et à la progression de leurs profits : les services publics, les systèmes de protections sociales, les droits syndicaux. La grande braderie des gouvernements précédents continue et comme pour les soldes : liquidation totale !, tout doit disparaître !, tout doit être privatisé. Leur avidité est sans limite : hôpitaux, écoles, H.L.M. tout doit être vendu et répondre ainsi à la soif de nouveau profit qu'exigent les appétits du capital. Il est en passe d’obtenir satisfaction sur une de ses revendications essentielles : détruire le code du travail.

Rappelons-nous DU RAPPORT VIRVILLE

Le CNE et le CPE comme pour la réforme des retraites, sont des conflits annoncés, plusieur débat et rapport antérieurs avaient préciser les termes de la confrontation.

Au sujet de la précarité et du code du travail, tout a été clairement annoncé, par les gouvernements précédents de Raffarin avec le rapport Virville, pierre angulaire des lois futures pour l’emploi, enrichi par les 44 sommations du MEDEF, qui ont pour objectif ni plus ni moins la destruction du code du travail,

Tout y est explicitement écrit : dans ce rapport de 50 propositions on trouve le dessaisissement du Parlement de ses prérogatives législatives en matière de droit du travail, la mise sous tutelle des juridictions du travail, l’immunité patronale en cas de délit ou d’infraction, la subordination de la loi au contrat, la généralisation de la flexibilité et de la précarité des salariés, l’assouplissement des 35 heures et l’aménagement du temps de travail. Les mesures phares du rapport esquissent un bouleversement complet de la relation contractuelle, touchant à la fois la forme et au contenu du contrat de travail, sa durée, les conditions de sa rupture ou de sa modification, c’est à dire sapant la base du code du travail et annonçant la mort du CDI.

Ce rapport, comme bien d’autre qui ont suivis, a pour but unique la satisfaction des revendications patronales. Au cours de la négociation sur « la refondation sociale », le Medef n’a pas obtenu tout ce qui figurer parmi ses objectifs, qui se résumé à dire aux salariés : « Cultiver votre employabilité dont vous êtes seuls responsables, assumez- en le risque ! ». C’était tout le sens des 44 sommations du Medef, qui ont suivies le rapport Virville, elle  exigeait et obtiennent la flexibilité accrue de l’emploi et du travail pour l’adapter aux fluctuations de la production et de la rentabilité du capital, ainsi faire supporter le risque de l’emploi par les  salariés. Ils doivent donc devenir corvéables à merci, le MEDEF a obtenu de pouvoir embaucher ou jeter les salariés comme les spéculateurs achètent ou vendent des actions. Comme dans tous les pays industrialisés, la volonté de désintégrer le salariat comme collectif, comme classe, passe par la tentative de les ramener à un statut de « louage de services » qui existait avant l’essor du capitalisme industriel. Il obtient donc, tout simplement un retour aux XIX siècles, ou le « contrat de travail » était soumis au régime du « louage de service » de l’article 1780 du Code Civil. Laurence Parisot, remplaçante du baron Seilliere devenu l’honorable représentant de l’internationale du profit, souhaite la fin de toute référence à la durée légale du travail et la généralisation du contrat nouvelle embauche à toutes les entreprises : « les contrats atypiques doivent devenir la norme », « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échaperait-il à cette loi ».

L’objectif de la classe dirigeante n’est pas de favoriser l’emploi mais de « libérer » les capitalistes de leurs obligations légales à l’égard des salariés. A travers les délocalisations et l’externalisation du travail, la sous-traitance et la précarisation, a travers l’exclusion des individus et le broyage du code du travail, il s’agit ni plus ni moins de renforcer la subordination du salariat à l’exploitation capitaliste. Et en effet, la précarité s’étend dans le monde du travail au rythme d’une pandémie. Tous les échelons du salariat sont touchés et les entreprises – publiques commes privés – érigent la précarité en véritable mode de gestion. Aucun secteur n’est épargné, même dans les secteurs les plus modernes de l’économie et pour les catégories de salariés les plus qualifiés, par exemple les chercheurs, les nouvelles formes d’exploitation de travaille génèrent de nouvelle forme d’insécurité. L’étude sur les conditions de travail du Ministère du travail (réalisée tous les 7 ans : 84-91-98-2005), révèle  une très nette dégradation des conditions de travail depuis 1984, les salariés déclarant souffrir de formes d’activité pénibles et d’une grande exposition à des risques divers, sont d’une croissance fulgurante. Nous assistons actuellement à un éclatement du marché du travail et à son fractionnement. Le noyau de salariés à temps plein et à durée déterminée est de plus en plus restreint, même si le salariat reste toujours, pour le moment, majoritairement en Cdi. La couche des salariés précaires, le plus souvent très mal protégés, ne cesse de croître. Cette frange du salariat doit accepter des emplois aux normes détériorées en terme de salaire, de statut, de conditions de travail, de qualification et de droits. La précarité a connu un développement tel qu’il a contribué à la formation d’une classe ouvrière périphérique, surexploitée, divisée, et totalement désorganisé.

 Avec ces nouveaux contrats, CNE et CPE, les contrats « atypiques » vont devenir de plus en plus la « norme » dominantes de recrutement de la force de travail, tandis que le recrutement sur des postes à temps plein et à durée déterminée restera de plus en plus minoritaire, avec toutes les conséquence qui en découlent : pour trouver un logement – 29,8% des SDF travaillent sous contrat précaire – faire un prêt, s’assurer une « stabilité », 24,6% du salariat est en contrat précaires et 58% d’entre eux ont des problèmes d’impayés. Il suffit de citer quelques chiffres, comme quoi ces nouveaux contrats ne déboucheront sur aucun emploi stable : 20% des fins de Cdd et fin d’intérim débouche sur un Cdi. 70% des contrats précaires sont des Cdd dont la moitié ne dépasse pas le mois. 60% des étudiants travaillent pour payer leur étude, 63% des diplomés sortent stagiares sans soldes. Pour la jeunesse, la précarité c’est leur réalité. Le dernier rapport sur la pauvreté en France (février 2006) indique : que 7 millions de personnes vivent avec moins de 774 euro par mois.

Pierre