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Manifeste international contre la guerre en Irak
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Manifeste international contre la guerre en Irak

Préface à l’édition française

L’invasion anglo-américaine aura des conséquences désastreuses pour la population irakienne. Après les douze ans d’embargo que l’ONU lui a infligés, et qui ont coûté la vie à plus d’un million de personnes - dont au moins 500 000 enfants de moins de cinq ans -, le peuple de ce pays meurtri doit aujourd’hui affronter l’effrayante puissance de feu des envahisseurs. Cette agression n’est ni une opération "anti-terroriste", ni une quelconque "libération" de l’Irak. Il s’agit d’une guerre de conquête et de rapine impérialiste, qui a pour objectif le contrôle des gigantesques réserves pétrolières du pays et la transformation de l’Irak en une base militaire américaine au cœur du Moyen Orient.

Avant d’être traduit et publié en français par les militants de La Riposte, le Manifeste international contre la guerre est paru, le 6 février 2003, sur le site internet In Defence of Marxism (www.marxist.com). Les principaux éléments développés dans ce document ont été confirmés par le cours ultérieur des événements. Ce Manifeste répond point par point aux justifications de la guerre présentées à l’opinion publique, notamment dans les pays belligérants, et expose les véritables intérêts qui se cachent derrière la propagande des gouvernements et de l’industrie de la communication. Mais le Manifeste ne se limite pas à l’analyse des causes du conflit. C’est aussi un appel à l’action et un programme socialiste et internationaliste d’opposition à la guerre. A ce titre, il mérite d’être diffusé le plus largement possible auprès de la jeunesse et des travailleurs de France.

Le conflit franco-américain que cette guerre a provoqué nécessite une explication. Pendant de longs mois, Chirac, Villepin, et d’autres représentants endurcis du capitalisme français nous ont fait part de leur profond attachement aux vertus du "règlement pacifique des conflits". Ce touchant spectacle ne devrait pas nous faire oublier que la France vend toujours des quantités importantes d’armes à des dictatures - comme elle en vendait à Saddam Hussein jusqu’en 1990 - et se trouve impliquée plus ou moins directement dans des conflits militaires en Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville, au Soudan et en Sierra Leone. Dans ce dernier cas, la France a appuyé le RUF de Taylor et Sankoh, qui sont responsables du massacre et de la mutilation de dizaines de milliers de civils. De même, on sait que la France était impliquée dans le massacre des Tutsis au Rwanda, qui a coûté la vie à plus de 500 000 personnes. A chaque fois que les intérêts de l’impérialisme français l’ont exigé, la France n’a pas hésité à faire la guerre. Et comme le font les Etats-Unis aujourd’hui, elle l’a fait avec ou sans l’aval de l’ONU. Si Chirac et la droite se sont opposés à cette guerre, la guerre en Irak, cela n’a donc rien à voir avec les droits de l’homme ou le souci de préserver des vies humaines.

Selon Le Monde du 12 février 2003, " l’arrivée éventuelle des concurrents américains après une guerre inquiète TotalFinaElf, l’un des groupes les plus actifs dans le pays, avec le russe Loukoil." En fait, depuis 1992, TotaFinaElf discute avec la dictature irakienne de l’exploitation de deux gisements qui se trouvent à Bin-Umar et Majnoun, dans la région de Bassorah, et à proximité d’Oum Kasr, le seul terminal maritime de l’Irak sur le golfe Persique. Ces réserves représenteraient respectivement 5 milliards et 7 à 8 milliards de barils, soit une quantité supérieure aux actuelles réserves mondiales de TotalFinaElf. Ainsi, la position française sur la guerre en Irak s’explique en premier lieu par le fait que l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis rendrait nuls et non avenus les contrats pétroliers négociés auprès du régime irakien et balayerait presque totalement ce qui reste de l’influence de l’impérialisme français au Moyen Orient.

Au moment de la rédaction du Manifeste, il semblait que Chirac, après quelques protestations formelles, finirait par s’aligner sur les positions américaines, et cette perspective est évoquée aussi bien dans le Manifeste que dans notre texte Les objectifs de guerre des grandes puissances au Moyen Orient (La Riposte, janvier 2003). Le 29 août 2002, le New York Times écrivait : "De nombreux stratèges français souhaitent un rapprochement avec l’administration Bush. L’attitude de la France envers Bagdad risque de durcir une fois qu’elle comprendra que la guerre est inévitable. Une source proche de l’Elysée a expliqué le dilemme français en ces termes : "Nous voudrions éviter une opération militaire, mais il va y en avoir une, alors que faire ? Nous voulons garder toutes les options ouvertes et ne pas trop critiquer la démarche américaine, afin de ne pas susciter des réactions négatives".

Chirac avait sans doute l’intention de "faire le difficile" dans un premier temps, et de conditionner la participation de la France à des concessions américaines susceptibles de compenser au moins partiellement la perte des accords pétroliers avec la dictature irakienne. Au début de l’année, Chirac a effectivement ordonné aux forces armées françaises de "se tenir prêtes" à intervenir aux côtés des armées anglo-américaines, et n’a jamais exclu la participation de la France à la guerre. Quinze jours à peine avant le déclenchement de l’invasion, Villepin déclarait que l’usage du veto français à l’ONU reviendrait à "tirer dans le dos des Américains". Cependant, Chirac a été rattrapé par l’évolution de la situation en France, où la montée en puissance de l’opposition à la guerre augmentait considérablement le coût politique d’un éventuel revirement de la position française. La droite française, avant tout soucieuse de poursuivre ses attaques contre l’emploi, les services publics, les retraites, la sécurité sociale, et les droits et conditions de travail des salariés, n’avait aucune envie de se retrouver dans la situation de Blair et Aznar ! Par ailleurs, les négociations entre l’Elysée et la Maison Blanche au sujet du partage du butin de guerre se sont avérées infructueuses. Pour l’administration américaine, il était hors de question de céder une partie significative des réserves pétrolières à la France, compte tenu de la faiblesse de ce que pouvait être l’apport français sur le plan des opérations militaires et du financement du carnage.

Les dirigeants du Parti Socialiste et du Parti Communiste, qui ont soutenu les guerres impérialistes menées contre la Serbie et l’Afghanistan, se sont opposés à l’invasion de l’Irak. Cependant, les positions - quasiment identiques - défendues par ces deux directions consistaient à s’aligner sur la politique de la droite et de Chirac, dont François Hollande et Marie-Georges Buffet n’ont cessé de saluer le "courage" et la "fermeté" face à la politique de Bush. Les textes et déclarations des dirigeants socialistes et communistes étaient parsemés d’allusions à l’impérialisme américain, mais ne disaient rien des intérêts tout aussi impérialistes que la "diplomatie" française défend dans son opposition à Bush. Or, dans un conflit entre deux impérialismes, il est absolument inadmissible, d’un point de vue socialiste et internationaliste, d’apporter un quelconque soutien à l’un ou à l’autre camp. Plutôt que de se transformer en cinquième roue du carrosse élyséen, le devoir de la gauche française était d’expliquer inlassablement les véritables intérêts et motivations des impérialismes américain et français, et de présenter aux salariés et à la jeunesse un programme de classe indépendant contre la guerre et contre Chirac, dont la politique extérieure n’est que le prolongement de sa politique intérieure, à savoir une défense implacable des intérêts du capitalisme français. Or, dans l’Humanité, des critiques acerbes de la politique intérieure de la droite française côtoyaient quotidiennement les éloges les plus enthousiastes de sa politique étrangère ! Au lieu de chercher à rendre les travailleurs et les jeunes plus conscients de l’opposition inconciliable entre leurs intérêts et ceux des capitalistes français, la démarche des dirigeants des partis de gauche a consisté, à l’inverse, à noyer cette opposition dans les brumes de la "position française".

