Auteur Sujet: Bilan de la social-démocratie  (Lu 3419 fois)

Aurélien

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Bilan de la social-démocratie
« le: 19 décembre 2004 à 01:14:22 »
Bonjour.
Ca commence sur une anecdote: lisant encore le fade journal Charlie Hebdo, j'avais acheté un hors-série intitulé "Les années Charlie", qui publie (une fois de plus) des dessins parus depuis 1969. A l'année 1999, on peut trouver un dessin de Cabu (qui devrait définitivement se faire rebaptiser "Qu'abuse") lui-même titré: "contribution du trotskysme au progrès de l'humanité au XXème".

On y retrouve toute la parade des clichés qui peuvent courir sur l'Histoire de l'URSS: ainsi, en 1917, Trotski prend le pouvoir avec une minorité. J'ai déjà eu des démélés avec Greg Oxley au sujet de la représentativité des bolcheviks sur le plan démocratique, mais quand on songe aux autres factions, on se dit que l'action des bolchéviks n'a pas grand chose à se reprocher: Kerenski et le gouvernement "démocratique" ( qui n'organisera pas les élections constituantes) partisans de la continuation de la guerre mondiale; les socialistes-révolutionnaires qui contribuent à lancer la guerre civile en mai 1918 avec les tsaristes... Toutes ces choses que Cabu n'a pas dû beaucoup potasser. Mais passons. Ensuite, il y a Trotski qui crée la Tchéka, qui fait réprimer Kronstadt, puis après "rien" (les "trotskystes" morts au goulag apprécieront d'être catalogué dans "rien"), pas même une référence au fait que l'URSS fut nécessaire à la victoire sur Hitler, puis encore "rien" sauf en 1996 où il n'est fait mention que d'Arlette Laguiller qui, au Conseil régional du Nord Pas-de-Calais, ne voterait jamais "avec la gauche" (Cabu considère que le PS et les Verts sont à gauche).

Vous allez me dire: mais qu'en a-t-on à faire d'un stupide dessin publié dans un journal acquis depuis longtemps à la frange la plus gnangnan de la social-démocratie?
Ben pas grand chose en soi, hormis que ça m'a donné l'envie de faire une parodie de ce truc.
Ca s'appellerait "Contribution de la social-démocratie européenne et française au progrès de l'humanité au XXème siècle"  

 :arrow: 1914: Une guerre balkanique dégénère en guerre mondiale par la volonté des empires autrichiens et allemands. Un certain Jaurès appelle à mobiliser les classes ouvrières de France et d'Allemagne pour empêcher le conflit. Il se fait tuer, et ses "camarades" des deux côtés du Rhin votent les crédits de guerre, appelant les électeurs à mourir sous leurs drapeaux nationaux les uns contre les autres plutôt que sous le drapeau rouge contre la gendarmerie. Bilan: huit millions et demi de morts.

 :arrow: 1918-1921: Un certain Lénine ayant tenté d'appliquer un programme similaire à ce qu'aurais voulu Jaurès, en transformant la guerre mondiale en guerre civile anticapitaliste, les braves humanistes sociaux-démocrates, du moins ceux qui se sont affirmés comme tels au Congrès de Tours, ne désapprouvent pas l'envoi de troupes contre la Russie bolchevique et plus encore le blocus auquel la Russie est soumise à partir de janvier 1919. Rappel: la guerre civile russe déclenchée au printemps 1918 par les antibolcheviks fait au moins 1.5 millions de victimes militaires; 6,8 millions de décés "anormaux" sont enregistrés entre 1918 et 1923 dûs aux épidémies, notamment le typhus, largement causés par la guerre mais surtout l'arrêt des exportations de produits sanitaires, y compris le savon, la plupart des importations russes dans ce domaine provenant d'Allemagne, et étant donc interrompues depuis 1914. La perte des territoires vivriers (Ukraine, Don, Sibérie) par le pouvoir bolchevik pendant la guerre civile amène, en 1918-1919, à une véritable situation de famine urbaine faisant des centaines de milliers de victimes, et provoquant la politique des réquisitions bolchéviques.
(Source des chiffres : Sergueï Adamets, Guerre civile et famine en Russie)

 :arrow: 1919: les sociaux-démocrates allemands conduisent l'écrasement des spartakistes: des milliers de victimes, une porte grande ouverte à Hitler, et surtout l'absence d'une allemagne rouge qui aurait peut-être pu être démocratique, et cette absence permettra à un certain Josef d'être le seul aux commandes de la 3ème Internationale quelques années plus tard.

