Le piège tendu au PCF
Le 21 mai 2006, par Boudinovitch
Je crois que votre analyse rate l’évolution du PS de ces dernières années. Le choix stratégique de Mitterrant a été d’allier le PS au PCF, ce qui a fait échouer l’objectif politique de Giscard ; "unir deux français sur trois". Mitterrant mettait en oeuvre une conception classique de la social-démocratie : promettre des changements (et des ruptures) au peuple, puis dans les faits servir fidèlement et sans faillir les intérêts bourgeois.
Premier ministre de Mitterrant, Roccard fera un mouvement, limité, dans la direction du rêve giscardien d’union au centre, mais Mitterrant, refusant de larguer les communistes, fait échouer Roccard.
Il y a un tournant lorsque Jospin déclare, au moment des licenciements Michelin "l’Etat ne peut pas tout faire " et "Tout le monde reconnait le Marché".
Dès lors, on est dans la ligne du social-démocratie à l’allemande, ou d’un bipartisme à l’américaine, systèmes dans lesquels la distinction droite/gauche est peu signifiante.
Jospin le paie de son échec, mais Hollande est convaincu que cette orientation est réalisable. Cela motive son accord donné à la constitution, accord qui permet à Chirac de lancer le référendum.
Mais cette fois c’est Fabius qui joue les troubles-fête.
Nul ne lit dans le marc de café, mais il y a des éléments d’analyse qui convergent. Bayrou a voté la censure. L’opération médiatique Ségolène a pris une grande ampleur.
De son côté, le PCF est pressé d’incarner le NON, et ceci au sein d’une nébuleuse "radicale" de quelque importance, où se détache la figure un peu énigmatique de José Bové.
Dans ces conditions, il faudrait d’énormes retournements de tendance pour que le PS soit porté au pouvoir, et soit soutenu par le PCF.
Le PS actuel peut difficilement parvenir au second tour des prochaines élections. Soit le PCF parviendra a impulser une réelle candidature unitaire, soit le second tour sera entre Sarko et Le Pen.
Il semble impossible pour de profondes raisons politique, que le second tour se déroule entre deux partisans du OUI.
Si les vrais vainqueurs du référendum sont absents du second tour (ou représenté (sic !) par Le Pen) ce sera pour la gauche toute entière, et en particulier pour le PCF un terrible aveu d’échec et pour les partisans du OUI une fameuse revanche.
Il ne faut donc pas mépriser la possibilité d’une candidature unitaire à gauche du PS. C’est plutot une question de vie ou de mort pour les anti capitalistes.
Boudinovitch (Marseille)
Le piège tendu au PCF
Le 23 mai 2006
Cher camarade,
Nous ne partageons pas ce point de vue sur les prochaines élections. A notre avis, la gauche emportera les présidentielles et les législatives. Le PS sera le principal bénéficiaire du mouvement contre la droite.
Le PCF va certainement faire mieux que son score de 2002, mais sa progression électorale sera sans doute handicapée par les insuffisances de son programme, qui ne le distingue pas assez nettement du PS.
Nous ne serions pas totalement hostiles à des accords électoraux entre le PCF et des groupements tels que la LCR, mais les conditions que la LCR cherche à imposer au PCF sont complètement incensés, inacceptables, et profiteraient directement à la droite.
La LCR veut que le PCF refuse toute alliance électorale avec le PS, et qu’il refuse de soutenir les candidats du PS contre la droite (comme l’a fait la LCR en 2002).
Je constate que cette hostilité envers le PS de la part de la LCR ne l’a pas empêché d’appeler à voter pour l’UMP aux deuxième tour des présidentielles, ni de signer "l’appel solonnel" à Chirac (rédigé essentiellement par la direction du PS) pendant la lutte contre le CPE.
Les consignes de La Riposte seront pour un vote communiste au premier tour et pour le parti de gauche en tête au deuxième tour, aux présidentielles comme aux législatives.
Le PS demeure, malgré la politique réformiste de sa direction, le principal parti du salariat, tout comme le SPD, auquel tu fais allusion dans ta lettre, est le parti principal de la classe ouvrière allemande. C’est à ce titre qu’il faut soutenir ces partis, tout en présentant nos idées marxistes comme une alternative à la politique réformiste défendue par leurs directions actuelles.