Chez les dirigeants du PCF et du PS, la "lutte" contre la guerre s’est concentrée sur la question du "veto français" au Conseil de Sécurité de l’ONU. En même temps, ils ont exigé avec insistance la poursuite du "désarmement de l’Irak" que réclamaient les Etats-Unis - en même temps qu’ils préparaient, aux frontières de ce pays dévasté et affamé, une force d’invasion massive. Or le veto n’a jamais eu lieu, puisque les Etats-Unis ont décidé de ne pas présenter une nouvelle résolution à l’ONU. La "stratégie" des dirigeants de gauche, qui dépendait entièrement des choix tactiques de la Maison Blanche, a donc disparu de vue aussi rapidement, aussi complètement, et en faisant aussi peu de bruit qu’une bulle de savon qui éclate. Ceci dit, même si Bush avait présenté une résolution à laquelle la France aurait opposé son veto, cela n’aurait pas changé quoi que ce soit. L’idée du veto pour " empêcher cette guerre " était un non-sens. Certes, Bush aurait préféré que la France participe à la guerre afin de mieux camoufler ses objectifs impérialistes, mais les Etats-Unis n’avaient nullement besoin de la France sur le plan militaire. Le budget militaire de la France ne représente que 7% du budget militaire américain. Comparé à celui des Etats-Unis, l’apport français à la guerre contre l’Afghanistan était anecdotique, et il en aurait été de même en Irak.

Comme l’explique le Manifeste, l’ONU n’est pas une institution neutre. Les sentiments mielleux figurant dans sa Charte sont destinés à dissimuler sa véritable nature. Il s’agit d’une structure entièrement dominée par les grandes puissances, et qui fonctionne dans l’intérêt de celles-ci. Malheureusement, les dirigeants du PS et du PCF continuent de présenter l’ONU comme une institution progressiste. Et pas seulement eux. Selon une déclaration signée et diffusée par la LCR et ATTAC - entre autres - en février 2003, " la démilitarisation, les conflits, la sécurité, la paix au Moyen Orient et le droit des peuples devraient être traités dans le cadre strict de l’ONU, par des moyens politiques, en respectant le droit international et la justice." Or l’ONU est trempée de la tête aux pieds dans le sang des peuples, et en particulier des peuples des pays les plus pauvres. L’ONU n’est pas et ne peut pas être plus "progressiste" que les puissances qui la dominent. Au contraire, il s’agit d’une organisation réactionnaire qui regroupe les ennemis des travailleurs et de la jeunesse du monde entier. Qui ne comprend pas cela ne comprend rien aux relations internationales. Peut-on faire confiance à Blair, Bush, Poutine, ou Chirac ? Bien évidemment pas. Mais alors, pourquoi leur faire confiance lorsqu’ils se rassemblent sous le drapeau de l’ONU ?

L’attitude des dirigeants du PS et du PCF envers l’ONU n’est qu’un prolongement de leur attitude à l’égard des relations entre les classes, ici, en France. Pour eux, de même que la paix dans le monde doit être assurée par la concertation, dans le cadre de la "légalité" de l’ONU, ils pensent que les conflits de classe peuvent être résolus par les vertus du "dialogue" entre "partenaires sociaux". En invitant les travailleurs et les jeunes à soutenir l’ONU, en l’auréolant de la "légitimité de la communauté internationale", les dirigeants socialistes et communistes veulent faire croire à la possibilité de changer la nature essentielle du capitalisme par le dialogue et la concertation. Or, la vérité, c’est que la guerre impérialiste fait tout autant partie du capitalisme que la propriété privée et la concurrence.

On peut difficilement imaginer une vision du monde plus superficielle que celle qui consiste à diviser les grandes puissances du monde en deux "camps" : celui de la paix et celui de la guerre. La frontière entre les deux "camps" ne cesse de se déplacer au gré des intérêts et des buts poursuivis par les puissances en question. L’impérialisme français voulait "paisiblement" empocher les réserves pétrolières de l’Irak tout en se préparant à la guerre en Côte d’Ivoire. Poutine voulait la paix en Irak tout en faisant la guerre en Tchétchénie. L’Allemagne ne participe pas à la guerre, et se contente de vendre "paisiblement" des armes aux pays belligérants. Les Etats-Unis bombardent et envahissent l’Irak, mais seulement dans le but de pouvoir "garantir la paix" par la suite. Enfin, lorsque les grandes puissances ne sont pas en guerre, la "paix" qui règne dans le monde sous-développé se caractérise par la violence permanente et omniprésente qu’une minorité privilégiée inflige à l’écrasante majorité des populations. L’ONU, ce magnifique instrument de l’entente entre les peuples, n’a-t-elle pas froidement et "pacifiquement" programmé la famine et la mort, en Irak, par le biais de l’embargo ?

L’ONU ne permet pas de surmonter la rivalité entre les grandes puissances. Certes, tant que le partage du monde entre les sphères d’influence des grandes puissances peut se faire sans nuire aux intérêts fondamentaux des unes et des autres, la fiction de la "concertation" peut être maintenue. Il est cependant totalement inconcevable que l’ONU puisse empêcher une guerre dès lors que les intérêts d’une grande puissance sont en jeu, surtout s’il s’agit de la plus puissante d’entre elles, à savoir les Etats-Unis.

L’impérialisme américain a besoin de vaincre et d’occuper l’Irak, de contrôler ses réserves pétrolières, de disposer d’une base d’opérations militaires de grande envergure, et de contrecarrer au passage les ambitions impérialistes de la France dans la région. Ces considérations pèsent beaucoup plus lourd que les opinions de ses rivaux au sein du Conseil de Sécurité. Bush et Powell étaient très clairs à cet égard  : si le Conseil de sécurité les soutient, expliquaient-ils, tant mieux - sinon, l’invasion aurait quand même lieu. L’impérialisme français avait exactement la même attitude envers l’ONU lors de sa guerre contre le peuple algérien. S’agissant de l’actuelle invasion de l’Irak, ce sont les Etats-Unis qui sont dans la position de l’agresseur, et l’impérialisme français qui s’habille en défenseur de la paix. Mais en 1956, lors de la crise de Suez, les rôles étaient inversés. Lorsque Nasser a nationalisé le Canal de Suez, la France et la Grande-Bretagne ont projeté d’envahir l’Egypte et d’occuper la zone située autour du canal. Les Etats-Unis étaient opposés à un renforcement de la présence franco-britannique dans la région. A l’ONU, la France a usé de son veto pour bloquer l’opposition américaine, et a lancé l’invasion contre l’Egypte, qui s’est soldée, en l’occurrence, par un cinglant échec. Par la suite, Nasser a nationalisé les intérêts français et britanniques en Egypte. Plus récemment, la France a obtenu un mandat de l’ONU pour l’occupation militaire du Rwanda, après avoir fait clairement comprendre que, de toute façon, avec ou sans l’ONU, l’armée française allait s’y installer.

Dans le contexte international actuel, une exacerbation des tensions entre les classes et entre les Etats, et une multiplication de conflits armés sont absolument inévitables. Le conflit entre la France et les Etats-Unis en est un exemple parmi bien d’autres. Notons au passage, et sans vouloir accorder plus d’importance qu’elles n’en méritent aux idées défendues par les admirateurs de Monsieur Toni Négri, que la grave crise internationale provoquée par la question irakienne réduit à néant la théorie de l’"Empire supranational". Cet "Empire" n’existe pas et n’existera jamais. Même l’Union Européenne n’est pas réellement unie, et ne pourra jamais l’être sur la base du capitalisme. Les gouvernements de Grande-Bretagne, d’Espagne et d’Italie se sont appuyés sur les Etats-Unis pour renforcer leur position par rapport à la France et l’Allemagne au sein de l’Union. Chaque classe capitaliste nationale cherche à défendre ses intérêts au détriment de ses rivales.