 :arrow: 1936: nationalisations (ah mince les socdesm d'aurjourd'hui ne veulent plus en parler. On oublie)
 :arrow: 1936: loi des 40 heures (ah mince ça n'a pas réduit le chômage; on oublie)
 :arrow: mars 1936: Hitler rompt le traité de Versailles en envahissant la Rhénanie. Le gouvernement français et la droite française refusent d'attaquer "notre rempart contre le bolchevisme" (en l'occurance Adolf) alors que la France a les moyens de vaincre et de priver l'Allemagne de son coeur industriel, ce qui aurait évité la WWII et donc épargné 40 millions de vies. En juin, les socdems du Front Populaire prennent la même décision.
 :arrow: juillet 1936: contre-révolution franquiste en Espagne. Mais les socdems français, amoureux de la paix, laissent l'Espagne se débrouiller avec 40 ans de franquisme. Le PCF, lui, organise des Brigades Internationales.
 :arrow: 1945: nationalisations (ah mince faut plus en parler)
 :arrow: 1945: Sécurité sociale (ah zut c'était aussi une idée des communistes - on oublie)
 :arrow:   1946-1954: la SFIO participe, au travers de sa participation au gouvernement, à la guerre d'Indochine (800.000 morts au moins)
 :arrow: 1954: Début d'une truc qui va faire fureur, surtout après qu'un certain Guy Mollet y ait envoyé le contingent: la guerre d'Algérie (300.000 morts, petite baisse de régime pour les socdems).
 :arrow: 1945-1970: croissance, Etat-Providence (ah mince c'était pas que les socdems au pouvoir à l'époque, et pas du tout après 1958; on oublie).
 :arrow: 1981: nationalisations (ah décidément pardon: on n'en parle plus, promis... surtout qu'un nommé Lionel les défera plus tard)
 :arrow: 1981: loi des 39 heures:...........................rien
 :arrow: 1983: rigueur (la rupture avec le capitalisme, oui, mais en restant dans le capitalisme; faut pas déconner tout de même).
 :arrow: 1980-1988: un certain Saddam lance une guerre contre l'Iran: un million de morts pour... rien (exercice: calculez le coût du km carré gagné en vies humaines perdues. Réponse: le ratio vies humaines/ territoire gagné est impossible car on ne peut pas diviser par zéro). Un certain François file des réacteurs nucléaires, des avions super-Etendart...
 :arrow: 1991: les USA, n'ayant pas aperçu (comme ils sont distraits...)avec leurs satellites qu'en juillet 1990 les troupes irakiennes se massaient à la frontière koweïtienne, et s'étant fait "surprendre" par l'invasion du Koweït qui fait 1000 morts, mobilisent l'ONU pour régler leur compte aux affreux. Résultat: 50.000 morts. Nous sommes, nous nations civilisées, 50 fois plus efficaces que ces ploucs saddamites. La France est de la partie bien sûr. C'était qui le président à l'époque, déjà?
 :arrow: 1991-1995: les quatre premières années de l'embargo sur l'Irak sont aussi les plus meurtrières: selon Subhi Toma, irakien ayant mené plusieurs missions d'inspections dans l'Irak sous embargo, la mortalité des enfants de moins de cinq ans est décuplée par rapport à l'avant 1991.. L'opération Pétrole contre nourriture soulage un tout petit peu la situation. Mais c'était qui déjà, le président frnaçais à l'époque?
 :arrow: 1994: il paraîtrait que des membres de l'armée française auraient entraîné les miliciens Hutus avant le génocide.
 :arrow: 1997-2002: et c'est reparti pour cinq ans d'embargo sur l'Irak made in social-démocratie. Au total, les socdems de France et d'Europe ont participé à la mort de plus d'un million de personnes sur douze ans. On retrouve la forme.
 :arrow: loi des 35 heures: 300.000 emplois crées au lieu des 700.000 promis; les dividendes ne baissent pas; les salariés, par la modération salariale ou en tant que contribuables, paient la note.
 :arrow: 2003: les socdems repassés dans l'opposition s'opposent à la guerre en Irak.......... parce qu'elle n'est pas conforme au "droit international". Le même qui avait commandé l'embargo sur l'Irak, ou celui sur Cuba.

