Auteur Sujet: 1917  (Lu 16820 fois)

Hors ligne Greg Oxley

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1917
« le: 11 juillet 2004 à 21:15:20 »
Chers amis,

Aurélien, dans la rubrique sur le "Livre Noir", prétend que ce qui s'est passé en 1917 n'était pas une révolution, mais un simple "coup d'Etat" de la part de Lénine.

Ceci est franchement ridicule, et cette remarque trahit, je dois dire, une ignorance totale de ce qui doit être le plus grand événement dans l'histoire de l'humanité.

Contrairement à ce que prétendent presque tous les historiens de droite —comme cette horreur qui s'appelle Hélène Carrère d'Encausse, je crois — il ne s'agissait en rien d'un coup d'Etat, mais d'un mouvement de masse de très grande ampleur de la part d'un peuple — travailleurs, paysans et soldats — affamé et meurti par le despotisme tsariste et les conséquences économiques et sociales dramatiques de la première guerre mondiale.

C'est regreattable, mais Aurélien répète bêtement les arguments farfelus de Carrère d'Encausse et ses semblables. Pour lui, comme pour elle, Lénine n'avait "aucune légitimité", avait pris le pouvoir contre la volonté populaire, et donc ne pouvait se maintenir au pouvoir que par la dictature.

La révolution russe, comme toutes les révolutions, n'était pas un acte isolé. Elle s'est étalée entre février et octobre en passant par toute une série de revirements. Au début de ce processus, il y avait la grève générale de masse qui a éclaté en février, et qui a renversé la monarchie. C'est pendant ces premières journées que les soviets ont pris forme, qui étaient — n'en déplaise à Aurélien — les organes de masse les plus représentatifs et les plus démocratiques qui aient jamais existés. Les soviets, dont les délégués élus devaient renouveller leur mandat tous les 15 jours, étaient des "parlements" extrêmement sensibles à la volonté populaire et directement issus d'un peuple en soulèvement. Or, comment prétendre que Lénine n'avait "aucune légitimité" alors que le parti bolchévik, majoritaire en nombre de délégués depuis quelques semaines déjà, a obtenu une nette majorité lors des élections du Comité Exécutif au "Deuxième Congrès des Soviets de toute la Russie" à la veille de la prise du pouvoir ? Quelle plus grande "légitimité" était concevable ?

En fait, paradoxalement, ce qui donne à quelques historiens superficiels l'idée qu'il s'agissait d'un simple "coup", c'est précisément l'absence quasi totale de résistance armée à Pétrograd. La vraie "prise de pouvoir", dans un sens, avait déjà eu lieu en septembre 1917, quand Kerensky — qui était peut-être "légitime", lui ? — après avoir déjà tenté un coup d'Etat contre-révolutionnaire en juillet, a voulu faire sortir les régiments pro-bolchévik de la capitale, afin de perpétrer une nouvelle tentative. Les régiments ont refusé de partir, mais Kerensky s'est retrouvé dans l'impossibilité de les forcer à partir, faute de soutien. Donc, à vrai dire, les bolchéviks étaient déjà le pouvoir de facto depuis cette date.

Et puis, Aurélien, quand rien d'autre ne fait l'affaire, tu peux toujours essayer de réfléchir un peu : si Lénine et le régime soviétique n'avaient aucune base de masse, comment se fait-il qu'avec un fusil pour dix soldats dans l'Armée Rouge de l'époque, ils ont pu vaincre la contre-révolution czariste et interventionniste ? Clairment, si le peuple était contre les soviets, ceci n'aurait jamais été possible.

Fraternellement,

Greg Oxley

Aurélien

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1917
« Réponse #1 le: 12 juillet 2004 à 10:55:32 »
Bon, et bien commençons;

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il ne s'agissait en rien d'un coup d'Etat, mais d'un mouvement de masse de très grande ampleur de la part d'un peuple — travailleurs, paysans et soldats — affamé et meurtri par le despotisme tsariste et les conséquences économiques et sociales dramatiques de la première guerre mondiale.


Le petit problème, c'est qu'en Octobre 1917 il n'y avait déjà plus le tsar. La république avait déjà été proclamée entre les deux révolutions de 1917. Quant à la guerre, si les socialistes-révolutionnaires la soutiennent, tous les bolcheviks ne sont pas contre.

