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A propos des « nouveaux droits » pour les salariés

05
03-2013

L’une des revendications les plus radicales du programme L’Humain d’abord, et qui occupe une place importante dans les mesures proposées par la direction du PCF, concerne les « nouveaux droits » pour les salariés dans les entreprises. Les droits réclamés donneraient des pouvoirs très étendus aux travailleurs, leur accordant ce qui reviendrait à un droit de véto sur des licenciements, des délocalisations et des fermetures. Les travailleurs auraient également des pouvoirs concernant les projets d’investissement, les montants investis et les orientations stratégiques des entreprises dans lesquelles ils travaillent. On comprend aisément l’attrait de cet ensemble de mesures, non seulement pour les militants communistes et les syndicalistes, mais aussi pour l’ensemble des salariés qui sont confrontés aux décisions arbitraires et destructrices des capitalistes.

La direction du PCF souligne volontiers le caractère « révolutionnaire » de ces nouveaux droits. Il est vrai qu’ils entraineraient un bouleversement radical des pouvoirs dans les entreprises et, à ce titre, ont au moins des implications révolutionnaires. Pris dans leur ensemble, l’obtention de ces droits signifierait ni plus ni moins que le transfert aux salariés du pouvoir de décision concernant toutes les questions les plus importantes relatives à la vie des entreprises.

Et pourtant, quand on évoque cet aspect du programme du PCF/Front de Gauche devant les travailleurs, ils les accueillent souvent avec un grand scepticisme. Et pour cause : actuellement, les salariés n’arrivent même pas à faire respecter les quelques droits qui existent déjà, tellement le rapport de force leur est défavorable face aux employeurs. La moindre revendication, que ce soit sur les salaires, les conditions de travail ou même la sécurité du personnel, se heurte immédiatement à l’argument de la rentabilité – avec à la clé, directement ou indirectement, la menace de la réduction des effectifs ou même de la cessation d’activité. Bien des salariés qui craignent pour leur emploi se disent que s’ils tentaient d’imposer ne serait-ce que le quart des nouveaux droits proposés par le PCF, leur patron mettrait la clé sous la porte.

Et voilà le nœud du problème. Si nous voulons vraiment imposer ces nouveaux droits, par la mobilisation des salariés (sans laquelle ils ne verront jamais le jour), il faut lier ce programme à la question de la propriété des entreprises. Car nécessairement, plus de droits pour les salariés – et surtout des droits aussi étendus – signifie moins de droits pour les capitalistes et, pour dire les choses telles qu’elles sont, la perte de leur contrôle sur les entreprises et l’utilisation des profits.

La direction du PCF – dont le programme en matière de nationalisations est extrêmement timide – semble considérer que ces droits ne sont pas incompatibles avec la propriété privée des entreprises. Mais les capitalistes, eux, ne sont pas de cet avis. Et nous ne sommes pas de cet avis non plus, pour la simple raison qu’aucun capitaliste n’acceptera d’investir dans une entreprise selon des critères déterminés par les salariés. Imaginez  ! Le profit dégagé par l’entreprise serait effectivement remis aux organisations syndicales, qui décideraient de son utilisation dans les meilleurs intérêts des salariés  ! Du point de vue des capitalistes, c’est une situation qui n’est évidemment pas viable. Ils refuseraient d’investir dans ces conditions. Et dans ce cas, que faire  ? Voilà la question que se posent les salariés. Et si nous restons sur l’idée que ces droits ne sont pas incompatibles avec la propriété capitaliste, nous ne pourrons y répondre sérieusement.

Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se battre pour ces nouveaux droits. Ils sont indispensables pour émanciper les salariés de la dictature patronale dans les entreprises. Seulement, cela veut dire que, dans l’explication de notre programme comme dans l’action du parti, nous devons lier directement ce combat à la nécessité d’exproprier les capitalistes. Autrement dit, il faut rendre explicite le caractère révolutionnaire implicite de ce volet crucial de notre programme.

La Riposte


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