La Riposte : journal communiste
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Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

10
04-2012

Face à l’avalanche de fermetures et de délocalisations, de plus en plus de dirigeants de gauche et du mouvement syndical défendent le modèle des coopératives. Le programme du Front de Gauche, par exemple, affirme qu’«  en cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, nous instaurerons un droit des salariés à la reprise de leur entreprise sous forme de coopérative  ». De même prévoit-il que «  le soutien public […] aux coopératives sera fortement augmenté  ».

Nul doute que cette idée trouvera un écho favorable parmi les salariés des entreprises menacées de fermeture. Beaucoup se diront : « mieux vaut garder nos emplois dans le cadre d’une coopérative que de les perdre ». Les salariés pourraient également être séduits par la perspective de devenir les propriétaires de l’entreprise – et donc d’avoir (en théorie) un meilleur contrôle sur leurs conditions de travail et leurs salaires.

La Riposte ne s’opposerait pas à ce que, dans une entreprise menacée, les salariés tentent de sauver leurs emplois en reprenant l’entreprise sous forme de coopérative. Cependant, le système des coopératives n’est pas une alternative viable à la propriété capitaliste. L’expérience le prouve. D’innombrables coopératives naissent et meurent chaque jour, à travers le monde. Pourquoi meurent-elles ? Parce qu’elles sont en concurrence avec d’autres entreprises (ou d’autres coopératives) sur le marché capitaliste – et que les mécanismes de cette concurrence éliminent les unes au profit des autres.

Pour éviter la faillite, que font les travailleurs d’une coopérative ? La même chose que n’importe quel capitaliste : ils accroissent la « compétitivité » de leur entreprise en baissant les frais de production. Les travailleurs en viennent donc à intensifier leur propre exploitation dans le but d’accroître ou de conserver leur part de marché – au détriment d’autres entreprises (et donc, indirectement, des salariés de ces entreprises). Un tel système finit par générer chez les travailleurs une mentalité de propriétaires et les comportements qui vont avec.

Le cas de Mondragon

Lorsqu’elle se développe, une coopérative a tendance à se transformer en une entreprise capitaliste comme les autres. Prenons l’exemple de Mondragon, une immense coopérative basque. Au fil des années, elle est devenue une véritable multinationale. Elle emploie 82 000 salariés à travers le monde et possède 129 filiales privées couvrant de très nombreux secteurs économiques : construction, industrie, recherche, commerce – et même la finance ! En 2008, elle a dégagé un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards de dollars.

Dans un article publié dans le journal militant québécois Le Mouton noir, Nicolas Falcimaigne rend compte d’un entretien qu’il a eu avec José Luis Lafuente, un cadre dirigeant de Mondragon. Le journaliste évoque l’impact de la crise économique actuelle et explique : « José Luis Lafuente admet que le groupe joue dans le même marché que les autres et que, pour faire face à la situation, il a fallu imposer des baisses de salaires et d’effectifs, réduire les profits et procéder à une concentration tout en limitant les investissements ». En 2008, quelque 7000 emplois ont été supprimés. L’auteur de l’article poursuit : « Des ouvriers rencontrés dans une sociedad d’Elorrio, non loin d’Arrasate, font état d’une situation socioéconomique très difficile dans laquelle Mondragon est plutôt perçu comme du capitalisme déguisé. L’ampleur prise par le mouvement aurait éloigné de la base les instances décisionnelles, ce qui occasionnerait dans la réalité quotidienne du terrain des pratiques de gestion semblables à celles des industries traditionnelles ». Voilà qui résume parfaitement les limites et les dérives du « modèle coopératif ».

Lorsqu’une entreprise est menacée de fermeture, la gauche et le mouvement syndical devraient s’efforcer de mobiliser le mouvement ouvrier autour du mot d’ordre de nationalisation – sous le contrôle des salariés. Dans une entreprise nationalisée, c’est l’Etat qui prend en charge les investissements et les bénéfices – et éventuellement les pertes, qui peuvent être compensées par les bénéfices générés par d’autres entreprises publiques. L’Etat peut bien mieux résister aux pressions du marché qu’une coopérative. Précisons cependant que des nationalisations partielles – qui laissent l’essentiel de l’économie sous le contrôle des capitalistes – ne sont pas non plus une solution. La seule alternative viable au chaos destructeur du marché, c’est l’intégration au secteur public de l’ensemble des grands leviers de l’économie. Cette extension massive de la propriété publique permettra de planifier démocratiquement la production dans l’intérêt du plus grand nombre.