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C'est pendant ces premières journées que les soviets ont pris forme, qui étaient — n'en déplaise à Aurélien — les organes de masse les plus représentatifs et les plus démocratiques qui aient jamais existés.


Mais ça ne me déplaît pas du tout, d'autant qu'il y avait des soviets qui n'étaient pas aux mains des bolcheviks. En septembre 1917, il y a certes un scrutin pour élire les délégués des soviets qui donne de très bons scores aux bolcheviks, mais le principe d'un vote est de ne pas être définitif. Ainsi donc, veuillez quand même ne pas vous référer qu'aux scrutins qui vous arrangent.
Du 12 au 14 décembre 1917, 90 millions d'électeurs de l'empire russe (dont l'Ukraine) élisent les délégués de l'Assemblée Constituante. Je vais citer Jean-Jacques Marie, historien pas spécialement de droite, dans sa biographie de Lénine:
"Sur environ 90 millions d'électeurs, 48.5 millions ont voté. L'abstention de 45% des électeurs manifeste un certain trouble ou désarroi... Les S-R et leurs satellites ukrainiens et musulmans reçoivent un peu plus de 50% des voix, les bolchéviks 24.5% les mencheviks 3.5% l'ensemble des partis bourgeois 13.5%, dont 7.5% aux cadets. Plus des quatre cinquièmes des électeurs ont voté pour le "socialisme" [les guillemets ne sont pas de moi, mais de l'auteur], c'est-à-dire la paix, le partage des terres, l'égalité et le partage des terres [ça ne ressemble pas beaucoup à du Carrère d'Encausse].".
Et l'historien ajoute: "Les paysans, qui ignorent en général les différences entre bolcheviks, mencheviks et S-R, votent massivement pour les S-R qui veulent continuer la guerre, dont ils ne veulent plus!"
Cette remarque, pour probablement pertinente qu'elle soit, n'aurait pas permis à Lénine de dire: "les électeurs se sont trompés; en fait ils voulaient voter pour nous"... Au mieux, on pouvait considérer que tous les partis du socialisme fassent coalition (ce dont il n'était pas question).

Ce n'est pas parce que l'on retrouve ces données chez des historiens de droite qu'il faut pour autant les nier. Marie est un historien qu'on a souvent classé dans le trotskisme, qui fit une biographie fort peu élogieuse de Staline mais où il précise bien qu'il n'impute pas au communisme les horreurs de Joseph.

Là seule chose que j'ai écrit, c'est que Lénine n'avait pas gagné TOUTES les élections de 1917, et ne pouvait prétendre durablement à la représentativité du peuple russe. Mais comme la guerre civile se développe très largement à partir de 1918, il est évident que de nouvelles consultations sont impossibles.

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Or, comment prétendre que Lénine n'avait "aucune légitimité" alors que le parti bolchevik, majoritaire en nombre de délégués depuis quelques semaines déjà, a obtenu une nette majorité lors des élections du Comité Exécutif au "Deuxième Congrès des Soviets de toute la Russie" à la veille de la prise du pouvoir ? Quelle plus grande "légitimité" était concevable ?


Mais c'est très simple: il aurait suffi que Lénine et les bolcheviks gagnent les autres élections pour prétendre à cette légitimité indiscutable sur l'année 1917.

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Kerensky — qui était peut-être "légitime", lui ? —

L'illégitimité des uns ne donne pas de légitimité aux autres pour autant.

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En fait, paradoxalement, ce qui donne à quelques historiens superficiels l'idée qu'il s'agissait d'un simple "coup", c'est précisément l'absence quasi totale de résistance armée à Pétrograd.

Mais il y en eut ailleurs: à Moscou, les bolcheviks avaient commis l'erreur de laisser une partie de la défense aux élèves officiers, qui mitrailleront des ouvriers et des gardes rouges avant d'être vaincus. Mais d'autres villes ne se rendront pas sans résistance, parce que leur soviet, justement, n'est pas pro-bolchevik.

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Et puis, Aurélien, quand rien d'autre ne fait l'affaire, tu peux toujours essayer de réfléchir un peu : si Lénine et le régime soviétique n'avaient aucune base de masse, comment se fait-il qu'avec un fusil pour dix soldats dans l'Armée Rouge de l'époque, ils ont pu vaincre la contre-révolution czariste et interventionniste ? Clairement, si le peuple était contre les soviets, ceci n'aurait jamais été possible.