Fraternellement,
Greg Oxley
Mettre les pendules à l’heure.
Le 9 juillet 2006, par Boudinovitch
Cher Greg,
Je visite de temps à autre votre site, parce que je crois que le lien avec la situation politique en amérique du sud constitue un élément éclairant de la situation française.
Ce qui me frappe dans vos analyses, c’est à quel point elles sont correctes… et hors du temps.
Je cite par exemple : "lorsque les masses remontent au combat, elles investissent les organisations traditionelles, donc PC et PS"…
Mon Dieu que c’est juste ! Cela doit faire soixante ans que Trotski a écrit cela pour la première fois, et combien de bons élèves l’ont répété depuis ce temps ?
Le problème c’est que le marxisme est un guide pour l’action, pas un livre de recettes de grand mères (ou de grands pères).
Il faut ac-tua-li-ser !
Il y a soixante ans, vers 1948, plus d’un français sur quatre votait PC : 27%.
Aux dernières présidentielles, moins d’un français sur trente ; 3.4%.
C’est cela avant tout, "l’organisation traditionnelle" PCF. Un parti dont la moyenne d’âge dépasse l’âge de la retraite, qui a perdu tout ses intellectuels et dispose encore de beaucoup d’élus… grace à l’union de la gauche.
Le PS est une "organisation traditionnelle", peut-être, mais il serait intéressant que tu expliques ce que tu entend par là, compte tenu de la reprise (OPA ?) du vieux PS que Deferre avait amené vers les 3%, par françois Mitterrant, leader non moins traditionnel de la bourgeoisie…
Que sociologiquement, ce soit encore le premier parti de salarié me semble un argument dénué de toute signification.
Je te rappelle que le vote ouvrier le plus important va au FN… Cela ne fait pas du parti de Le Pen une "organisation traditionnelle".
Mais pour être plus concret, je te rappelle surtout que la direction du PS a conclu avec Chirac un accord pour le vote OUI au projet de constitutionGiscard, et que les électeurs du PS (salariés ou non !) ont très majoritairement voté NON.
Ces faits là me semblent un peu plus utiles à noter que les citations de je ne sais quel bréviaire des années trente sur les organisations traditionnelles.
En prévoyant le succès du PS tu te montres simplement bien trop perméable aux campagnes des médias.
Elles ont désigné Ségolène comme le meilleur candidat de gauche et prévoient sa victoire.
Mais elles prévoyaient la victoire du OUI…
Je suis triste de constater que les militants qui, en France, suivent de près la politique Vénézuelienne et Bolivienne soient aussi aveugles à ce qui, en Europe, et spécialement en France, annonce précisément une nouvelle époque politique en écho aux évènements qui prennent forme en amérique du sud.
L’union de la gauche est morte.
Le PS, sous sa forme actuelle, ne peut pas conserver son unité.
Le PCF peut trouver une solution de rechange à l’union de la gauche en soutenant généreusement et loyalement une candidature unitaire anti libérale.
Tout indique d’ailleurs que ses dirigeants, en particulier MG Buffet, intelligente et courageuse, le comprennent et s’y engagent.
Ce sera la candidature de José Bové, qui est certainement dans notre pays l’un des meilleurs soutiens des révolutions vénézuélienne, et bolivienne.
Ce que fera la LCR relativement à cette candidature est secondaire (je pense que la LCR s’y ralliera, elle n’a guère le choix).
Je serai en tous cas heureux de vous retrouver dans ce combat qui est celui, je le répète, d’une époque nouvelle.
Le piège tendu au PCF
Le 10 juillet 2006, par La Riposte
Cher camarade,
Eh bien, les événements donneront raison à l’un de nous deux, n’est-ce pas ?
Selon toi, dans un courrier précédent, le PS n’arrivera pas au deuxième tour. Croire le contraire, dis-tu, c’est se laisser influencer par les médias. Tu dis même que le deuxième tour se jouera entre l’UMP et le FN, à moins qu’un "candidat unitaire" (José Bové) ne fasse une percée.