Certes, de la même manière que nous autres communistes n'avont aucune responsabilité sur les méfaits de Staline et Mao, on pourrait dire que le militant socdem' de base n'est pas responsable des actes du président Mitterrand (ah voilà, j'ai retrouvé le nom!). C'est vrai pour l'affaire du Rwanda... Mais réflechissons quand même: un social-démocrate est partisan de maintenir la propriété privée des entreprises, l'économie de marché, et pense qu'on peut éviter les méfaits du capitalisme à coups d'impôts et de réglementations... Donc ce sont des partisans du capitalisme. Etonnez-vous de les retrouver dans la croisade antibolchévique, dans la course au marché de l'armement, et à suivre les crimes des gouvernements américains "qui sont nos alliés naturels, libérateurs de l'Europe et blabla..."

Voilà, c'est tout.
Il faudrait le poster à Charlie Hebdo. Pour rigoler.

Cordialement
Aurélien

Sboek

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #1 le: 22 décembre 2004 à 13:55:26 »
il faudrait le poste a Charlie-Hebdo. sans rigoler.

Pourquoi pas après tout ?

Hors ligne Delapaille

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Charlie
« Réponse #2 le: 22 décembre 2004 à 16:05:13 »
Voici la seule adresse que j'ai pu trouver pour contacter Charlie sur le Web:

http://membres.lycos.fr/paddy/

Il existe un lien pour contacter le webmaster de ce site non-officiel de Charlie Hebdo.
Essayez donc de les inviter à débattre de ces questions.

Ceci dit je ne suis pas sûr que des anars de ce genre là trouve un intérêt à discuter avec des marxistes tels que nous.
Fraternellement,

PASCAL C.

Sboek

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #3 le: 28 décembre 2004 à 11:15:30 »
affirmatif

d'ailleur j'ai feuilleté le bouquin ds la librairie: c'est cher pour ce que c'est  :?

Hors ligne Christophe-31

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #4 le: 29 décembre 2004 à 01:04:30 »
Bon bilan.
Aurélien je me demande dans quel temps tu lis tous ces documents pour ton jeune age, mais il faut admettre, que ça fait du bien de temps en temps, de remettre les choses à leur place. Rendons aux soc-dem ce qui leur appartient.

bravo

Hors ligne Systratiaute

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #5 le: 04 janvier 2005 à 19:40:03 »
Je vous trouve vachement dur avec Charlie Hebdo.
D'accord, les analyses de certains ne sont pas toujours justes et le journal frôle parfois le social-démocratisme.
Et alors? Je pense que Charlie Hebdo est un journal plus que nécessaire dans une France morne et en manque de presse, une France en manque d'intérêt pour elle. Satirique, anarchique (parfois), très progressiste, il n'épargne personne et n'est jamais statique tant dans ses points de vue que dans les sujets traités. C'est une bonne critique de l'actualité, toujours dans la bonne humeur et le rire (gras, lourd, léger, instinctif, etc...) et c'est pas à cause d'un seul article qu'il faut cracher dessus comme vous le faites.
Aurélien, lorsque tu dis :"fade journal", je ne te comprends pas. En effet, depuis 1 an que je le lis, je ne peux plus m'en passer et les bourdes des uns sont rattrappés par le comique des autres, la pertinence des réflexions et arguments; la caricature -aussi- est nécessaire et permet de se donner du recul et de perdre un temps notre sérieux et nos visages graves pour pouvoir se détendre et repartir du bon pied, la tête refroidie, à l'attaque.
Celui qui n'a jamais ri en lisant Charlie Hebdo/HaraKiri Hebdo me jette la première pierre!
’est l’heure des brasiers, et il ne faut voir que la lumière. José Marti

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #6 le: 05 janvier 2005 à 08:04:32 »
TU n'as pas tort dans ce que tu dis,
si je lis encore parfois Charlie Hebdo c'est bien parcequ'il y a encore des bonnes choses.