Je ne suis pas là pour injurier qui que ce soit, j'aimerais qu'il en soit de même vis-à-vis de moi.
Premièrement, l'image de "un fusil pour dix" a probablement été réelle à certains moments, mais sur l'ensemble de la guerre civile, c'est caricatural et la victoire aurait été logiquement impossible. Ensuite, le raisonnement n'est pas très logique: des masses de gens se sont battus dans l'Armée Rouge, donc ils soutiennent les bolcheviks...
Ensuite, le fait que les bolcheviks n'étaient pas majoritaires ne signifie pas qu'ils n'aient pas eu de base de masse (là encore, vous me faites dire ce que je n'ai pas dit): 24.5% de 48.5 millions de suffrages exprimés, ça fait 12 millions de supporters quand même...
Dans toutes les guerres, on sait contre quoi on se bat, mais on ne se bat pas forcément pour la même chose. Des centaines de milliers de paysans se sont battus contre les tsaristes qui s'opposaient au partage des terres; des républicains contre le retour de la monarchie; et, même si ce n'est pas très romantique de dire cela, mais des gens ont certainement rejoint l'armée Rouge parce qu'ils savaient qu'ils y auraient moins de chance d'avoir faim dans un pays où la pénurie alimentaire, surtout en ville, régnait depuis 1918. Et à commencer par les villes; et là, il faut dénoncer les historiens de droite qui font passer les réquisitions de Lénine sur la paysannerie comme une lubie meurtrière de Vladimir Ilitch, alors que 1/ il y avait probablement des paysans qui gardaient  des surplus à la campagne alors que ce furent les villes qui avaient  faim en premier; 2/ les armées blanches ont occupés les principales régions productrices de blé: Ukraine, Caucase Nord, Sibérie.

Si il s'était s'agit d'une guerre entre deux groupes socialistes en Russie, l'ardeur des citoyens aurait été plus partagée. Mais face à des tsaristes fascistes qui provoquaient la faim et la guerre dans le pays, même ceux qui ne faisaient pas confiance aux bolchéviks voyaient que tactiquement il fallait les soutenir. Qu'il y ait eu un enthousiasme certain à combattre des gens comme Koltchak, Denikine, Kornilov, ne fait aucun doute.

Désolé de dire cela, mais le raisonnement de Greg Oxley, adapté à la guerre de 1941-1945, deviendrait: "des millions de russes se sont battus sous les ordres de Staline; donc c'est qu'ils appréciaient Staline" (qui y avait-il en face? C'est la question fondamentale de toute guerre).

Comprenez bien que nous ne divergeons que sur une chose: la question de la légitimité démocratique de Lénine. Les élections de Décembre 1917 semblent montrer, non pas que Lénine n'a aucune légitimité- ce que je ne dis pas- mais qu'il n'est pas majoritaire non plus.
Je n'ai jamais considéré en revanche que les meneurs de la contre-révolution étaient des démocrates disposant de ne serait-ce que la moitié de la légitimité de Lénine.

Quant à la dictature, là encore j'ai clairement dit qu'il n'était pas obligé de passer par la dictature, mais pouvait instaurer la dictature du prolétariat pour être sûr de l'emporter sans passer à un régime autoritaire, et la Carrère d'Encausse aurait bien été embêtée pour dire qu'il fut un dictateur au sens de Mussolini, Bonaparte et j'en passe.
Le gros problème -ce que j'avais oublié de dire dans mon dernier message- c'est que la guerre civile a largement décimé la classe ouvrière de l'ex-empire russe.
Mais bon, si maintenant vous-mêmes confondez la dictature du prolétariat et la dictature tout court...

J'aimerais mettre Cordialement, mais Greg Oxley a signé "Fraternellement" un message peu fraternel.

Aurélien.

Hors ligne Greg Oxley

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1917
« Réponse #2 le: 12 juillet 2004 à 15:06:17 »
Bonjour,

Oui, la révolution a renversé le tsar dans un premier temps, fin février, et la république capitaliste a été balayée en octobre. Tous les bolchéviks n'avaient pas des positions claires sur la question de la guerre. Là, Aurélien, tu as raison. C'est tout particulièrement vrai de Staline. Mais depuis le mois d'avril (le retour de Lénine en Russie) le programme du parti a été corrigé sur ce point, comme sur bien d'autres.