Ceci est une perspective complètement fantaisiste. Il ne faut pas se laisser entraîner par la propagande médiatique, en effet. Mais il ne faut pas non plus se laisser entraîner par les "analyses" farfelues et superficielles des dirigeants de la LCR.
Aux prochaines élections, la vaste majorité de l’électorat de gauche votera pour le PS. Ceci ne signifiera pas que cette majorité soutient le programme de la direction du PS. Ce programme est certainement le plus droitier, le plus ouvertement pro-capitaliste, de tous les programmes électoraux présentés au nom du PS depuis ses origines.
La mobilisation autour du PS aura lieu en raison de la nécessité impérieuse de se débarrasser du gouvernement de droite, et que le PS est la seule force capable de le faire.
Tu peux trouver ceci regrettable, vouloir que les choses se fassent autrement etc., mais le problème ici n’est pas de connaître les envies et les choix personnels de tel ou tel militant ou groupement de militants, mais de comprendre le cours réel des événements.
Le révolutionnaire qui s’avère incapable de prévoir et d’expliquer ces événements passera d’un échec à l’autre, d’un revirement à l’autre, d’une "logique" à l’autre, au gré de ses toutes dernières impressions, à la manière, justement, des dirigeants de la LCR.
"Cela doit faire 60 ans que Trotsky a écrit cela", dis-tu. Je ne vois pas le contenu de cet argument. Une idée n’est pas invalidée par son ancienneté. La roue, par exemple, fonctionne selon une idée très, très, ancienne. Peut-être qu’il faudrait inventer une roue carrée, ou triangulaire, juste pour faire quelque chose de "neuf" ?
Les perspectives de La Riposte ne sont pas déterminées par ce que "Trotsky a dit" il y a soixante ans. Elles découlent d’une analyse concrète de la situation contemporaine. Il est vrai, toutefois, que dans l’élaboration de nos perspectives, j’attacherais bien plus d’importance aux opinions politiques de Marx, d’Engels, de Lénine ou de Trotsky qu’aux déclarations de José Bové ou d’Olivier Besancenot, aussi "récentes" soient-elles.
Tu nous rappelles que la direction du PS a été pour le "oui" à la constitution européenne, et que les électeurs du PS ont voté majoritairement "non". Ceci nous amène à cette fameuse "logique du 29 mai" - une "logique" complètement formaliste et fausse, en l’occurence - selon laquelle le résultat du référendum signifie que, "logiquement", le PS sera mis en minorité par rapport aux partis du "non" aux élections de 2007. Mais ce ne sera pas le cas.
Notons au passage que s’il est vrai que la direction du PS a appellé à voter "oui", ceci n’est pas plus grave que d’appeler à voter pour l’UMP, comme la LCR l’a fait en 2002.
Quant à José Bové, très franchement, c’est une plaisanterie. Cet homme n’a ni programme, ni organisation. Il ne représente que lui-même. Ses idées sont un mélange incongru de notions vaguement "anti-libérales" et d’autres qui sont franchement réactionnaires. Si jamais le PCF acceptait de soutenir un partisan de la "décroissance économique" comme Bové, ce serait une véritable catastrophe pour le parti.
José Bové plaît aux petits-bourgeois "radicalisés" parce qu’il emploie des actions "fortes" (ou en tout cas fortement médiatisées) - arrachage de maïs, saccage de restaurants et de laboratoires - au service d’idées faibles, sans queue ni tête.
Fraternellement,
Greg Oxley
Le pi ?ge tendu au PCF
Le 27 octobre 2006, par gisele
Bonjour
Pour que vos propositions de rupture avec le capitalisme soit cr ?dibles il aurait fallu que pendant le gouvernement jospin, le PCF ait eu le courage politique de quitter le gouvernement. On ne peut pas ? la fois cautionner la privatisation de France t ?l ?com et se dire r ?volutionnaire.
La question d’EDF va se poser et d’autres. Pour moi ce sont les actes qui comptent, et la d ?mission pour le PCF s’imosait ? ce moment l ? .
Gisele syndicaliste ? La Poste
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