Les répercussions économiques, sociales et politiques de la guerre se feront sentir, d’une façon ou d’une autre, dans tous les pays du monde. En Europe, le taux de croissance de nombreuses économies nationales est suffisamment proche de 0% pour que la guerre les fasse basculer dans le négatif. La jeunesse et les travailleurs de pratiquement tous les pays européens sont, dans leur grande majorité, hostiles à cette guerre, et les gouvernements qui ont soutenu la politique de Bush - notamment en Espagne, en Italie, et en Grande-Bretagne - se trouvent dos au mur face à l’ampleur massive des mobilisations contre la guerre.

Au Moyen Orient, si les causes fondamentales de l’invasion de l’Irak sont liées à l’instabilité croissante de cette région, la guerre ne peut en retour qu’aggraver cette instabilité. Le ralentissement de l’économie mondiale a eu des conséquences dramatiques dans tous les pays du Moyen Orient, entraînant une dégradation sensible du niveau de vie de la population. Les répercussions de la guerre sont en train de déstabiliser certains régimes. C’est le cas de la Jordanie, où des manifestations populaires, violemment réprimées par l’armée et la police, ont eu lieu presque quotidiennement depuis le début de la guerre. Dans le cadre du programme "pétrole contre nourriture", l’Irak absorbait 20% des exportations jordaniennes. La moitié du pétrole irakien importé par la Jordanie était gratuit, et l’autre moitié n’était facturé qu’à 19 dollars le baril, ce qui est bien en dessous des prix mondiaux. La suspension de ce programme a fait plonger l’économie jordanienne. Ceci explique le revirement de Bush et Blair sur cette question. Le rétablissement du programme "en fonction de la situation militaire" vise également à utiliser l’approvisionnement en eau, en nourriture et en médicaments comme une forme de chantage vis-à-vis des populations des villes assiégées. Le jour même de l’annonce de la reprise du programme "pétrole contre nourriture", les bombardiers britanniques ont détruit des entrepôts alimentaires à Bassorah. En tout cas, la décision vient peut-être trop tard pour renforcer la position du roi Abdullah. Prise en tenaille entre ses engagements auprès de l’administration américaine et la pression montante de la rue, la monarchie jordanienne vacille. Le 23 mars, donnant suite aux exigences américaines, le roi a ordonné l’expulsion de la représentation diplomatique irakienne. Mais la réaction immédiate de la population face à cette nouvelle démonstration de servilité l’a obligée, dès le lendemain, à inviter l’Irak à remplacer par d’autres les diplomates renvoyés. La crise, en Jordanie, s’aggravera dans les semaines et les mois à venir. Dans un pays où la majorité de population est d’origine palestinienne, il n’est pas impossible que la monarchie soit renversée.

En Arabie Saoudite, également, la situation est explosive. Pendant de longues décennies, le régime saoudien était considéré comme inébranlable. Grâce aux revenus pétroliers, l’infrastructure économique du pays se développait et le niveau de vie augmentait. Aujourd’hui, l’économie est en crise, avec un taux de chômage de 15% - sans compter les femmes ! - et une très nette baisse du niveau de vie de la vaste majorité de la population. Des grèves, des émeutes, et même des mutineries ont eu lieu, et la classe dirigeante est profondément divisée sur la question des moyens de faire face à la contestation montante. Le fondamentalisme wahhabite est l’une des expressions de cette division. C’est l’instabilité croissante de l’Arabie Saoudite qui a convaincu l’administration américaine de l’impérieuse nécessité - en dépit de tous les risques que cela comporte - d’envahir l’Irak et de contrôler ses ressources pétrolières. Mais, justement, la guerre pourrait bien précipiter la chute du régime saoudien.

Enfin, en Egypte, la vague de privatisations et la politique de restrictions budgétaires mises en œuvre par le gouvernement, conjuguées aux effets de la crise économique générale, forment l’arrière plan des manifestations massives qui ont eu lieu au Caire et dans les principales villes du pays. La monnaie nationale est minée : 35% des transactions se font en dollars ou en euros, ce qui frappe de plein fouet le pouvoir d’achat des couches les plus démunies de la population. La jeunesse et les travailleurs descendent dans la rue pour dénoncer non seulement l’agression contre l’Irak, mais aussi la passivité complice du gouvernement égyptien vis-à-vis de l’impérialisme américain. En décembre, Moubarrak, déclarait qu’en cas de guerre contre l’Irak, "aucun dirigeant arabe ne saurait retenir la colère de son peuple". Cette prévision s’est avérée exacte.

Le processus révolutionnaire dans les pays arabes n’en est qu’à ses débuts. Sans dirigeants, sans programme préétabli, la mobilisation populaire sera nécessairement ponctuée par des échecs et des périodes de reflux temporaire. Cependant, on ne doit pas se tromper sur le sens de ces développements. Ils signifient que la guerre en Irak pose les prémisses d’une nouvelle époque dans l’histoire du Moyen Orient, une époque où les masses, arrachées à la torpeur des temps "ordinaires" par les événements extraordinaires que sont la guerre et l’effondrement économique, entreront sur l’avant-scène de l’histoire et tenteront de prendre en main leurs destinées. Autrement dit, le Moyen Orient entre dans une période qui sera marquée par de grands bouleversements sociaux et qui ouvrira la possibilité d’une transformation socialiste de la société. Dans le contexte actuel, le renversement du capitalisme dans un seul pays du Moyen Orient suffirait pour modifier de fond en comble le rapport de force entre les classes sociales dans toute la région. Inspirant les peuples, il jetterait tous les régimes en place sur la défensive.

En Europe, au Moyen Orient, et partout dans le monde, l’invasion de l’Irak a réveillé la conscience de millions de jeunes et de travailleurs, dont beaucoup s’investissent pour la première fois de leur vie dans l’action politique. Le succès des mobilisations et l’intérêt suscité par le Manifeste international contre la guerre en Irak, qui a été traduit en une quinzaine de langues, témoignent, chez les opposants à la guerre, d’une grande soif de comprendre et d’agir. Le problème fondamental qui se pose, en France et ailleurs, est celui du caractère politique des directions des organisations des travailleurs. Comme Blair en Grande-Bretagne et Schröder en Allemagne, Hollande, Strauss-Kahn et Fabius acceptent le capitalisme et ne veulent pas le combattre. Dans la pratique, la direction du PCF ne présente aucune alternative sérieuse à la politique du PS, comme l’a montré son comportement dans le gouvernement Jospin, et comme le montre également sa politique sur la question de la guerre en Irak.

Tant que cette situation durera, la gauche ne pourra pas accomplir la mission qui devrait être la sienne : défendre les intérêts des jeunes, des salariés et des retraités face aux conséquences du capitalisme, lutter contre la politique de la droite - y compris sa politique étrangère - et ouvrir la perspective de la transformation socialiste de la société. Nous voulons construire un mouvement autour d’un programme authentiquement socialiste, chez les jeunes, chez les travailleurs, dans les syndicats et dans les partis de gauche. La Riposte et les organisations de près d’une trentaine de pays qui partagent ses idées militent de toutes leurs forces contre le capitalisme et pour rétablir dans le mouvement ouvrier les traditions du socialisme et de l’internationalisme. Nous ne doutons pas que l’analyse et le programme défendus dans le Manifeste attirera l’attention de nombreux jeunes et travailleurs à la recherche d’une organisation internationale sérieuse, car il n’y a pas d’action révolutionnaire sans théorie, perspectives et programme révolutionnaires.

Comité de Rédaction,
La Riposte,
le 28 mars 2003

Cette guerre peut-elle être justifiée ?