Il est vrai aussi que, la Russie étant un pays à majorité paysanne, les "sociaux-révolutionnaires" avaient obtenu une bonne proportion des voix. En fait, le parti bolchévik n'a pas gouverné seul au départ, mais en coalition avec les sociaux-révolutionnaires de gauche — ceux, notamment, qui étaient contre la poursuite de la guerre et pour le renversement du capitalisme.

La révolution russe était la combinaison d'une insurrection paysanne dans les campagnes — et de plus ou moins grande ampleur et férocité selon les régions — et une insurrection ouvrière dans les villes principales. Or, un vote réalisé sur l'ensemble du territoire ne pouvait que refleter les différentes classes en présence et les degrés différents de mobilisation dans les quatre coins de l'ex-Empire.

Il aurait été criminel de renoncer à la prise du pouvoir par les travailleurs dans les villes sous prétexte que, toutes catégories confondues, les blochéviks n'étaient pas "majoritaires".

La perspective des bolchéviks était une perspective internationale. Il espéraient que leur révolution renforcerait le mouvement révolutionnaire qui se développait en Europe. Si, sous prétexte du résultat d'un scrutin, ils auraient renoncé au pouvoir, c'est la contre-révolution qui l'aurait emporté.

Après tout, qu'est-ce que tu es en train de dire, concrètement ? Que les bolchéviks devaient quitter les pouvoir en décembre ? En faveur de qui, dans ce cas ? Où peut-être qu'ils n'auraient jamais dû le prendre en octobre ? Où peut-être qu'il fallait inviter des forces hostiles à la révolution à participer au gouvernement avec eux ? Merci de nous éclaircir sur comment les bolchéviks auraient dû se comporter, d'après toi.

On reproche aux bolchéviques de n'avoir pas été "démocrates" etc. Mais je te rappelle que l'Assemblée Constituante a été convoquée par les Bolchéviks après leur arrivée au pouvoir — et non pas par les "démocrates" de la république capitaliste qui existait pendent plusieurs mois auparavant.

L'Assemblée Constituante a finalement été dissoute, sans qu'il n'y ait  la moindre protestation populaire, ou sans, pour reprendre une phrase de Cromwell dans une situation similaire (renvoi du parlement pendant la révolution anglaise), "ne serait-ce qu'un chien qui aboie".

La raison de cette indifférence quant au sort de la Constituante est simple : Pour apprendre aux paysans qui, comme le dit Jean-Jacques Marie dans la citation que tu donnes, avaient voté "social-révolutionnaire" sans comprendre le rôle pro-impérialiste, pro-guerre et pro-capitaliste des dirigeants SR au cours de la révolution, les bolchéviks ont présenté une sorte de charte révolutionnaire — stipulant les droits des paysans, redistribution des terres, abolition de la grande propriété terrienne, la paix immédiate sans annexions etc  — aux instances soviétiques et, simultanément, à l'Assemblée Constituante.

Les soviets (bolchéviks, SRs de gauche) ont adoptée cette charte, l'Assemblée Constituante, dominée par des éléments bourgeois, l'a rejetée. La démonstration faite, les illusions dans les partis sur la droite des bolchéviks et SRs de gauche se sont effondrées, et l'Assemblée a pu être consignée à la poubelle, à la faveur d'une forme de démocratie supérieure, à savoir la démocratie soviétique.

Fraternellement,

Greg Oxley

Aurélien

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1917
« Réponse #3 le: 14 juillet 2004 à 23:36:31 »
Bon, je vois que nous sommes sur une voie de réconciliation.
J'ai probablement commis une erreur en accolant à Lénine le qualificatif de "dictateur" alors qu'il est bien évident qu'il n'a probablement jamais exercé le pouvoir de façon totalement individuelle mais avec les autres dirigeants-délégués du parti. Mais ça n'empêche que les élections de Décembre 1917 désavouent le parti bolchevik dans son affirmation de représenter le peuple, et de ce fait la conservation du pouvoir entre les mains des bolcheviks -ou des SR de gauche, très minoritaires aux élections de Décembre 1917) les met de ce fait dans une posture dictatoriale.

