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Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
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Le

Depuis une vingtaine d’années, une forme d’organisation du travail se développe, dans la grande industrie, mais aussi dans les PME et PMI de sous-traitants industriels : le lean manufacturing. Le mot anglais lean signifie, littéralement, « dégraissé ». Sous la pression des grands groupes, ou dans le cadre des politiques internes d’organisation du travail des multinationales vers l’ensemble de leurs entités, le lean supplante peu à peu le modèle taylorien. Environ 28% des salariés subissent cette mutation de l’organisation du travail.

Le lean est un travail en équipe polyvalente, avec des rotations dans les tâches à effectuer. Le management de la qualité se fait sous forme d’autocontrôle des salariés, avec des critères très stricts. Les salariés sont contraints à des rythmes de travail particulièrement élevés, et les tâches sont très répétitives et monotones. L’autonomie des salariés y est très réduite, et la production se fait en flux tendu, avec des normes quantitatives et qualitatives définies chaque jour, ou chaque semaine, sous forme d’objectifs à atteindre par équipe. Ce sont principalement les ouvriers et les employés non qualifiés qui sont concernés par ce modèle.

En théorie, le lean devait concilier le besoin de contrôle de l’employeur sur ses équipes et l’initiative – voire la « créativité » – des salariés. Mais en réalité, près de 80% du travail, de ses modalités et objectifs sont définis par les supérieurs hiérarchiques directs, ce qui limite l’épanouissement du salarié dans son travail. De plus, la politique salariale tend à lier rémunération et performance – qualitative et quantitative – des équipes.

Conditions de travail désastreuses

D’après un étude commandée par l’Union Européenne, près de 30% des personnes travaillant en lean déclarent être soumises à des cadences de travail trop élevées. 50 % estiment que les délais fixés par leurs hiérarchies sont trop serrés, ce qui engendre des retards pour 25% des équipes. 52% des employés doivent interrompre au moins une fois par jour leur travail pour une autre tâche imprévue, qui est perturbatrice dans 1/3 des cas.

Dans cette même étude, 66% des salariés estiment que le lean influe négativement sur leur santé. 37% jugent qu’il menace leur sécurité. Il entraîne également des troubles musculo-squelettiques (TMS) pour 30% des salariés, notamment aux épaules, au cou, dans les membres supérieurs et inférieurs, ainsi que dans le dos. Plus largement, le lean est associé à des problèmes de vue (pour 12,2% des salariés), d’audition (17%), de peau (10,8%), respiratoires (8%), de fatigue (25,2%) et des maux de tête (19,4%). 32% des salariés en lean se déclarent stressés. 7,6% souffrent d’anxiété et 11,2% d’insomnie. Ce sont des taux très supérieurs à la moyenne. D’ailleurs, l’UE conclue son étude par le constat que les conditions de travail sont plus mauvaises en lean que dans toute autre forme d’organisation du travail – y compris taylorienne.

« Autocontrôle »

Le lean exacerbe les individualités. Dans les entreprises où il a été mis en place, on a constaté une hausse des cas de brimades, voire de harcèlement moral, à l’égard des salariés qui ne peuvent suivre les cadences.

L’équipe gère sont temps de travail pour atteindre ses objectifs, ce qui fait que les salariés ont tendance, sous la pression de ces objectifs, à remettre eux-mêmes en cause leurs acquis en terme d’horaire. La flexibilité choisie des horaires est supprimée, car l’équipe doit commencer et terminer sont travail ensemble. Ainsi, il n’est plus possible d’arriver en retard parce qu’on a déposé ses enfants à l’école. De même, les « pauses café » sont supprimées. Quant aux élus syndicaux et délégués du personnel, ils voient leur droit de se déplacer librement remis en cause, car leurs délégations « perturbent la ligne ». Enfin, les conséquences sur l’emploi sont catastrophiques, car l’ensemble des machines et des salariés sont regroupés au même endroit. Un opérateur se retrouve à travailler sur deux machines au lieu d’une, ce qui entraîne une suppression de poste et une augmentation des cadences pour l’opérateur. Le lean entraîne également un encombrement des allées et une sécurité réduite.