L’argument “démocratique”

La question nationale

Une guerre sans victimes ?

Des méthodes de bandits

Contradictions dans le camp impérialiste

L’ONU discréditée

Démocratie et impérialisme

Propagande et diplomatie

Le capitalisme signifie la guerre

"Les fusils avant le beurre !"

Contre l’impérialisme, le militarisme et le capitalisme !

Imprimez et diffusez ce manifeste !

Cette guerre peut-elle être justifiée ?

La guerre que les Etats-Unis préparent est un acte d’agression flagrant contre le peuple irakien. Elle n’a pas un atome de contenu progressiste. Les arguments utilisés pour justifier cette guerre monstrueuse n’ont strictement aucune valeur. L’envoi des inspecteurs de l’ONU n’était qu’un simple prétexte destiné à tromper l’opinion publique pendant que les Américains procédaient à leur implantation militaire dans le Golfe. Cette guerre n’a absolument rien à voir avec les armes de destruction massive. Quoiqu’ils fassent, les Irakiens seront bombardés et envahis.

Les "inspections" sont apparues pour ce qu’elles sont : une farce. Pas une seule preuve crédible n’a été trouvée. L’ancienne équipe d’inspecteurs déclarait avoir détruit 95% des armes de destruction massive détenues par l’Irak. Très peu d’entre elles ont pu échapper à leurs contrôles. Dans tous les cas, après plus de dix ans de sanctions, le potentiel militaire de l’armée irakienne a été grandement réduit. Il ne peut représenter une menace directe pour les Etats-Unis, qui possèdent une réserve colossale d’armes de destruction massive.

Les plans détaillés de l’invasion et de l’occupation de l’Irak ont été préparés bien avant Noël, c’est-à-dire avant que Blix et sa clique d’inspecteurs commencent leur tâche. Par conséquent, il est évident que la question des armes n’a rien à voir avec l’agression américaine contre l’Irak. L’objectif central a toujours été un changement de régime - c’est-à-dire la chute de Saddam Hussein et son remplacement par une marionnette américaine.

Blix et son équipe, qui prétendent à l’impartialité, jouent en fait le rôle de provocateurs. Les Irakiens sont constamment provoqués ; on cherche à les pousser à répondre par un acte de force. Cela serait immédiatement utilisé par l’administration de Bush comme un prétexte pour commencer les hostilités. Bagdad les a accusés d’espionnage, ce qui est probablement vrai. Leur véritable fonction n’est pas d’empêcher la guerre, mais d’en fournir le prétexte.

La tentative de dépeindre la guerre contre l’Irak comme faisant partie de la "guerre contre le terrorisme" est tout aussi absurde. Il n’y a pas une seule preuve du lien entre l’Irak et Al-Qaïda. Les tentatives de la CIA pour établir un tel lien frôlent le ridicule. Le groupe d’Al-Qaïda qu’ils prétendent avoir trouvé dans le nord de l’Irak n’est même pas sur un territoire dépendant de la juridiction irakienne. Cela n’a rien étonnant : le régime irakien est bien connu pour sa laïcité et ses mauvais rapports avec les fondamentalistes.

Un an et demi aurait dû suffire pour trouver des preuves impliquant les Irakiens dans les événements du 11 septembre. Pourtant, aucune preuve n’a été avancée. Il n’y avait pas un seul citoyen irakien parmi les terroristes qui ont détourné les avions sur le World Trade Center. Par contre, il y avait pas mal de saoudiens. Cependant, les Etats-Unis s’apprêtent à bombarder Bagdad, et non Riad !

L’argument “démocratique”

L’argument selon lequel cette guerre a pour but d’instaurer une démocratie en Irak est également sans fondement. L’idée que l’impérialisme américain pourrait apporter la démocratie au peuple irakien serait comique si ses implications n’étaient aussi graves. L’intention de Bush et compagnie n’est pas d’introduire un véritable régime démocratique à Bagdad, mais d’installer - comme en Afghanistan - un "gouvernement fantoche" qui dépendra de Washington et obéira à tous ses ordres. De la part de George W. Bush, les reproches à l’égard la dictature irakienne relèvent de la plus flagrante hypocrisie.

Bush et Blair versent des larmes de crocodile sur l’absence de démocratie en Irak, mais ne s’aperçoivent pas de son absence en Arabie Saoudite, leur grand allié dans la région, où les élections et la liberté de parole sont inconnues, où les femmes n’ont le droit ni de travailler, ni de conduire une voiture, et où elles sont lapidées à mort en cas d’adultère. Et que dire de leur autre grand allié, la Turquie ?

En matière de droits de l’homme, la classe capitaliste turque bat tous les records. Elle a tué, torturé et emprisonné plusieurs milliers de syndicalistes, a massacré des prisonniers dans leur cellule, et mené pendant des décennies une guerre sanglante contre les Kurdes. Néanmoins, elle s’apprête à prendre place aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans leur croisade pour la démocratie et pour... les droits des Kurdes ! Ce petit détail est en soi un témoignage suffisant pour dévoiler la faillite morale et l’horrible hypocrisie de toute cette entreprise. 

L’argument selon lequel Saddam Hussein est un horrible dictateur tiendrait un peu plus la route si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne l’avaient pas soutenu, financé et armé lorsqu’il bombardait les Kurdes avec des armes chimiques. En fait, une grande partie de ses armes provenaient des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne (et notamment ses approvisionnements d’anthrax).

Toute l’histoire démontre que l’impérialisme américain n’a aucun problème avec les dictateurs, à condition qu’ils soutiennent ses ambitions et intérêts. L’argument de la démocratie n’a donc aucune validité lorsqu’il est avancé par la classe dominante américaine. Le renversement de Saddam Hussein est la tâche du peuple irakien - et de personne d’autre.

La question nationale

Les intérêts du peuple irakien ne rentrent évidemment pas en compte dans les calculs de l’impérialisme. Les impérialistes ne sont les amis d’aucun peuple. Certes, ils utilisent parfois les aspirations nationales des peuples, comme les Kurdes et les Chiites d’Irak, pour leurs propres objectifs. Ces peuples ne devraient jamais placer leur confiance dans la "bonne volonté" des impérialistes, lesquels sont totalement indifférents à leurs souffrances et aspirations.

N’oublions pas le silence des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, dans les années 80, lors des bombardements des populations kurdes par le régime irakien au moyen d’armes chimiques. Leur très lucratif commerce d’armement avec Saddam Hussein était alors la priorité, et ils n’ont pas montré le moindre intérêt pour le sort des Kurdes.

En 1983, l’actuel ministre de la défense, Donald Rumsfeld, rendait visite à Saddam au moment de sa campagne d’agression au gaz contre les soldats iraniens. Saddam Hussein était alors considéré comme un allié fidèle - pourvu qu’il tue des Iraniens. Les Américains et les Britanniques ont accordé des crédits à Saddam Hussein pour qu’il achète des armes, et lui ont offert toutes sortes d’aides militaires. De la même manière, les Etats-Unis ont soutenu, armé et financé Ben Laden et les Talibans - pourvu qu’ils tuent des Russes en Afghanistan. Les impérialistes américains sont les vrais créateurs de ces personnalités qu’ils diabolisent maintenant comme étant des terroristes ou des membres de l’Axe du Mal.

L’année précédant la guerre du Golfe, les Etats-Unis ont envoyé à Saddam des moteurs d’hélicoptère, 21 lots d’éléments d’anthrax et des tonnes de gaz asphyxiant. Ils lui ont également fourni des renseignements à partir de leurs bases de reconnaissance AWAX en Arabie Saoudite. Les Américains et les Britanniques ne peuvent invoquer l’ignorance. Ils étaient au courant de tous les crimes de cette dictature. A la veille du massacre kurde à Halabja, en 1988, Londres a envoyé un ministre à Bagdad afin de discuter commerce avec Saddam. Celui-ci venait d’organiser le meurtre de 5000 Kurdes par attaque gazeuse, mais ils lui ont quand même accordé un crédit de £340 millions additionnels pour des échanges commerciaux, et les Américains un milliard de dollars.