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Or, un vote réalisé sur l'ensemble du territoire ne pouvait que refleter les différentes classes en présence et les degrés différents de mobilisation dans les quatre coins de l'ex-Empire.

Tout à fait: c'est l'analyse que je fait depuis le début: les paysans ne sont pas forcément tentés d'aller plus loi  que la paix et le partage des terres, voilà pourquoi un parti s'appuyant sur la clase ouvrière et projeteant l'industrialisation comme les bolcheviks, risquait d'avoir un problème pour devenir majoritaire dans le pays.
Le problème, c'est que cela reste toujours problématiquede parler de "prise du pouvoir par les travailleurs" si les paysans (qui sont des travailleurs tout de même!) ne suivent pas le parti qui prend le pouvoir.

Alors on peut justifier l'action de Lénine selon plusieurs lectures: soit la prise dupouvoir en Russie permettait de lancer la Révolution mondiale, dans des pays où elle était démocratiquement beaucoup plus soutenue dans sa base prolétaire (comme l'Allemagne). Soit en rappelant que seule l'industrialisation pourrait protéger le Russie contre d'éventuels assauts extérieurs (ce qui se vérifiera en 1941) auquel cas une démocratie paysanne aurait certainement bloqué une industrialisation volontariste.

Donc, bien plutôt que de vouloir donner des "leçons" à Lénine, je préfère simplement dire qu'il aurait mieux fait d'appliquer son programme ou celui du marxisme, à savoir la dictature du prolétariat. Bref, asseoir le vote uniquement sur la population ouvrière, créant un régime ioriginal, ni dictature ni non plus démocratie universaliste, même si il aurait dû converger vers la seconde par la suite (relisez mon message dans le sujet sur le Livre Noir).
Je sais très bien que l'alliance avec les SR (sauf de gauche) n'était pas à l'ordre du jour. Les SR fomenteront plusieurs rébellions aux cours des années qui suivront.

Quant au raisonnement sur la charte présentée par les bolcheviks, qui aurait satisfait les paysans (mais l'ont-ils exprimé par un vote?) et rejeté par la Constituante, il ne rend pas légitime la dissolution de la Constituante, dans un esprit purement démocratique: la non-réaction des paysans tient aussi certainement à l'état de guerre, de faim, et même pour dissoudre une assemblée et décider de passer à une autre forme de démocratie, il faudrait avoir consulter les électeurs.

Je maintiens que même si je conteste la légitimité démocratique des bolcheviks sur l'ensemble de l'année 1917, en revanche je ne diabolise pas du tout l'action de Lénine, et surtoutje rappele que l'application de la dictature du prolétariat aurait probablement été une bonne réponse aux difficultés de l'heure.

Cordialement,
Aurélien

Hors ligne Greg Oxley

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1917
« Réponse #4 le: 15 juillet 2004 à 00:43:01 »
Cher Aurélien,

Tu trouveras, dans le livre magistral de Trotsky, Histoire de la Révolution russe, un exposé très intéressant du rapport entre le "suffrage universel" et la dynamique d'une révolution. N'oublions pas que la Commune de Paris était une insurrection contre une Assemblée nationale bonapartiste-monarchiste qui venait à peine d'être élue. Les Communards étaient-ils donc des dictateurs, eux aussi ? Suivant ton raisonnement, il faudrait répondre que oui. Les massacreurs de la Commune agissait au nom du "suffrage universel".

Tu dis que ton erreur est d'avoir qualifié Lénine de dictateur. On ne vas pas revenir là-dessus, mais je crois que ce n'était pas la seule. En fait, au début de cet échange, ce qui m'a fait dresser les cheveux sur la tête, c'était ton idée que la révolution n'en était pas une, mais un simple "coup d'Etat" établissant d'emblée une dictature ... Or, le régime soviétique de 1917 était le plus démocratique que l'humanité ait jamais connu, avec, il faut dire, la Commune de Paris de 1871.

Mais bon, je te pardonne. Tu dis toi-même que tu n'est pas un marxiste, et c'est tout à fait vrai ! Là dessus, au moins, nous sommes parfaitement d'accord. Du coup, je te trouve moins énervant que certains gens qui prétendent l'être, mais qui racontent des bêtises tout de même.

Fraternellement,

Greg Oxley