Vos réactions...

Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 10 avril 2012, par stendhal

Les coopératives ? Tout sauf un modèle, mais sûrement une solution dans certains, dès lors qu’elle s’appuie sur la mobilisation de stravailleurs et le soutien de l’Etat (au sens large : collectivités, pôle bancaire public...) qui n’a pas vocation, à l’inverse du modèle "nationalisation", à tout gérer.


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 10 avril 2012, par Andrés

"le mouvement syndical devraient s’efforcer de mobiliser le mouvement ouvrier autour du mot d’ordre de nationalisation – sous le contrôle des salariés."

La nationalisation doit se faire sur les entreprises qu’on un périmètre national mais pour les petites boîtes le mieux c’est faire une socialisation au niveau de son périmètre, soit la commune, soit le département, etc.

Vu que tu parle de l’expérience de Mondragon au Pays Basque, il y a un marxiste appelé Iñaki Gil de San Vicente qui a écrit pas mal de choses sur le socialisme participative.

http://marxismocritico.com/2012/04/10/tesis-sobre-el-cooperativismo-socialista/

Par contre je ne sais pas s’il a des articles en français

Fraternellement,
Andrés


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 11 avril 2012, par carnifex

Que la nationalisation soit préférable à la mise en coopérative en ce qui concerne les grandes entreprises ne fait pas de doute à mes yeux.
L’appropriation publique n’en est peut-être pas pour autant la meilleure solution à tous égards en ce qui concerne les autres entreprises.
Pour ces dernières, la mise en coopérative est une alternative intéressante, et, il me semble, préférable à l’appropriation capitaliste.


Faut-il défendre le modèle des coopératives ? OUI

Le 11 avril 2012, par Joan Luc

Oui il faut défendre le modèle des coopératives car c’est le seul modèle qui soit véritablement communiste au contraire du modèle des nationalisations car les entreprises nationalisées appartiennent à l’Etat, c’est à dire finalement aux gouvernants et non pas au Peuple.
Dans un modèle coopératif, les dirigeants de l’entreprise sont vraiment l’émanation des salariés et non pas d’actionnaires extérieurs.
Et NON, le modèle coopératif n’est pas un modèle capitaliste, la preuve c’est que les financiers cherchent toujours à détruire ce modèle.

Joan Luc


Rectification

Le 11 avril 2012, par Nicolas Falcimaigne, auteur de l’article cité

Bonjour,

Pour que le lecteur ait accès à toutes les facettes de cette complexe réalité qu’est la coopérative Mondragon, je ne saurais recommander la lecture complète de l’article et la publication de sa référence dans l’article :

http://www.moutonnoir.com/2010/04/mondragon-geant-cooperatif-basque/

Notamment l’extrait suivant, qui rend justice à la réalité coopérative de Mondragon :

« Aujourd’hui, les coopératives de Mondragon couvrent de multiples secteurs allant de la finance à la fabrication industrielle, en passant par la construction, la distribution, le commerce de détail, l’éducation et la recherche. Le siège social compte quelque 65 employés qui offrent un soutien aux coopératives membres, lesquelles doivent se conformer à un modèle de gestion strict. Ces règles limitent entre autres la proportion d’employés non membres à 20 %. Elles imposent aussi une évaluation des employés, ainsi qu’une standardisation salariale qui tolère des écarts de 10 % et qui établit la proportion du plus faible salaire au plus élevé selon un rapport maximal de 1 pour 6. »

Ainsi que :