Quelques conseils aux salariés concernés par le « lean »

Nous conseillons aux salariés qui travaillent en lean de vérifier que les personnes chargées de son application aient des connaissances poussées en méthodologie du travail (5S, Kaysen ou équivalent). Il faut également que les ouvriers soient impliqués du début à la fin du processus, et surtout que les organisations syndicales ou le CHSCT n’hésitent pas à faire appel à un expert en méthodologie, ainsi qu’à la médecine du travail, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de dégradation des conditions de travail.

Julien Gorrand (CGT 76)

Publication : dimanche 18 mars 2007

Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 20 mars 2007

Pouvez vous nous donner la référence de l’étude demandée par l’UE ? Est-elle disponible sur Internet ?



Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 22 mars 2007, par Christian Daniel

LE « LEAN MANUFACTURING » OU L’IMPLICATION MAXIMALE

Monsieur,

Votre article est intéressant, mais ne semble décrire que les conséquences d’une mauvaise application du Lean manufacturing.

Le problème, aujourd’hui, dans cette discipline, c’est qu’elle est souvent déployée par des consultants qui ont des lacunes, surtout au niveau humain et créatif. On leur apprend à développer un quotient intellectuel (QI), mais pas émotionnel (QE), en plus de nombreuses erreurs d’interprétation (Japonais –Français) on été faites, ce qui complique les choses. Ainsi ils n’appliquent pas le Lean manufacturing, mais seulement un concept dénaturée tant sur la forme que sur le fond.

Etant moi-même Consultant en Lean manufacturing je suis sensible à votre message, et vous donne des exemples de réels progrès dans les entreprises, ceci à tous les niveaux : Employeur, Entreprise & Employés : A plusieurs occasions j’ai agi dans des entreprises afin de mettre en place une démarche de Lean transformation ce qui grâce à l’esprit Kaizen à permis de rétablir un dialogue social rompu depuis de nombreuses années, qui entraînait un immobilisme de la société. Car il faut être réalise, si l’entreprise n’évolue pas, elle voit ses parts de marché prises par la concurrence, à terme l’entreprise disparaît. Autre exemple, dans l’agro-alimentaire, ou les employées portent souvent de lourdes charges à longueur de journée. L’application du Lean Manufacturing a permis aux employés de porter 3 fois moins de charge et de réaliser 40% de déplacement en moins.

Si vous prenez le cas de Toyota qui est à l’origine du Lean Manufacturing, et qui à commencé à construire la méthode à la fin du XIXème siècle, vous constaterez que même les délégués syndicaux reconnaissent les bienfaits du système. Mais dans le cas de Toyoya et contrairement aux exemples que vous citez, le fond comme la forme du Lean Manufacturing sont respectés. A Valenciennes le délégué syndical de la filiale française de Toyota, évoque le degré de responsabilité qui incombe à chaque employé, et décrit surtout l’intérêt que chacun y trouve.

Pour finir pourriez-vous m’indiquer où trouver l’étude de l’Union Européenne que vous citez ? Je ne parviens pas à la trouver et aimerais savoir auprès de quelles entreprises cette enquête à été réalisée et avec quelles Cabinets Conseil ses sociétés ont travaillé.

Comme pour les compagnies aériennes qui n’entretiennent pas leurs avions et mettent en danger leurs passagers pourquoi ne pas faire un classement des Cabinets Conseil qui n’impliquent pas le personnel des sociétés et dégradent leurs conditions de travail ?

Car ce n’est pas parce que certaines compagnies aériennes n’entretiennent pas leurs avions qu’il faut condamné l’aviation dans son ensemble ! Qu’en pensez-vous ?

