Début juillet, avec l’accord arraché sous la contrainte
aux salariés de Bosch, le patronat français engageait
en fanfare sa campagne pour la remise en cause de la durée du
temps de travail.
Productivité
La durée effective moyenne de travail hebdomadaire
des salariés français - 38 heures -
se situe dans l’exacte moyenne européenne. Les
salariés suédois travaillent 36,5 heures, ceux
du Royaume Uni 37,4 heures et ceux d’Allemagne 35,9
heures. Par ailleurs, le coût horaire du travail est
plus faible en France (25,1 euros) qu’en Allemagne (26,5
euros).
Enfin,
en ce qui concerne la productivité horaire du travail,
la France est au 2ème rang mondial devant les Etats-Unis,
l’Allemagne, le Japon, l’Italie et le Royaume Uni.
Chômage
En
2003, pour la première fois depuis 1993, il y a eu officiellement
plus d’emplois détruits que d’emplois créés,
soit au total une perte de 67 000 emplois. Selon les critères
du Bureau International du Travail (BIT), 2 640 000 personnes
ont été au chômage en 2003, soit 9,7% de
la population active et 137 900 de plus qu’en 2002. Or
en réalité, selon l’hebdomadaire Marianne,
si on ne truque pas les statistiques, le nombre officiel de
chômeurs s’élève désormais
à plus de 4,5 millions.
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A l’aide d’une très large couverture
médiatique, la classe dirigeante française a voulu marquer
sa détermination à revenir sur les acquis des salariés.
En exhibant bien haut l’exemple de ces travailleurs vaincus, elle
a voulu démontrer que nous n’avons pas d’autre choix
que d’accepter son chantage, que la régression est inévitable.
L’accord obtenu chez Bosch fut un peu comme le
premier coup de fusil tiré le jour de l’ouverture de la
chasse. Immédiatement, d’autres coups de feu ont retenti
sur l’ensemble du territoire : Solectron, Seb, Doux, Ronzat, Nexans,
Sediver, etc.
La direction de l’entreprise a imposé
aux salariés de Bosch la suppression des 6 jours de RTT et du
paiement du pont de l’Ascension, le blocage des salaires pendant
3 ans, la suspension des primes d’intéressement, la réduction
de la majoration sur le paiement des heures de nuit, l’exclusion
du 13ème mois du calcul des congés payés et la
réduction de la subvention au comité d’entreprise.
Sous le gouvernement Jospin, les lois Aubry sur l’aménagement
et la réduction du temps de travail avaient été
perçues comme un progrès par bon nombre de salariés,
surtout dans les entreprises où le poids des syndicats avait
permis de signer des accords plutôt favorables. Mais en même
temps, ces lois ont permis au patronat d’annualiser le temps de
travail, de mettre fin à la référence hebdomadaire
de la durée du travail, d’étaler les heures supplémentaires
sur l’année, de modifier les horaires en fonction des commandes,
d’exclure les pauses du temps de travail et de mettre les cadres
au forfait de 217 jours travaillés (sans préciser le temps
de travail sur une journée). Du coup, dans bon nombre d’entreprises,
la RTT s’est accompagnée d’une nette régression
en matière de conditions de travail. Par ailleurs, alors que
l’un des objectifs officiels des 35 heures était de réduire
le chômage, les patrons ont d’autant moins embauché
que la flexibilisation des horaires leur a permis de compenser la réduction
du temps de travail. Enfin, des sommes colossales ont été
versées au patronat à titre d’« aide au passage
au 35 heures » : pas moins de 17,5 milliards d’euros en
1999, et, cette année, 10,5 milliards sur un total de 20 milliards
d’euros d’exonérations.
L’accroissement de la flexibilité du travail,
qu’ont permis les lois Aubry, a engendré des gains de productivité
très importants. Soucieuse de plaire au patronat, l’ex-ministre
socialiste le déclarait elle-même dans le Parisien, début
juillet : « Grâce au 35 heures, nos entreprises ont
gagné en flexibilité et ont du coup augmenté leur
productivité. D’ailleurs, les chefs d’entreprise
le reconnaissent en aparté ». Selon la CGT, les gains
de productivité liés aux 35 heures ont avoisiné
les 4 à 5%.
Les lois Fillon, qui ont permis dans un premier temps
d’étendre le contingent annuel d’heures supplémentaires
de 130 heures (loi Aubry) à 180 heures, permettent désormais
au patronat de faire signer, par le chantage, des accords d’entreprise
désavantageux par rapport aux accords de branches. La droite
donne désormais le champ libre aux capitalistes pour revenir
sur toutes les conquêtes sociales du mouvement syndical, et s’efforce
d’ouvrir de nouvelles brèches dans le Code du Travail.
Dans un contexte de crise du capitalisme, où
la concurrence se fait de plus en plus dure entre les entreprises -
sur le plan national comme à l’échelle européenne
et mondiale -, les capitalistes sont devant l’impérieuse
nécessité de relever leurs taux de profit. Et ceci ne
peut se réaliser qu’au détriment des salariés.
C’est pour cela qu’ils utilisent l’ignoble
chantage de la délocalisation pour diminuer le coût du
travail. Il faut préserver l’emploi, disent-ils, et c’est
pour ça que vous devez accepter d’être moins payés,
de travailler plus longtemps et de faire des heures supplémentaires.
Le patronat prétend par ailleurs qu’en
assouplissant le droit du travail, les salariés qui veulent gagner
plus vont pouvoir le faire en travaillant davantage. Mais s’il
existe effectivement des salariés qui veulent travailler davantage,
c’est surtout parce que le niveau des salaires est particulièrement
bas. Et bien entendu, les arguments patronaux sont en complète
contradiction avec l’idée de faire diminuer le chômage,
car l’allongement de la semaine de travail pour les uns signifie
le chômage pour les autres.
Désormais, les attaques du patronat portent
non seulement sur le temps de travail et l’assouplissement des
35 heures, mais aussi sur les salaires, sur les conditions de travail,
l’emploi et la précarité. La perspective qui s’ouvre
devant nous est particulièrement sombre : la classe capitaliste,
avide de profits, cherche à nous imposer la régression
par tous les moyens. Son système connaît une crise d’une
gravité telle que seule une lutte implacable nous permettra de
lui arracher des concessions.
Pour nous, salariés, syndicalistes, militants
politiques, toutes ces questions sont liées, et appellent d’autres
réponses que de simples déclarations de solidarité.
La préparation, de la part de nos organisations syndicales, d’une
riposte d’envergure, à commencer, par exemple, par une
grève générale de 24 heures, est devenue une nécessité
impérieuse. Plus que jamais, il faut mobiliser l’ensemble
des salariés contre cette hémorragie sociale et contre
le système qui en est responsable.
Hubert Prévaud CGT Toulouse
Publication : jeudi 16 septembre 2004