En décembre dernier, le gouvernement américain a confisqué les 12 000 pages fournies par l’Irak concernant leur programme d’armement. L’excuse : c’était de l’information "sensible" qui nécessitait "un petit travail d’édition". Dans les faits, ce travail fut tellement poussé qu’ils n’ont livré que le quart des documents aux membres non-permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ! Ils devaient en effet cacher le fait que plus de 150 compagnies (américaines, britanniques, et autres) avaient été impliquées dans l’approvisionnement de l’Irak en armes nucléaires et chimiques - souvent par des transactions illégales, comme l’a révélé le scandale du "super-gun" en Grande-Bretagne. Ils souhaitent couvrir les traces qui exposeraient leur longue complicité avec le régime de Saddam Hussein et son programme d’armement.

Toutes les protestations concernant les crimes de la dictature irakienne relèvent d’une hypocrisie cynique poussée à son plus haut degré. L’invasion planifiée de l’Irak n’a rien à voir avec la démocratie ou l’humanitarisme. Ce n’est là qu’un simple exercice de cynisme politique de la part des grandes puissances. De fait, ce sont les impérialistes britanniques qui, les premiers (dans les années 20), ont initié la politique brutale de bombardement des villages kurdes. Il est de notoriété publique qu’en 1919, lors de la présence britannique dans la région, Winston Churchill, alors Ministre de la Guerre, prônait l’utilisation d’asphyxiants sur ce qu’il appelait "les tribus barbares" - ainsi nommait-il le peuple kurde. C’était d’ailleurs le premier bombardement systématique de civils de l’histoire. 

En 1991, après la défaite irakienne, les populations chiites du sud de l’Irak ont été encouragées à renverser le pouvoir central. Mais, sous la pression de l’Arabie Saoudite, qui redoutait une croissance de l’influence chiite (et iranienne) en Irak, les Américains ont fait machine arrière et ont permis aux forces de Saddam Hussein d’écraser le soulèvement chiite. Comment peut-on, après cela, assurer que les impérialistes se soucient du sort des minorités nationales en Irak ?

Une guerre de conquête dirigée par les Etats-Unis n’aidera pas les nationalités opprimées de ce pays. Elles seront manipulées et utilisées pour vaincre les forces irakiennes sur le terrain et limiter ainsi le nombre de victimes américaines (c’est tout au moins ce qu’ils espèrent). Mais une fois cette tâche accomplie, elles se retrouveront de nouveau abandonnées et trahies.

Soyons clair : ce serait un acte de trahison que de présenter cette guerre comme un moyen d’aboutir à l’auto-détermination des Kurdes. La Turquie, grand allié des Etats-Unis dans la région, ne le permettrait jamais. Les capitalistes turcs n’envisagent pas de participer à cette guerre par amour de la démocratie, et encore moins par amour des Kurdes ! Elle convoite les gisements de pétrole de Kirkouk et de Mossoul, que les Kurdes revendiquent eux aussi. Ankara l’a dit ouvertement : l’armée turque envahira et écrasera les Kurdes s’ils essayent de s’emparer de ces gisements - sous le regard passif des généraux américains.

Nous défendons le droit du peuple kurde à avoir son propre territoire, mais nous soulignons que cela ne peut se faire que par un renversement révolutionnaire des régimes réactionnaires de Bagdad, Téhéran et Ankara. Sur des bases capitalistes, il ne peut y avoir de véritable solution au problème kurde. Les Kurdes doivent s’unir avec les classes ouvrières de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran dans leur lutte pour un pouvoir ouvrier et paysan. Sur les bases d’une fédération socialiste, il serait possible d’aboutir à une République Socialiste Kurde autonome, qui posséderait tout les droits démocratiques et nationaux - y compris celui de faire sécession, si elle le souhaite.

Ceux qui expliquent que le seul moyen d’obtenir l’auto-détermination des minorités nationales de cette région est de soutenir l’impérialisme contre Bagdad - ceux-là trompent le peuple. C’est une politique criminelle et réactionnaire qui entraînera les Kurdes et les Chiites dans une nouvelle impasse. Il n’y a aucune issue pour les Kurdes, les Chiites et les autres peuples de la région sur de telles bases.

Une guerre sans victimes ?

Dans la mesure où les impérialistes américains et britanniques font face à de fortes résistances chez eux, ils s’efforcent de convaincre l’opinion publique que cela ne va être qu’un petit " raid chirurgical " dirigé exclusivement sur des cibles militaires. Ainsi, la population civile ne souffrirait pas et se précipiterait dans les rues pour recevoir leur "libérateur" occidental les larmes aux yeux et des bouquets de fleurs pleins les bras. Cependant, comme toujours, il y a un abyme entre la propagande officielle et la réalité.

Bien que la presse n’en parle pas, l’aviation américaine et britannique bombarde continuellement l’Irak depuis plus de dix ans. L’an dernier, la Grande-Bretagne a dépensé quatre millions de livres par semaine dans ces activités criminelles. Durant la même période, plus d’un million d’enfants irakiens sont morts en conséquence des sanctions cruelles qui ont paralysé l’économie et poussé une nation autrefois prospère dans la pauvreté et le désespoir. Aujourd’hui, Bush et Blair ne s’en contentent plus, et se préparent à un nouvel assaut sanglant.

La classe dirigeante américaine est bien évidemment soucieuse de faire le moins de victimes possible : c’est à dire de victimes américaines. Elle va donc vouloir commencer, comme d’habitude, par une campagne dévastatrice de bombardement destinée à "ramollir" les défenses aériennes, les communications et les quartiers généraux irakiens, avant de déployer les forces américaines et alliées dans le pays, dans un ensemble de manœuvres conçues par les stratèges américains pour isoler le commandement irakien dans des "poches" de plus en plus étriquées. Leur plan impliquerait quatre divisions américaines et une division blindée britannique. Les forces britanniques incluraient la 7ème brigade - "les Rats du Désert" - et plus de 200 chars Challenger, ainsi que des éléments du corps d’élite SAS.

Le nombre réel de victimes civiles sera beaucoup plus élevé que ce qui est suggéré. Selon un rapport du Pentagone, au cours des premières 48 heures, 800 missiles téléguidés tomberont sur l’Irak. Cela équivaut à plus de deux fois le nombre total de missiles lancés lors de la campagne de 40 jours de 1991. Tous les discours sur les soi-disant "bombes intelligentes" ne sont que des inventions destinées à convaincre l’opinion publique qu’il y aura très peu de victimes civiles. C’est un non-sens. Il est bien connu que la propagande au sujet des "bombes intelligentes", lors de la dernière guerre en Yougoslavie, était destinée à tromper l’opinion.

Le vrai but des envahisseurs a été révélé par un porte-parole du Pentagone, qui a dit qu’ils avaient l’intention de briser l’Irak " physiquement, émotionnellement et psychologiquement ". Un stratège militaire du nom de Harlan Ullman a déclaré : "On ne sera nulle part en sécurité à Bagdad. Une opération de cette échelle n’a jamais été réalisée jusqu’ici. Il s’agit de destructions massives et simultanées, étalées non pas sur des jours ou des semaines, mais plutôt sur des minutes, comme celles provoquées par l’arme nucléaire à Hiroshima." Et George Bush affirme qu’il est prêt, "si nécessaire", à utiliser des armes nucléaires. Tel est le véritable visage qui se cache derrière le masque souriant de la "démocratie humanitaire."

