Une trentaine de personnes sont venues assister, jeudi 22 janvier dernier, à la conférence organisée par la campagne Pas touche au Venezuela ! et La Riposte sur le bilan de 10 années de révolution bolivarienne au Venezuela. Les intervenants étaient Greg Oxley, rédacteur-en-chef de La Riposte, et Pablo Cormenzana, militant du Courant Marxiste Révolutionnaire (CMR), du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), et dirigeant du Front Révolutionnaire des Usines Occupées (Freteco). Bruno Ameslant a assuré la traduction des propos de Pablo.
Les intervenants ont tout d’abord rappelé le contexte. Depuis 10 ans, la société vénézuelienne est en pleine effervescence. Elu sur la base d’un programme de réformes progressistes mais très limitées, Chavez a cependant été confronté, très rapidement, à de multiples tentatives de déstabilisation de la part des capitalistes vénézueliens et des impérialistes, pour qui même ces réformes limitées étaient de trop. Tout en faisant preuve d’une grande tolérance vis-à-vis de l’oligarchie, au lendemain de la tentative de coup d’Etat, en 2002, Chavez a toutefois proclamé son intention de faire passer la révolution à une étape supérieure. En 2005, il a expliqué vouloir construire le socialisme, notamment en nationalisant un certain nombre d’entreprises de première importance.
Outre l’opposition implacable de l’oligarchie, le problème est que le mouvement bolivarien se heurte à l’existence d’une caste de bureaucrates, qui pour la plupart étaient déjà présents à des postes importants avant l’arrivée de Chavez. Ces individus se déclarent partisans du mouvement bolivarien, mais dans les faits ils freinent autant que possible toutes les réformes proposées par Chavez. Par exemple, de nombreuses entreprises nationalisées sont dirigées de façon totalement bureaucratique, quand leur fonctionnement n’est pas purement et simplement saboté.
Face à cela, les travailleurs les plus conscients s’organisent pour exiger des nationalisations sous contrôle ouvrier. Ce mot d’ordre rencontre un écho important, et plusieurs usines – comme Inveval, qui fabrique des valves pour l’industrie pétrolière – sont d’ores et déjà sous contrôle ouvrier. Ces expériences sont particulièrement efficaces, car elles montrent aux travailleurs par des faits, et non plus seulement par des discours, qu’ils sont effectivement capables de gérer eux-mêmes les usines et d’organiser la production de façon bien plus efficace que les bureaucrates ou les patrons.
L’existence de ces usines sous contrôle ouvrier montre cependant les limites de leur cohabitation avec des entreprises capitalistes ou bureaucratiquement nationalisées. Inveval collabore avec PDVSA, le géant de l’industrie pétrolière vénézuelienne. Mais régulièrement, les dirigeants de PDVSA – pourtant publique – refusent les livraisons d’Inveval sous prétexte qu’elles seraient défectueuses. De même, tous les prétextes sont bons pour freiner la production en rendant plus difficile l’approvisionnement d’Inveval auprès de ses fournisseurs. Au travail de propagande en faveur du contrôle ouvrier s’ajoute donc une lutte permanente contre le sabotage, qui passe souvent par des recours directs à Chavez, au terme de démarches coûteuses en temps et en énergie. A terme, seule une nationalisation de grande ampleur des secteurs clés de l’économie, sous contrôle ouvrier, permettrait de faire face à la crise économique et de bloquer les tentatives de sabotage de l’oligarchie.
Malgré toutes ces difficultés, les travailleurs des usines occupées tirent un immense enthousiasme de leur expérience, et sont extrêmement motivés pour expliquer au mouvement ouvrier international comment fonctionne une usine sous contrôle ouvrier. Ces réunions ont d’ores et déjà un effet tangible. Par exemple, les travailleurs américains qui ont occupé l’usine Republic, à Chicago, en décembre dernier, ont expliqué qu’ils avaient eu cette idée à la suite d’une conférence donnée par des syndicalistes vénézuéliens du Freteco.
L’exposé de Pablo a suscité de nombreuses questions. Certains l’ont jugé un peu sévère à l’égard de la révolution vénézuélienne. Pablo a répondu que son objectif n’était pas de minimiser les avancées de la révolution. Incontestablement, les dix années de révolution bolivarienne ont permis une amélioration sensible des conditions de vie d’une grande partie de la population. Mais les inégalités et la corruption n’ont pas disparu, et l’opposition réactionnaire relève la tête. Dans les quelques Etats remportés par l’opposition, lors des élections locales de décembre 2008, les manoeuvres d’intimidation s’intensifient. Des dirigeants syndicaux ont été assassinés. Cela donne un avant-goût de ce qui se passerait à l’échelle nationale si l’oligarchie revenait au pouvoir.
Malgré ses spécificités, la situation du Venezuela est riche d’enseignements pour les travailleurs du monde entier. Elle montre que même en présence d’un régime favorable à leurs intérêts, les travailleurs ne doivent compter que sur eux-mêmes et sur leur propre organisation pour accomplir la transformation socialiste de la société.
Vinko Markov (PCF Paris 13)
Publication : dimanche 1er février 2009