Cher Sboek,
Le déroulement de la révolution cubaine est très intéressant. C'est un épisode historique qui mérite d'être étudiée, compte tenu de ce qui se passe actuellement au Venezuela.
Fidel Castro, Che Guevara et leurs guérrillos luttaient contre limpérialisme, pour renverser la dictature de Batista et ouvrir la voie au développement du « capitalisme national », que Castro croyait capable de moderniser le pays. Son modèle de développement, comme il la expliqué à maintes reprises pendant les années 50, était celui des Etats-Unis dAmérique. Castro ne se disait pas « communiste » à lépoque, et faisait remarquer, à juste titre, que les dirigeants du Parti Communiste cubain soutenaient toujours au nom de la théorie stalinienne des « étapes » le régime de Batista, en qui ils voyaient un représentant de la bourgeoisie nationale « anti-impérialiste » !
Castro menait son action non pas avec les travailleurs et dans les villes, mais à partir des campagnes et des forêts. Ceci n'est pas un détail, parce qu'il explique le caractère bureaucratique du régime qui s'est installé par la suite.
La grève générale du 1er janvier 1959 à La Havane et leffondrement du régime de Batista ont permis aux forces castristes d'entrer dans les villes et de prendre le pouvoir. Dès lors, Castro a tenté de mettre en application son programme de modernisation et de réforme sociale et, pour le financer, a voulu taxer les entreprises américaines actives sur le territoire cubain.
Le gouvernement américain a réagi immédiatement par limposition dun blocus économique et par une campagne de sabotage et de déstabilisation. Devant la gravité la menace américaine, Castro a nationalisé les intérêts américains à Cuba, ce qui plaçait la majeure partie de léconomie cubaine entre les mains de lEtat. Il a ensuite exproprié les capitalistes cubains.
Ainsi, comme en Chine en 1949, labolition des rapports de propriété capitalistes na pas été la conséquence de laction directe et consciente de la classe ouvrière. La transformation des rapports de propriété a été accomplie, pour ainsi dire, par-dessus de la tête des travailleurs. Dans de telles conditions, lEtat post-révolutionnaire est nécessairement de type stalinien ou, pour lui donner sa définition scientifique marxiste, du type « bonapartiste prolétarien » : "bonapartiste" puisque fondé sur un appareil militaire dictatorial, et "prolétarien" en ce sens quil repose sur la forme de propriété une économie nationalisée qui correspond à celle sur laquelle reposerait également une société démocratique et socialiste.
Pour létablissement du socialisme, une nouvelle révolution serait nécessaire pour balayer la dictature bureaucratique et la remplacer par le contrôle et la gestion démocratique à tous les niveaux de léconomie nationalisée.
Fraternellement,
Greg Oxley