« Rafa Indo a été directeur général d’Irizar France, filiale française de la coopérative Irizar, fabricant d’autocars et membre de Mondragon. En vingt ans de carrière, il a vu passer la production annuelle de 80 à 1600 autocars. Il dit avoir surtout observé une grande solidarité. « Il y avait très peu de conflits de travail, mais plutôt une adhésion pleine et entière de l’ensemble des salariés. La formule coopérative permet aux membres travailleurs de participer aux bénéfices et à la direction, et elle leur procure une certaine sécurité d’emploi. En contrepartie, ils sont disposés à soutenir l’entreprise par des heures supplémentaires et certains sacrifices salariaux, si besoin. » En revanche, l’ancien directeur souligne que certains cadres peuvent être tentés de quitter l’entreprise après avoir acquis une expérience qui leur vaudrait un salaire beaucoup plus élevé dans des entreprises qui ne sont pas soumises aux limites imposées par le modèle de développement de Mondragon. »

Par ailleurs, la citation retenue dans l’article devrait conserver les guillemets qui encadrent les termes « capitalisme déguisé », une expression attribuée aux personnes rencontrées et qui n’est pas un commentaire de l’auteur.

Merci de bien vouloir traiter le travail des autres avec autant de rigueur que celle dont vous faites preuve dans le vôtre.

Nicolas Falcimaigne, auteur de l’article cité


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 13 avril 2012, par Un libertaire

Il est incontestable que le modèle de coopératives est supérieur à l’entreprise capitaliste, mais en effet au-delà d’un certain seuil il amènent les travailleurs à se concurrencer entre eux. Conclusion : socialisations massives. Mais je n’entends pas que les moyens de production soient entre les mains de l’État, fut-il ouvrier. Car dans les objectifs finales du socialisme est l’abolition de l’État. Je pense que chaque secteur devrait avoir sa direction élus par les travailleurs, consommateurs, et que toutes celles-ci se réunissent afin de planifier l’économie d’une façon démocratique et consciente.
C’’est seulement au travers ces nationalisation étendues que les coopératives ne seront plus forcés à vouloir faire de la concurrence avec d’autres coopératives, car ces deux-ci sont elles-mêmes pénalisées par les grandes entreprises.
Conclusion : autogestion partout, des soviets partout, planification socialiste.

Je trouve dommage que Jean-Luc Mélenchon ne porte pas ce mot d’ordre. En revanche il fait plaisir à voir Nathalie Arthaud de LO dire de tels propos sur France2 et déclarer que la dictature du prolétariat est la plus grandes des démocraties.


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 13 avril 2012, par Patrick Vandeweyer, PCE Málaga (Espagne)

Oui il faut défendre le modèle des coopératives car c’est le seul modèle qui soit véritablement communiste au contraire du modèle des nationalisations car les entreprises nationalisées appartiennent à l’Etat, c’est à dire finalement aux gouvernants et non pas au Peuple.

Grosse erreur théorique : les entreprises nationalisées, dans la mesure ou elles le sont par un état controlé de façon démocratique par les travailleurs, c’est à dire le type de nationalisations que nous défendons en tant que marxistes, appartiendraient à l’ensemble de la société, alors que les coopératives, en tant que forme de socialisation de la propriété privée dans ses propres limites, ne sont qu’une autre forme de propriété privée : ces entreprises ne seraient propriété que d’une partie de la société, les travailleurs des entreprises individuelles et non de l’ensemble des travailleurs.

Ce sujet est, du reste, très bien expliqué par l’economiste russe E. Preobrazhensky dans son livre « Anarchisme et Communisme ».


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 13 avril 2012, par Patrick Vandeweyer, PCE Málaga (Espagne)

Soit dit en passant, et en lisant l’article de référence au complet, il est vrai que le terme de « capitalisme déguisé » était entre guillemets dans l’original, et que les dits guillemets se sont perdus au passage, mais en lisant l’extrait sans les guillemets en question, si importants à ce qu’íl semble, que l’auteur de l’article, Nicolas Falcimaigne, semble en déduire que son travail est ici traité avec peu de rigueur, il restait très clair, cependant, qu’il s’agissait de propos de travailleurs intervieuwés, et non de l’auteur : merci pour ne pas prendre les lecteurs pour des idiots.


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 19 avril 2012

Très bon article de camarade Jérôme, à Venezuela et ici au Brèsil nous avons plusieres des examples des cooperatives qu’on vecú ce type de probleme avec la competition et la crise. Ici nous sommes aussi puor la nacionalization avec control ouvrier, maintenant en Europe ça puet être une sortie pour les travaillers.