Cependant, une erreur sur un article peut-être extrèmement lourde de conséquences.
La révolution vénézuellienne est très menacé, de l'intérieur comme de l'extérieure, les vénézuelien et leur leader actuel (Chavez) ont besoin de tous le soutient possible.

Faire passé le Vénézuela pour une simple dictature militaro-chrétienne peut amoindrir le soutient potentiel et est donc lourd de conséquence, alors que cette vision des fait est complètement fausse.

On peut difficilement pardonné une bévue pareille d'un journal qui se veut défenseur des "pauvres et opprimés".
Fraternellement,

PASCAL C.

Aurélien

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #7 le: 08 janvier 2005 à 01:02:32 »
Systratiaute,
excuse moi pour le retard de ma réponse, mais j'étais en période d'examens.
Je n'attaque pas spécialement le journal Charlie Hebdo par mon message, mais avant tout un dessin qui résume particulièrement le discours social-démocrate: vous, communistes (le dessin visait Arlette Laguiller et A. Krivine), on veut bien vous tolérer tant que vous êtes dans l'ombre, des animaux de musée, des fossile,s mais dès que vous vous réveillez et que vous gagnez ne serait-ce qu'un poste d'élu, on va vous ressortir toute l'historiographie anticommuniste. C'est aussi une manière de répondre à ce discours répandu: "mais comment les sociaux-démocrates peuvent-ils avoir l'outrecuidance de s'allier avec l'immonde PCF alors qu'ils reprochent à la droite ses quelques alliances avec le FN?"... J'ai voulu montrer que le bilan du PCF (je ne parle pas de l'URSS, mais du PCF) est en réalité bien moins lourd en actes criminels que ceux de la socdémocratie française.

Pour ce qui est du journal CH, je le lis depuis Juillet 2000. Bien sûr que j'y ai déjà trouvé de bons articles, des dessins très justes et hilarants. Mais le journal est très inégal, et les auteurs aussi. J'apprécie beaucoup Luz (dont j'avais acheté l'album "Cambouis" en 2002; très bon album) ou Charb, Siné également. Je suis aussi très redevable aux articles de Bernard Maris (Oncle Bernard) qui m'ont largement fait passé à gauche (je n'ai pas toujours été de gauche avant 2000-2001). Mais je me suis rendu compte que ses articles de vulgarisation économique étaient parfois trop simplificateurs, que Mr. Maris n'a jamais proposé de programme alternatif, et qu'il est en réalité anticommuniste (par exemple, dans un de ses livres, il écrit qqch du style: "les libéraux veulent que nous soyons tous actionnaires; certains ont dit ' tous salariés ', ça a donné le goulag"). Les anticommunistes de gauche (et plus encore les anciens communistes devenus anticommunistes) sont souvent les pires.
En revanche, Philippe Val et Gérard Biard m'insupportent franchement. Val est encore plus anticommuniste ("il n'y a pas de démocratie sans marché" paraît-il) et eurobéat, voire eurofanatique. Toute critique contre le projet même de l'Union Européenne est assimilé à la volonté de replonger l'Europe dans une nouvelle guerre mondiale. Lorsque les restaurateurs avaient fait pression sur Raffarin pour obtenir la baisse de la TVA que la commission européenne refusait, Val avaient fusé, prédisant que la "construction européenne" se casserait la gueule, et qu'on en reviendrait aux tueries d'antan... Tout ça pour une histoire de TVA.

Je continue à lire le journal, mais j'ai plusieurs fois eu envie de me désabonner.

Cordialement,
Aurélien

Hors ligne Systratiaute

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Bilan de la social-démocratie
« Réponse #8 le: 09 janvier 2005 à 11:58:18 »
Là, je suis d'accord avec vous.
Certains sont parfois difficiles à lire tellement c'est insupportable...
Mais c'est aussi ce qui fait le charme de Charlie Hebdo: son pluralisme...et les coups de gueule de Siné!
’est l’heure des brasiers, et il ne faut voir que la lumière. José Marti