Le coût humain de cette guerre sera sûrement terrifiant. Un rapport confidentiel de l’organe de Santé des Nations Unis, cité par John Pilger dans le Daily Mirror (29 janvier 2003), estime que "près de 500 000 personnes pourraient avoir besoin de traitement en conséquence de blessures directes ou indirectes." En outre, le nombre total de morts et de blessés sera beaucoup plus élevé que le nombre de personnes directement tuées par les bombardements.

Suite à la dernière Guerre du Golfe, les Américains et leurs alliés ont laissé sur les champs de batailles irakiens entre 300 et 800 tonnes d’Uranium-238. Les conséquences, sur la population irakienne, ont été désastreuses. L’uranium appauvri provoque des cancers du sang, des os et du foie. Il dégage des nuages de minuscules particules radioactives qui contaminent les poumons. Il est pratiquement impossible de le détruire, et de nombreuses régions de l’Irak sont donc contaminées pour longtemps par la radioactivité.

Des pédiatres, à Basra, ont rapporté une augmentation de 1200% des cas de cancer et de leucémie infantile depuis la dernière guerre. Le nombre de cas de malformation à la naissance a doublé dans les régions où l’uranium a été utilisé. Des bébés sont nés sans yeux ou sans cerveau. Ce genre de phénomène était inconnu avant 1991. Du fait des monstrueuses sanctions imposées sur l’Irak après la guerre, les docteurs irakiens ne reçoivent ni les machines anti-radioactives, ni les antibiotiques, ni les médicaments thérapeutiques requis pour soigner ces enfants.

Ces effets sont bien connus des experts américains, puisqu’ils ont été étudiés avant la dernière guerre. Cela nous révèle tout ce que nous avons besoin de savoir à propos des sentiments humanitaires des leaders de notre civilisation occidentale. Aujourd’hui, ils prévoient d’infliger de nouvelles horreurs à un peuple déjà traumatisé.

Ces derniers mois, les bombardements de cibles irakiennes et les missions dans les "zones d’exclusion aérienne" du nord et du sud ont augmenté de 40%. Cela a déjà fragilisé les installations défensives, ce qui permettra aux envahisseurs d’accéder rapidement au centre de l’Irak. Nous avons souligné, il y a quelques temps, que les récents bombardements représentaient en fait les premiers tirs de la guerre contre l’Irak. Cela a été confirmé. Toute l’agitation autour de l’ONU n’était qu’un écran de fumée derrière lequel Washington se pressait de mettre en place ses installations militaires. Dans les faits, la guerre a déjà commencé.

Des méthodes de bandits

Dans la période de dégénérescence de l’empire romain, le pouvoir était détenu par des empereurs corrompus et sans scrupules qui se comportaient comme d’ordinaires bandits. Aujourd’hui, les principaux représentants politiques de la classe dirigeante américaine forment une association de malfaiteurs qui ont acquis leurs principes moraux dans la jungle du monde des affaires. Cette morale de bandits, dont nous avons vu l’application dans l’affaire Enron, nous les voyons la mettre à l’œuvre dans la grande arène de la politique mondiale.

Ces gens sont des parvenus ignorants, mesquins et vulgaires - à l’image de la classe dont ils sont issus. Il leur manque la finesse des vieux patriciens, des Roosevelt et des Kennedy. Autrefois, ces derniers menaient le même genre de politique avec davantage d’habileté. La main de fer était habillement cachée dans le gant de velours de la diplomatie. Aujourd’hui, ils la jettent brutalement sur la table et aux visages. Ceci a l’avantage de révéler la vraie nature de l’impérialisme à tout ceux qui ont des yeux pour voir et un cerveau pour comprendre. Les actuels dirigeants de l’impérialisme américain sont des personnes vénales dont les vues se limitent au cadre de leur compte en banque et dont la compréhension de la politique mondiale ne dépasse guère l’usage de la force brute. Nombre d’entre eux sont impliqués dans des grosses affaires d’abus de biens sociaux. Mais au lieu d’être condamnés par la justice, ils se maintiennent à la tête de la nation la plus puissante au monde. Tel est le spectacle de la politique mondiale dans la première décennie du XXIe siècle.

Le comportement de la clique mafieuse de la Maison Blanche se rapproche singulièrement de celle des barons malfaiteurs du Moyen-Âge (les vrais ancêtres historiques de la mafia). Mais alors que les anciens barons étaient d’une certaine façon entravés dans leur action par la nature primitive de leur armement et la petite taille de leurs royaumes, nos condottieri modernes s’appuient sur l’arsenal d’armes de destruction massive le plus puissant jamais connu dans l’histoire de l’humanité. Leur monnaie d’échange est la politique cynique de la force, appuyée par la diplomatie du canon. Ils déchirent les traités sans sourciller, déclarent la guerre à un pays sans le moindre prétexte et vont ensuite se coucher d’un sommeil lourd qu’aucune mauvaise conscience ne vient troubler. Tels sont les hommes et les femmes qui tiennent aujourd’hui entre leurs mains les destinées du monde !

Ce n’est pas par hasard que la clique dirigeante de Washington est composée d’hommes et de femmes du monde du pétrole. George W. Bush, le fils du grand magnat du pétrole George Bush senior, est aussi le fondateur de la compagnie pétrolière Arbusto, un ancien actionnaire de Spectrum 7 Energy, et enfin un ancien dirigeant de Harken Oil and Gas. Son vice président Dick Cheney est un ancien PDG de Halliburton Industries et est également engagé dans Unocal, Exxon, Shell et Chevron - un véritable annuaire des grandes sociétés pétrolières ! Et n’oublions pas Condoleeza Rice, une ancienne dirigeante de Chevron Oil et de Caspian Oil. Elle est si intimement liée à l’industrie du pétrole qu’on a donné son nom à un navire pétrolier. Ces liaisons étroites avec les grandes compagnies pétrolières jouent incontestablement un rôle de premier plan dans leurs calculs.

Ces brigands impérialistes n’attendaient qu’un prétexte pour attaquer. Les grandes compagnies pétrolières se préparent au pillage à grande échelle de l’Irak. Les impérialistes étaient d’autant plus disposés à accorder du temps à l’ONU qu’ils avaient eux-mêmes besoin de temps pour positionner leurs troupes. Par ailleurs, toute classe dirigeante, dans l’histoire, a évidemment besoin d’une idéologie pour justifier ses actions. A la fin du Moyen-Âge, les hommes sans scrupules qui usaient de tous les moyens pour s’emparer du pouvoir et le conserver - assassinat au poison ou au poignard, intrigues, complots et mensonges - trouvaient une excellente justification dans les écrits de Machiavel. Bien qu’il lui manque la profondeur du grand Florentin, l’actuelle armée des écrivains vénaux et autres propagandistes prostitués des cliques dirigeantes de Londres et Washington a mis du cœur à l’ouvrage pour inventer mille et un motifs plausibles justifiant la crucifixion de l’Irak.

Contradictions dans le camp impérialiste

Les impérialistes américains, qui n’ont que du mépris pour l’opinion publique mondiale, se sont trouvés isolés - exception faite de la Grande Bretagne -, mais cela ne les dérange pas outre mesure. Ils savent que le leur isolement est temporaire, que leurs alliés hésitants peuvent être gagnés par un savant mélange de pots-de-vin et de menaces. Les officiels de l’administration américaine ont fait clairement comprendre qu’ils considéraient la résolution 1441 comme une base légale pour lancer seuls l’attaque militaire, au cas où les membres du Conseil de Sécurité n’arriveraient pas à se mettre d’accord sur la manière de réagir face à d’éventuelles violations de la part de Bagdad. Ainsi, la guerre commencera probablement avant la fin du mois de mars, dans la mesure où la chaleur du désert ne leur permet pas d’attendre plus longtemps.

