La burqa et la « civilisation républicaine »
Le 7 février 2010, par Dzeff
Bonjour à tous, je me permets de poster ce message pour alimenter le débat.
Dans cette ébauche, je pars du principe que l’Etat n’est pas l’instrument d’oppression d’une classe sur une autre pour simplifier un peu l’analyse (la mettre à mon niveau oserais-je dire). De plus, je m’appuie essentiellement sur les textes de jeunesse de Marx, lorsqu’il n’avait pas encore élaboré sa conception de l’état.
Néanmoins, sachant les lacunes de mon bagage théorique (que je compte enrichir au plus vite), je pense que mes réflexions peuvent apporter quelques éléments intéressants au débat (du moins je l’espère).
La polémique autour de la burqa agite encore les débats, notamment à l’approche des prochaines élections.
Certains prétendent que des femmes font le choix de porter la burqa et qu’il est inacceptable que l’état et la loi leur interdisent de porter ce vêtement. D’autres prétendent qu’il s’agit d’un instrument de domination de l’homme sur la femme et de la matérialisation de l’extrémisme islamiste dans nos sociétés occidentales.
Les gauchistes, autant que les bourgeois, se trompent. Les uns en brandissant une liberté d’opinion et de posture qui n’en est pas une (comment être sûr qu’une femme désire porter la burqa, librement, sans pression culturelle et familiale ?), les autres en stigmatisant une population et en opérant de basses manœuvres politiques afin de récupérer un électorat d’extrême droite.
La position des marxistes vis-à-vis de la religion est simple : irrémédiablement hostile (attention, hostile envers la religion mais pas envers les personnes).
La religion est l’essence de la distinction et exprime la séparation de l’homme de la société.
Selon Marx, l’homme ne doit pas recevoir la liberté religieuse mais être émancipé de la religion. Autoriser le port de la burqa ne favorise en rien l’émancipation des femmes de la religion (ici l’Islam) et tend à fractionner l’unité du prolétariat.
Selon moi, les marxistes ne doivent pas stimuler le besoin de s’identifier à un groupe.
Pour émanciper l’homme de la religion, le rôle de l’état doit tendre à la suppression de la religion, de la même manière qu’il doit tendre à la suppression de la propriété privée pour l’émanciper de celle-ci. Il ne doit favoriser aucune distinction entre les citoyens. Malheureusement, comme Marx le démontre avec brio dans « la question juive », l’état ne peut émanciper que le citoyen et non l’homme réel.
Si on transfère le problème de la burqa de la sphère publique à la sphère privée, c’est à dire à la sphère de l’individu et non du citoyen, le citoyen est émancipé de la religion mais non l’individu. De la même manière que l’état a émancipé le citoyen de la propriété privée (il n’y a plus de droit de vote censitaire) mais n’a pourtant pas supprimer l’existence de la dite propriété privée dans les faits. Les citoyens sont, en théorie, égaux mais cette égalité est inexistante entre les hommes réels.
La solution au problème de la burqa n’est donc pas politique puisque la politique ne peut émanciper que le citoyen.
Quelle devrait être la position des communistes vis-à-vis de cette thématique ? Tout d’abord, il ne s’agit pas, à mon sens, d’une priorité dans notre lutte contre le capitalisme. Pire, les militants risquent de se « perdre » sur ce sujet épineux.
Des femmes souffrent à cause de cet instrument de domination religieuse et patriarcale mais il est important d’orienter le combat vers les causes et non les conséquences, sous peine d’user les forces révolutionnaires tel Sisyphe condamné à faire rouler éternellement son rocher. L’usage de la burqa finira par disparaitre naturellement avec l’abolition du capitalisme et de l’antagonisme de classe. Qu’André Gérin aborde ce thème plutôt qu’un autre montre à quel point il n’est pas marxiste, contrairement à ce qu’il aimerait faire croire à ses partisans.
Je finirais par mettre en garde les camarades contre une prise de position trop rapide. Il ne faut pas affirmer qu’il est inacceptable que l’état et la loi interdisent aux femmes de porter la burqa, uniquement pour entrer en contradiction avec André Gérin.
Je pense qu’il aurait fallu démontrer qu’interdire le port de la burqa dans « l’espace public », position prise pas Gérin, ne résout en rien le problème, mais le fait juste sortir de notre champs de vision et ne met fin d’aucune manière à la souffrance de centaines de femmes (qui seraient condamnées à se cloitrer chez elles).
Comme le rappel Lénine, « nous ne devons pas mettre la question religieuse au premier plan. […] La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d’attiser les haines religieuses pour attirer de ce coté l’attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politique réellement fondamentaux. »
|