J’espère que ces experiances peuvent eviter le probleme des cooperatives et que on puisse aller directament a defendre les emplois avec la nationalization.

Salut, Marília (Brèsil)


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 7 mai 2012, par La Riposte

L’affirmation de Joan-Luc selon laquelle une entreprise nationalisée « appartient à l’Etat, c’est-à-dire finalement aux gouvernants, et non au Peuple  », renvoie à l’expérience des nationalisations partielles et bureaucratiques, comme par exemple lors du premier gouvernement de François Mitterrand, en 1981-82. En réalité, les entreprises nationalisées n’appartenaient pas alors « aux gouvernants », puisque ces derniers ne s’en appropriaient pas les bénéfices. Mais il est vrai qu’elles n’étaient ni démocratiquement contrôlées par les salariés, ni intégrées à une planification socialiste de la production. L’essentiel de l’économie demeurait sous le contrôle des capitalistes. En fait, les grandes entreprises nationalisées étaient souvent en concurrence, sur le marché, avec de grandes entreprises privées (Renault et Peugeot, par exemple), et devaient donc s’aligner sur leurs « méthodes ».

Le programme économique que nous défendons est très différent de la politique menée par Mitterrand dans les années 81-82. Nous sommes pour la nationalisation, sous le contrôle démocratique des salariés, de tous les grands leviers de l’économie, c’est-à-dire de toutes les banques et de toutes les grandes entreprises de l’industrie, de la distribution et des services. Sans cela, il n’est pas possible de remplacer le chaos du « libre marché » par une planification rationnelle de l’économie, dont l’objectif est de satisfaire les besoins du plus grand nombre et non plus la soif de profits de quelques-uns.

Joan-Luc affirme ensuite que « dans un modèle coopératif, les dirigeants de l’entreprise sont vraiment l’émanation des salariés et non pas d’actionnaires extérieurs. » Admettons que ce soit toujours le cas (ce qui n’est pas vrai). Cela n’enlève rien au fait que les coopératives sont en concurrence sur le marché capitaliste et doivent donc nécessairement se soumettre aux lois de ce marché – ou faire faillite. Les travailleurs en viennent à accroître leur propre exploitation pour conserver des parts de marché ou en conquérir d’autres. C’est ce qu’atteste toute l’expérience passée et présente des coopératives.

Carnifex, de son côté, affirme que «  l’appropriation publique n’est peut-être pas la meilleure solution en ce qui concerne les plus petites entreprises. Pour ces dernières, la mise en coopérative est une alternative intéressante, et, il me semble, préférable à l’appropriation capitaliste. » D’abord, il y a « petites entreprises » et « petites entreprises ». Avec l’explosion de la sous-traitance, ces vingt dernières années, nombre de « petites entreprises » sous-traitantes sont en réalité des unités organiquement liées au secteur économique dont elles dépendent – et qui en dépend. Par exemple, Airbus sous-traite à des « petites entreprises » des opérations indispensables à la production des avions. Ces entreprises devraient être nationalisées au même titre qu’Airbus et réintégrées dans les structures de l’entreprise publique, en donnant les mêmes droits à tous les salariés.

En ce qui concerne les véritables « petites entreprises » (petits commerces, restaurants, etc.), il n’est en effet ni nécessaire, ni souhaitable de les nationaliser. Nous ne voyons aucune objection à ce qu’elles se constituent en coopératives. Ceci étant dit, une planification socialiste de l’économie aura tendance à absorber la petite propriété, qu’elle soit capitaliste ou coopérative. Le « marché », avec ses petites unités de production « indépendantes », finira par céder complètement la place à la planification de l’ensemble de l’économie. La petite propriété est une survivance du passé – et non un modèle d’avenir.


Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

Le 8 novembre 2012, par Tom-Meursault

Déjà la IIIe Internationale avait posé le problème des coopératives :http://www.marxists.org/francais/inter_com/1921/ic3_09.htm
La grande partie de ce texte est toujours valable, à quelque détails près.



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