Le gouvernement britannique joue un rôle méprisable dans cette aventure de l’impérialisme américain. Londres a envoyé aux frontières de l’Irak 40 000 soldats - soit le tiers des effectifs de l’armée britannique. Tony Blair agit comme le petit caniche de Washington qui se tient prêt à sauter quand son maître lui en donne l’ordre. L’idée ridicule que la Grande-Bretagne est l’égale des Etats-Unis ne trompe personne, pas même Tony Blair. Au contraire, sa soumission servile à Washington est le reflet de la position secondaire du capitalisme britannique sur l’arène mondiale. La Grande-Bretagne a pratiquement été réduite au statut de satellite de l’impérialisme américain, sans volonté propre.

Il est clair qu’il y a de profondes contradictions entre les différentes puissances impérialistes. Les Etats-Unis, la France et la Russie se battent pour défendre leurs intérêts sur l’arène internationale, et en particulier au Moyen Orient. Ils continuent à se quereller au sein du Conseil de Sécurité, mais ces querelles sont vraiment sans rapport avec les rapports de force réels. L’heure des politesses diplomatiques est passée. Les protestations de Paris et Berlin n’ont aucun effet. Ces derniers vont, au cours des semaines à venir, se faire de moins en moins bruyants. Les dirigeants russes ont déjà commencé à changer de ton, et les Français ne vont pas tarder à faire de même. Après tout, selon l’expression anglaise, "la discrétion est souvent la meilleure forme du courage".

En fait, les pays "contre la guerre" n’ont pas vraiment le choix - sauf à faire la guerre aux Etats-Unis. Une action unilatérale des Etats-Unis révélerait la complète impuissance du Conseil de Sécurité, et exposerait la faiblesse de Paris et de Moscou. Face au fait accompli, les Russes ont déjà mis au point les prémisses d’un accord avec Washington pour soutenir la guerre en échange de contrats, d’argent, et d’un peu de compréhension à l’égard de leur "petit problème" tchétchène.

Par conséquent, après avoir fait beaucoup de bruit, les Russes pourraient complètement changer de position lorsque l’heure de vérité arrivera, et s’y préparent dores et déjà. Pour les dédommager, quelques petites récompenses transiteront par-dessous la table. Les impérialistes français, quant à eux, sont un peu plus compliqués. Ils veulent défendre leur position sur l’échiquier mondial et ont leurs propres intérêts en Irak, lesquels ne s’accordent pas avec les plans de l’administration américaine. Mais à eux aussi on fera comprendre que s’ils mettaient leur veto au Conseil de Sécurité, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne attaqueraient quand même l’Irak, ce qui leur infligerait une humiliation (ce qu’ils n’aimeraient pas), et les priverait de contrats (ce qu’ils aimeraient encore moins). Ils se préparent, eux aussi, à changer de ton.

Les Européens ne sont pas plus moraux et pacifiques que les Américains, mais simplement plus faibles. Leur attachement à la paix et à la diplomatie s’explique par le fait qu’ils n’ont pas la puissance militaire pour imposer leur volonté à la façon américaine. Les Etats-Unis se frayent leur chemin dans le monde en écrasant les oppositions et en s’imposant par un mélange de menaces, de corruption et de brutalité. C’est comme si la vie politique internationale se déroulait suivant le scénario du film Le Parrain.

L’ONU discréditée.

Nul n’est aussi aveugle que celui qui ne veut pas voir. Malgré l’accumulation de simples faits les contredisant, il y a encore des simples d’esprit qui croient dans cette chose qu’on appelle le droit international. Ces personnes bien intentionnées veulent toujours - chose incroyable - recourir aux Nations Unies pour éviter la guerre.

Pendant que les réformistes de droite, comme Blair, soutiennent ouvertement l’impérialisme, les réformistes de gauche demandent que tout recours à la force contre Saddam Hussein soit approuvé par le Conseil de Sécurité. Ils ne disent pas "non à la guerre", mais : "pas de guerre sans l’appui de l’ONU". Ces mêmes personnes accueillaient, il n’y a pas si longtemps, la ratification de la résolution 1441 comme une victoire pour la paix ! Ils affirment que la résolution 1441 ne parle pas d’action militaire, seulement "d’inspections" et de "désarmement" ! Ils recommandent vivement à Saddam de coopérer avec le chef des inspecteurs de l’ONU, Hans Blix. Et ainsi de suite.

Tous ceux qui, ces derniers mois, ont fait beaucoup de battage pour l’engagement de l’ONU ont été servis. L’ONU a voté la résolution 1441, qui en pratique ouvre la voie à une action militaire contre l’Irak et fournit aux Etats-Unis une excuse pour une future agression. L’encre de la résolution n’était pas encore sèche que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne partaient en campagne avec comme devise : "on ne peut pas croire Saddam."Quelques heures après que la résolution a été adoptée à l’unanimité, Bush était déjà en train d’avertir le Conseil de Sécurité de ne pas "tomber dans des débats stériles pour savoir si certains cas de non-conformité sont sérieux".

Dans quelle mesure tout cela fut utile à la paix, c’est difficile à dire. Immédiatement après l’approbation de l’ONU pour une action plus dure envers l’Irak - c’est-à-dire le vote de la résolution 1441 -, George Bush a accéléré la planification d’une intervention militaire massive contre Bagdad. Bush et Blair ont dit clairement et à plusieurs reprises que tout manquement par l’Irak pourrait mener à une action militaire immédiate sans autre résolution de l’ONU. Bien avant que le Conseil de Sécurité ait voté pour le désarmement de l’Irak, Bush avait approuvé un plan pour évincer Saddam Hussein du pouvoir.

Les appels à l’ONU ne sont pas seulement naïfs et peu clairvoyants, ils sont tout à fait nuisibles. Le vote au Conseil de Sécurité n’était qu’un écran de fumée derrière lequel les préparatifs de la guerre ont continué à un rythme délirant. Alors que l’opinion publique était distraite par les bouffonneries du Conseil de Sécurité, Bush et ses hauts fonctionnaires avaient déjà approuvé l’ébauche d’un plan impliquant une attaque terrestre en Irak par plus de 200 000 soldats.

Il y a longtemps, Lénine déversait son mépris sur ceux qui faisaient appel à la Société des Nations - l’ancêtre de l’ONU - pour "arrêter la guerre". Il en parlait comme d’un "repaire de brigands". L’ONU ne vaut pas mieux que la Société des Nations. Là où l’ONU est intervenue, comme en Corée et au Congo, elle a joué un rôle ouvertement contre-révolutionnaire. Les choses ne sont pas différentes en ce qui concerne l’Irak.

L’ONU n’est pas un arbitre neutre, mais seulement un forum des puissances capitalistes qui peut parfois atteindre un accord sur des sujets secondaires, mais qui ne peut rien changer sur les questions fondamentales. Le contraste entre la quasi-inactivité de l’ONU au sujet de la Palestine et sa défense de l’agression américaine envers l’Irak en est la preuve évidente. L’ONU reste les bras croisés pendant que Sharon massacre des civils palestiniens désarmés et foule aux pieds ses propres résolutions. Pendant ce temps, Georges W. Bush, qui montre tant de zèle à faire respecter l’autorité de l’ONU contre l’Irak, ne mentionne même pas le fait qu’Israël crache sur l’ONU depuis des dizaines d’années. Au contraire, il soutient Sharon.

Ce que montre tout ceci, encore une fois, c’est la nature complètement réactionnaire des Nations Unies, et l’attitude désespérément utopique des gauchistes et pacifistes qui font toujours appel aux Nations Unies pour "défendre la paix". Cependant, il n’est pas inconcevable que les Etats-Unis, grâce à une combinaison de pots-de-vin et de menaces, puissent obtenir une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité conforme à ses objectifs.

