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| Leopold Trepper et le « Grand Jeu » | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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En butte à l'antisémitisme dans l'empire
austro-hongrois, puis en Pologne, Léopold Trepper (1904-1982),
comme de très nombreux ouvriers juifs, voyait dans le socialisme
la solution au problème de l'oppression du peuple juif d'Europe
orientale.
Dans Le Grand Jeu, publié en 1975, Trepper fait le récit
de sa participation à un épisode particulier de la seconde
guerre mondiale — l'histoire de l'Orchestre Rouge — en
même temps qu'il retrace son parcours de militant au destin
et au rôle exceptionnels. Riche en analyses et en illustrations
sur les acteurs et les événements de la période
historique qu'elle recouvre (de la fin de la première guerre
mondiale à la mort de Staline), cette œuvre témoigne
en outre du combat mené par toute une génération
de révolutionnaires. Trepper constate les diverses dérives dans
le fonctionnement du parti : culte de la personnalité, étouffement
du débat et de la libre expression, lesquels provoquent la servilité
et une « démoralisation intérieure ». La révolution
dégénère. La prudence, voire la peur, commandent
à chacun de renoncer à sa conscience révolutionnaire.
C'est ainsi qu'a pu s'établir progressivement, à partir
de 1930, la dictature de Staline, confortée par la complicité
des partis communistes étrangers. Aux yeux de Trepper, pourtant,
ni la peur de la répression ni l'investissement de toute une
vie dans le militantisme n'excusent la lâche soumission (y compris
la sienne) à la bureaucratie stalinienne. Certains militants
surent d'ailleurs y résister au prix de leur vie. A ce sujet,
il écrit :
« Mais qui donc, à cette époque, protesta ? Qui se leva pour crier son dégoût ? Les trotskistes peuvent revendiquer cet honneur. A l'instar de leur leader, qui paya son opiniâtreté d'un coup de piolet, ils combattirent totalement le stalinisme, et ils furent les seuls. A l'époque des grandes purges, ils ne pouvaient plus crier leur révolte que dans les immensités glacées où on les avait traînés pour mieux les exterminer. Dans les camps, leur conduite fut digne, et même exemplaire. Mais leur voix se perdit dans la toundra. Aujourd'hui, les trotskistes ont le droit d'accuser ceux qui jadis hurlèrent à la mort avec les loups. Qu'ils n'oublient pas, toutefois, qu'ils possédaient sur nous l'avantage immense d'avoir un système politique cohérent susceptible de remplacer le stalinisme, et auquel ils pouvaient se raccrocher dans la détresse profonde de la révolution trahie. Eux n'« avouaient » pas, car ils savaient que leurs aveux ne servaient ni le parti ni le socialisme ». Trepper échappe aux purges frappant les Juifs
polonais. En 1938, après une première mission en France,
il se voit chargé par le Général Berzine, responsable
des renseignements de l'armée rouge, la mission de créer
un réseau dormant d'informateurs en Europe occidentale, en prévision
d'un conflit avec l'Allemagne que Berzine juge inévitable. Plus
tard, les nazis baptiseront ce réseau l'Orchestre Rouge. L'idée
de Trepper est de créer des sociétés commerciales
qui serviront à la fois de couverture et de source de financement
au réseau. Pendant la guerre, l'une de ces sociétés
fournira l'organisation Todt, élément de l'effort de guerre
allemand, ce qui sera un précieux moyen d'entrer en contact avec
l'occupant et d'obtenir informations et liberté de circulation.
Tous les membres de ce réseau, communistes ou non, agissent par
conviction anti-nazie. A l'actif de ce réseau, il y a l'annonce,
inexploitée par Staline, de l'opération Barbarossa (le
plan d'invasion de l'URSS), les plans du char allemand T6 Tigre, des
renseignements sur la capacité de production de l'industrie allemande,
et bien d'autres informations importantes.
Arrêté en novembre 1942, Trepper fait l'objet d'une grossière tentative de manipulation par les nazis, qui lui assurent souhaiter sa collaboration dans la perspective d'une paix séparée avec l'URSS, ce qu'ils appelleront « le grand jeu ». Trepper parvient à alerter Moscou et à renverser le sens de la manipulation avant de s'échapper, en septembre 1943. En janvier 1945, de retour à Moscou, il est emprisonné sur ordre de Staline, comme tant d'autres combattants. Il a été libéré et réhabilité après la mort du dictateur. Il s'investit alors dans le développement culturel de la communauté juive de Pologne qui, sous Gomulka, sera à nouveau l'objet d'une campagne antisémite. Trepper choisira alors l'émigration en Israël, qu'il obtiendra après trois années de tracasseries. Le lecteur plus particulièrement intéressé par l'épisode de l'Orchestre Rouge pourra également se rapporter à l'ouvrage du même nom de Gilles Perrault, publié en 1967. Yazid Malek
PCF, MJC |
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