De même, vous conviendrez que la traduction de "lean" est "mince", dans le sens de "svelte" en bonne santé, et non pas "dégraissé" qui lui est la traduction de « degrease » en anglais.

L’emploi du Lean manufacturing et l’esprit Kaizen visent avant tout à optimiser les processus d’une entreprise dans son ensemble en se reposant sur l’implication maximale des salariés, et non à ôter des droits aux employés.

Ceux qui ne le font pas ne sont pas dignes de prétendre faire du Lean manufacturing, j’appellerai cela du « Bean Manufacturing », venant Mister Bean, le « Monsieur Catastrophe » Anglais (bientôt de retour sur les écrans).

Si vous souhaitez qu’ensemble nous puissions améliorer les choses, je reste à votre disposition.

Cordialement,

Christian DANIEL.



réponse à Monsieur Christian Daniel
Le 24 mars 2007, par Julien Gorrand (CGT 67)

Monsieur, j’ai lu avec attention votre contribution à cette article et je m’en réjouis que vous l’ayez fait. Mais je ne partage pas votre enthousiasme.

Hormis les rapports qui mon inspiré pour cette article, j’ai également pris contact avec de nombreux secrétaires de CHSCT de mon département ainsi qu’au sein des entités du groupe pour lequel je travail (un grand spécialiste français de l’électricité côté au CAC 40) et qui incite ces filiales à passer en Lean. Malheureusement, je n’ai eu aucun témoignage positif concernant la mis en place du Lean, la plupart des syndicalistes mon bien confirmé nos craintes quant à cette forme d’organisation du travail. Des postes supprimés, des conditions de sécurité et de travail fortement dégradés, un stress accru pour les salariés et même dans une entreprise, le Lean a engendré 27 jours de retard dans la livraison des marchandises parce celui-ci avait été appliqué de la manière la plus désastreuse qui soit.

Maintenant, si vous avez des témoignages de salariés qui ont bien vécu le passage en Lean, je vous invite à les faire venir s’exprimés sur ce site en réagissant eux aussi à cette article comme vous l’avez fait.

Fraternellement

Julien Gorrand (CGT 67)



Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 27 mars 2007, par emile_le_reveil

Bonjour, J’aimerais aussi demander Où cette étude est disponible pour voir si c’est vrai ce que vous écrivez. Si vous nous ne donnez pas un lien pour contrôler l’authenticité de l’étude et de vos conclusions, il me semble que nous devons strictement ignorer votre article.



Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 27 mars 2007, par Dominique Darjo

Bonjour, En tant qu’ancien salarié de Solectron france et militant CGT, j’ai lu avec attention l’article sur le "lean manufacturing". Il s’avère que Solectron, comme beaucoup de multinationale Américaines, utilise ce mode de fonctionnement de production et d’exploitations des travailleurs. Chez Solectron, c’est même le modèle phare que tous les dirigeants qui se sont succédés ont adoptés. Il en découle pas mal de problèmes qui sont régulièrement évoqués en CHSCT, comme les TMS, le stress, ect ... Dernièrement, le secrétaire du CHSCT (CGT) a écrit au DRH et voilà ce que ça donne :

Messieurs, Comment un salarié non habilité (non formé) à tenir un poste peut-il être déchargé de toutes responsabilités en cas d’erreur de sa part lorsque son supérieur l’oblige à tenir ce poste ? Quel document peut-être remis au salarié afin qu’il puisse tenir ce poste paisiblement et sans stress ? En effet, dans le contexte actuel, les salariés, suite à la pression que la hiérarchie exerce sur eux, sont souvent conduit en état de stress important à l’infirmerie. Je vous rappelle que le médecin du travail a évoqué un état de stress généralisé dans votre entreprise. Il serait dommageable que de telles situations puissent continuer à se produire sans que vous y remediez dans les plus brefs delais.

Merci de nous tenir informé des suites que vous donnerez à mon message.