Les leçons de tout ceci doivent être évidentes, même pour un aveugle : de même qu’il ne peut y avoir d’arbitrage impartial entre les classes, il ne peut y en avoir entre les nations. Il est donc complètement inadmissible, pour des socialistes, d’avoir la moindre illusion dans les Nations Unies ou de faire appel à cette instance - quelles que soient les circonstances. Nous condamnons toutes les tentatives de conditionner le destin du peuple irakien aux intrigues qui ont lieu à l’ONU. De telles absurdités servent seulement à brouiller les pistes et fournir une excuse potentielle à la guerre. Nous sommes complètement opposés à une quelconque attaque contre l’Irak - avec ou sans la bénédiction du Conseil de Sécurité.

Démocratie et impérialisme

La concentration de richesses et de pouvoir dans petit nombre de mains est la conséquence inévitable de l’impérialisme et du capitalisme monopolistique : quelques multinationales géantes possèdent et contrôlent la grande majorité des moyens de production.

L’ensemble du commerce mondial est contrôlé par 200 énormes entreprises, dont la grande majorité sont américaines. Toutes les décisions importantes sont prises par les directions de ces multinationales. Des petits groupes d’individus, qui n’ont pas été élus et ne sont responsables devant personne, décident de l’avenir de peuples entiers. Ce sont eux qui décident si des millions de personnes vont travailler, manger, vivre - ou non.

A côté du pouvoir de ces gens, le pouvoir des gouvernements élus est réellement insignifiant. George W. Bush est le président de la première puissance mondiale, mais il est en réalité un pur produit des grandes multinationales, dont il sert les intérêts. Il le fait, sinon intelligemment, du moins volontiers, car il est lui-même membre de la classe extrêmement fortunée des barons du pétrole, laquelle constitue une fraction essentielle de l’oligarchie américaine. Son dernier plan de réductions d’impôts est particulièrement favorable aux riches : 1 % de la population la plus riche va bénéficier de 45 % du total des allégements fiscaux.

Tous les discours sur la démocratie ne sont que phrases vides de sens destinées à cacher l’affreuse réalité du capitalisme américain, lequel cherche à dominer le monde entier et à se soumettre tous les pays.

Sur les lèvres de gens comme Bush et Blair, la "démocratie" signifie la dictature des grosses banques et entreprises, la "paix" signifie la domination militaire des Etats-Unis et le désarmement de ses ennemies, et l’"humanitarisme" n’est que la justification des plus brutales interventions militaires.

A l’époque de l’impérialisme, la démocratie n’est plus qu’un mot creux. Les décisions les plus importantes sont prises en dehors des parlements, c’est-à-dire dans les bureaux des directions des grandes entreprises. En Grande-Bretagne, le pouvoir gouvernemental est passé du parlement au cabinet ministériel, et du cabinet ministériel à une petite clique d’officiels et autres " conseillers " de Tony Blair. Aux Etats-Unis, ce pouvoir est détenu par une clique similaire organisée autour de George W Bush. Et on peut dire la même chose de tous les pays capitalistes qui se réclament de la démocratie. L’opinion publique est traitée avec mépris. Seuls comptent le complexe militaro-industriel et les grandes compagnies pétrolières. Cependant, on assiste au début de profonds changements dans la société américaine. Les manifestations de masse, de Washington à San Francisco - alors que la guerre n’a pas commencé - sont le signe que quelque chose est en train de changer.

Partout, les droits démocratiques sont attaqués, cependant que les forces répressives des appareils d’Etat sont considérablement renforcées. Les lois " anti-terroristes " passent sans susciter trop de questions. Or ces lois peuvent être utilisées, demain, contre le mouvement ouvrier. Sous couvert de "guerre contre le terrorisme", les droits démocratiques sont remis en cause, et on vote l’affectation d’énormes budgets aux "services de sécurité" - lesquels ont montré leur profonde incompétence lors du 11 septembre 2001. Les traitements ignobles qu’elle fait subir aux prisonniers de Guantanamo expriment bien la froide cruauté de l’administration américaine. Ces prisonniers, qui ne sont pas passés devant un tribunal, subissent la torture, l’humiliation, et toute sorte de mauvais traitements. Et notre "presse libre" accepte tout cela sans sourciller, sous prétexte que ces prisonniers sont considérés comme des terroristes.

Nous devons lutter contre toute tentative de remettre en cause nos droits démocratiques, en particulier les droits de faire la grève et de manifester. Ces droits ont été conquis de haute lutte par le mouvement ouvrier, contre la résistance acharnée des capitalistes - lesquels, cependant, n’hésitent pas à se présenter aujourd’hui comme de " vrais démocrates ". De fait, la classe dominante a toujours été l’ennemie de la démocratie, et ne l’a tolérée - sous une forme partielle et tronquée - que dans la mesure où elle y était forcée par la pression des masses. Le mouvement ouvrier ne doit en aucun cas accepter la moindre restriction de ses droits démocratiques sous prétexte de " lutte anti-terroriste ". Nous avons intérêt à l’existence du plus grand nombre de droits démocratiques, dans la mesure où ceux-ci offrent les meilleures conditions dans la lutte pour changer la société. Cependant, nous devons comprendre qu’aucun de ces droits ne sera définitivement acquis tant que la terre, les banques et les grandes entreprises demeureront le monopole privé de la classe capitaliste.

Propagande et diplomatie

Toutes les guerres sont précédées d’une avalanche de propagande destinée à confondre l’opinion publique, diaboliser l’adversaire, lui attribuer la responsabilité du conflit et, ainsi, justifier l’agression. Il est nécessaire de suivre attentivement le cheminement complexe de la diplomatie impérialiste, de façon à découvrir les manœuvres et intérêts que cachent les grandes phrases sonnantes.

On n’a peut-être jamais connu, dans l’histoire, un tel degré de manipulation des médias. Jamais la "liberté de la presse" n’est apparue aussi vide de sens qu’aujourd’hui. Les médias de masse sont impliqués à fond dans la préparation de la guerre. Aux Etats-Unis, la presse est presque complètement tombée sous l’influence des services de presse de la Maison Blanche, lesquels constituent aujourd’hui un formidable appareil. Dès que les armes commenceront à gronder, ceux qui s’opposent aujourd’hui à la guerre seront réduits au silence.

A l’époque de l’impérialisme, il est futile d’attendre des médias qu’ils soient indépendants. Alors que les principaux organes de presse sont la propriété d’immenses entreprises, la notion de "liberté éditoriale" ne peut que faire sourire. Les journaux qui expriment une sorte d’opposition sur des questions secondaires ne le font que pour ménager leur ralliement total au capitalisme et à l’impérialisme sur les questions essentielles.

Il est du devoir des travailleurs les plus conscients de s’intéresser aux zigzags de la diplomatie et d’essayer de comprendre quels intérêts de classe défend leur propre gouvernement. Nous devons toujours garder à l’esprit que notre principal ennemi est chez nous, et qu’en aucune circonstance nous ne devons accorder la moindre confiance à nos capitalistes quand ils parlent de défendre la paix, la liberté et la démocratie.

Si nous nous soumettons à la direction de notre classe capitaliste dans le domaine de la politique internationale, nous finirons inévitablement par accepter sa dictature dans notre propre pays. La politique étrangère n’est que le prolongement de la politique intérieure. La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens. Par conséquent, nous ne devons pas avoir une politique pour les temps de paix et une autre, complètement différente, pour les temps de guerre. Dans la guerre comme dans la paix, nous resterons implacablement opposés au patronat et à son Etat, et nous nous battrons pour défendre les intérêts et l’indépendance du salariat et de ses organisations.

Les dirigeants réformistes essayent de nous