Veuillez recevoir, Messieurs, mes sincéres salutation.

PS : une copie de ce message a été adressé à l’inspecteur du travail

Ludovic Mêmes Secrétaire du CHSCT

Accochez vous, voilà la réponse du DRH !!!

Monsieur le secrétaire,

Je pense que ce message fait suite au bref entretien que nous avons eu vendredi 23 mars à 13h55. Je vous confirme qu’il n’appartient pas au salarié de juger s’il est apte à tenir un poste compte tenu de son niveau de formation. C’est le management hiérarchique qui prend la décision et la responsabilité ; cette décision s’impose au salarié dont la responsabilité ne saurait être engagée. Avec mes sincères salutations,

Jean-Bernard MONDON DRH Solectron Bordeaux

Consternant, comme réponse, n’est ce pas ? Et cela dure depuis des années au fil des charettes de licenciements ( plus de 1500 en 5 ans ) et une utilisation de l’intérim permanent ( ceci malgré un procès au pénal au TGI de Bordeaux - délibéré le 3 mai 07 ).

Pour joindre la CGT Solectron il faut appeler au 05.57.12.83.15 ou 05.57.12.82.61 ou au 05.57.12.85.05 - mail cgt@fr.slr.com

Cordialement D.



Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 28 mars 2007, par Julien Gorrand (CGT 67)

Les chiffres et les différentes informations de cet article proviennent d’un rapport du Centre d’Etude pour l’Emploi intitulé, Condition de travail et santé au travail des salariés de l’Union Européenne : des situations contrastées selon les formes d’organisations écrit par Antoyne Valeyre, chargé de recherche au CNRS ansi que d’un rapport du Conseil Economique et Social intitulé Organisations du travail et nouveaux risques pour la santé des salariés. Ces deux documents sont disponibles sur internet. http://www.cee-recherche.fr/fr/doct... pour le premier. http://www.sante-securite.com/rappo... pour le deuxième.



Le "lean manufacturing", ou l’exploitation maximale
Le 10 avril 2007, par Un ingé de grosse boîte.

De formation initiale je suis ingénieur de production ; depuis 1977 j’ai suivi des formations à de "nouvelles" méthodes d’organisation du travail ; "zéro défaut", "cercle de qualité", etc ... Ces méthodes n’étaient pas inintéressantes au niveau de l’amélioration des conditions de travail, mais étaient aussitôt réinterprétées par la direction des entreprises de main d’oeuvre que j’ai pu cotoyer : si la direction à déjà de bons rapports avec ses salariés les améliorations sont tangibles ; mais, dans la plus part des cas, si la direction a un soucis avec ses travailleurs déjà rebutés par des règles de vie quotidienne exaspérantes, elle propose un "changement" avec un nouveau nom de méthode, un nouveau cabinet de consultants, et les mêmes objectifs : faire travailler les gens pour pas cher et leur river leur clou questions revendications ; pour une direction qui n’a déjà aucun respect pour son personnel, le "lean manufacturing" n’est qu’un nouvel avatar de cette vieille méthode dite "changement d’herbage réjouit les veaux" ; rappelons que dans l’entreprise c’est toujours la direction qui a pouvoir sur les conditions de travail des salariés, le cabinet conseil sollicité ne fait que ce que la direction veut bien qu’il fasse ; l’ingénieur que je suis se trouve d’ailleurs dans la même situation : je suis libre de concevoir des méthodes tant qu’elles plaisent à la direction. Et de surcroît aujourd’hui la direction a un oeil sur la délocalisation, solution commode et radicale.

à mon sens, il n’y a d’évolution durable que lorsque l’ensemble des salariés d’une boîte se prend en charge au travers d’une société coopérative ou d’un statut équivalent ; là, réorganiser le travail avec l’aide d’un cabinet prend du sens, car le cabinet travaille pour ses donneurs d’ordre.




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